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Jacquet Brossard renforce ses capacités en pains burgers

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Sébastien Vidal, le président de Limagrain et Sébastien Chauffaut, le directeur général (de gauche à droite) Crédits : © Limagrain

La branche boulangerie et pâtisserie de la coopérative Limagrain, représentée à travers les marques Jacquet et Brossard, va renforcer les capacités de production de son site industriel de Saint-Beauzire (Puy-de-Dôme) où elle investit 37 millions d’euros. Après le retrait du marché brésilien, Jacquet Brossard veut repartir à l’assaut de l’export avec des produits fabriqués sur ses sites industriels français, à partir des céréales de ses agriculteurs adhérents. Attentive aux attentes du grand public, la coopérative s’intéresse aussi aux protéines végétales.

L’aventure brésilienne de Jacquet Brossard a pris fin il y a trois ans, mais l’export est toujours dans la tête des dirigeants de la coopérative Limagrain, maison mère de la société, qui a réalisé 1,984 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2020/2021 avec ses activités en productions végétales, semences et produis de jardin (Vilmorin), ingrédients et boulangerie-pâtisserie. C’est le cas d’ailleurs du nouveau duo qui pilote la coopérative de la plaine de la Limagne : Sébastien Chauffaut, son directeur général depuis fin août 2021 (ex-président du directoire de Roullier), et Sébastien Vidal, président tout fraîchement élu mi-décembre 2021. « Nous visions le marché haut de gamme au Brésil, mais il s’est révélé très difficile à pénétrer, car nous n’avions pas les produits permettant de rompre avec les habitudes de consommation locales », explique le président Sébastien Vidal, reconnaissant aussi que le partenaire brésilien avec lequel la coopérative avait investi n’avait pas les mêmes objectifs. Le contexte économique a compliqué la situation, en particulier monétaire alors que Limagrain exportait sa matière première vers le Brésil pour y être transformée. « Il faut aussi des produits adaptés au goût des consommateurs de chaque marché local, or ce goût diffère de celui des consommateurs français », ajoute Sébastien Chauffaut. Jacquet Brossard ne peut donc se limiter à exporter ses recettes françaises mais doit les adapter à ses marchés destinataires.

L’international reste dans la ligne de mire, mais Jacquet Brossard fait le choix d’exporter depuis son site français, afin de valoriser au mieux les céréales produites par ses adhérents. C’est pourquoi la coopérative annonce un investissement important sur son site industriel de Saint-Bazire (Puy-de-Dôme) : « Nous allons installer deux lignes de production supplémentaires pour Jacquet Brossard, représentant un investissement de 37 millions d’euros afin d’augmenter les capacités de production de buns qui remportent beaucoup de succès auprès des consommateurs », indique Sébastien Chauffaut. « Ce nouvel investissement permettra de desservir les marchés internationaux, notamment européens », ajoute-t-il. Selon lui, Jacquet Brossard a besoin d’un pilier international, même si cela se révèle complexe. Les Etats-Unis, destination des produits Jacquet Brossard, sont devenus « très compliqués » à desservir, notamment à cause des difficultés logistiques engendrées par les suites de la crise sanitaire.

Des négociations commerciales déterminantes

Pour les ventes de boulangerie-pâtisserie sur le marché français, la direction de la coopérative se montre prudente, alors que les négociations commerciales battent leur plein. Bien que jouissant sur le marché français d’une position de leader des pains hamburgers, pains festifs, brownies et cakes aux fruits, et de numéro deux de la boulangerie-pâtisserie industrielle, Jacquet Brossard n'est pas épargnée et d'ailleurs même la plus exposée au sein de la société du groupe Limagrain, à la hausse des matières premières, auxquelles s’ajoutent des coûts salariaux, logistiques et d’investissement. « Les discussions ne sont pas terminées et leur issue sera déterminante », prévient Sébastien Chauffaut. À plus forte raison lorsqu’on sait que la loi Egalim 2 va s’appliquer. « Une loi qui va dans le bon sens concernant la garantie des revenus des agriculteurs, mais qui comporte encore des zones d’ombre à clarifier, notamment vis-à-vis de la relation commerciale entre les industriels et les distributeurs », note la coopérative.

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Les trois-quarts des ventes de Jacquet Brossard se font en effet en grande distribution. Mais la rentabilité de la société est faible, et même négative pour les produits vendus en GMS. Le chiffre d’affaires de Jacquet Brossard a atteint 308 millions d’euros pour l’exercice 2020/2021 (clos au 30 juin), en légère hausse (300 millions d’euros en 2019/2020). Le niveau de rentabilité lors de l’exercice actuel est soumis à l’issue des négociations commerciales. L’amélioration de la qualité des matières premières est un « axe stratégique », pour obtenir des produits au profil nutritionnel amélioré (plus de fibres, moins de sucre, etc.) et des recettes innovantes.

Diversification vers les protéines végétales

À côté de son pôle de boulangerie-pâtisserie industrielle, Limagrain explore aussi d’autres pistes en termes d’agroalimentaire pour valoriser les productions de ses agriculteurs coopérateurs. En passant par exemple par la mise sur pied de nouvelles filières, comme les légumineuses à graines (lentilles, pois chiches), qui peuvent être valorisées par la coopérative. En juillet 2020, Limagrain a pris une participation de 65 % au capital de Nutrinat (aux côtés de la coopérative Qualisol), société d’une dizaine de salariés basée à Castelnaudary (Aude) qui produit des pâtes aux céréales et aux légumineuses germées. Ces produits biologiques sont vendus sous la marque Les Graineurs, lancée en mars 2021 (1 million d’euros de chiffre d’affaires annuel). « Ses 24 références sont distribuées pour le moment principalement dans le Sud-Ouest », note Limagrain. « Nutrinat souhaite se lancer à la conquête du rayon épicerie des magasins spécialisés bio, des grandes surfaces de l’Hexagone, la vente en ligne mais aussi des cuisines collectives. » Le contexte est favorable, du côté du grand public mais aussi des cantines scolaires appelées à promouvoir les protéines végétales et les produits en circuits courts.

Toutefois, le développement de cette activité reste contraint par la maîtrise par les agriculteurs de ces productions. Il faut en « assurer la production aux champs », a ainsi indiqué le président Sébastien Vidal. « Cela nécessite une réflexion sur les pratiques culturales et une amélioration de la génétique disponible », précise Limagrain.

Jacquet Brossard est leader du marché français des pains hamburgers, pains festifs, brownies et cakes aux fruits