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Label Rouge porcin Instruction pour usage interdit d’antibiotiques

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Un rapport d’expertise judiciaire transmis il y a quelques jours au tribunal révèle l’utilisation de médicaments vétérinaires et notamment d’antibiotiques sans respect de la réglementation, au sein d’un groupement qualité breton important, Les Fermiers d’Argoat, qui produit du porc Label rouge. Cette expertise a été menée à la suite d’une plainte contre X de deux élevages du groupement.

L’EARL de la Meuse et l’EARL Boscher (Côtes-d’Armor), adhérentes du groupement « les Fermiers d’Argoat » et chargées de l’engraissement de porcelets, ont déposé une plainte contre X fin 2004 au pôle de santé publique de Paris, en raison d’irrégularités graves dans le fonctionnement du groupement qui auraient duré de 1999 à 2004. Dans la plainte, elles formulent plusieurs présomptions. La présomption la plus grave est celle d’exercice illégal de la pratique vétérinaire : des prescriptions de médicaments vétérinaires – y compris d’antibiotiques – auraient eu lieu sans la visite préalable obligatoire du vétérinaire, selon la Confédération paysanne qui s’est constituée partie civile et qui a accès à la plainte. Un rapport judiciaire remis depuis peu au juge et accessible à la partie civile, confirme un suivi vétérinaire « très insuffisant, pour ne pas dire inexistant » dans au moins un des élevages, selon la partie civile. Et cela malgré la présence, notée par le groupement qualité dans plusieurs comptes rendus, de la maladie d’amaigrissement du porcelet (MAP) de manière assez générale dans les élevages, maladie qui nécessite des traitements préventifs et curatifs.

De ce fait, la qualité de la viande livrée n’était pas à la hauteur des exigences du Label Rouge, estiment les exploitants à l’origine de la plainte. Selon eux, il y a « présomption de tromperie du consommateur » car les productions du groupement étaient vendues comme « porc fermier » sous le logo « Label rouge », environ 30% plus cher qu’une viande standard.

11% de la production nationale

Les deux producteurs estiment être également dans un cas de fraude au label. Selon eux, le principe d’impartialité et d’indépendance du contrôle qualité n’était pas garanti. Ils évoquent notamment la présence de membres du groupement « Les fermiers d’Argoat » au sein de l’organisme certificateur Certis. Le directeur de Certis, Vincent Couëpel, observe que « le directeur du groupement M. Le Pottier, était un des dix membres du Comité de certification de Certis. Il représentait la production avec un agriculteur qui n’appartenait pas aux Fermiers d’Argoat ». Cette présence ne remet pas en cause selon lui l’indépendance de Certis.

L’entreprise Brioviande, chargée de la commercialisation des porcs du groupement et citée dans la plainte, a été achetée par la coopérative Le Gouessant fin 2004 après avoir déposé le bilan. Thierry Thomas, responsable depuis la reprise de Brioviande, joint le 9 juin, a déclaré que la coopérative n’est pas concernée par ce qui s’est passé avant la reprise des contrats.

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Quant aux responsables du groupement « les Fermiers d’Argoat », joints le même jour, ils n’ont pas souhaité commenter la plainte dont ils n’avaient pas eu connaissance.

Le groupement qualité porcin « Les Fermiers d’Argoat » produit entre 30 000 et 32 000 porcs par an, soit environ 11% de la production nationale de porcs « label rouge », selon les éleveurs. La viande est vendue sur le grand Ouest de la France en charcuterie et salaisons.

Même si l’affaire est bretonne, le pôle de santé de Paris a été chargé de l’instruction en raison des risques sanitaires liés à l’utilisation illégale de médicaments vétérinaires et notamment d’antibiotiques.