Les uns clament à l'oubli de la compétitivité et de la dimension productive de l'agriculture, les autres assurent que l'agro-écologie est la solution et que cette loi d'avenir permettra de changer de braquet. Dans le décor de l'Assemblée nationale, le débat parlementaire sur le projet de loi d'avenir a débuté mardi 7 janvier, et mis en lumière les récurrentes oppositions de fond sur les visions de l'avenir agricole. Passée cette introduction, des portes sont ouvertes pour la discussion. Le projet de loi doit être voté le 14 janvier en première lecture à l'Assemblée nationale.
C'est le 7 janvier qu'a commencé à l'assemblée nationale l'examen du projet de loi pour l'agriculture et la forêt. Pendant les dix premières heures de débat parlementaire, qui doit durer jusqu'au 14 janvier, les députés ont donné leur lecture du projet de loi de Stéphane Le Foll. Un « texte qui correspond aux attentes de votre majorité, mais certainement pas aux attentes de la majorité des agriculteurs, confronté aux marchés mondiaux et à la concurrence de nos voisins toujours plus féroces », a asséné Bruno Le Maire (UMP). Le côté droit de l'hémicycle s'est livré à une attaque en règle du projet de loi : la compétitivité, la question du dumping social, les difficultés des zones intermédiaires, les charges sociales, etc. figurent « au rang des oubliés de la loi », a déploré l'opposition.
Une loi « inutile »
Quant au GIEE, que le ministre présente comme un dispositif volontaire, clé de voûte de l'agro-écologie, l'opposition y voit une « complexification », et craint que le dispositif ne devienne « obligatoire », dans la mesure où les aides seront orientées prioritairement vers ces groupements. « La priorité, a lancé Jean-Louis Costes, c'est bien la compétitivité, la simplification, l'allègement des charges » et « pas de faire des kolkhozes écologistes ». Bruno Le Maire a préféré qualifier les GIEE de « sorte de monstre juridique dont les agriculteurs français ne verront pas l'utilité ».
À de nombreuses reprises, l'UMP a donc dénoncé une loi « inutile », « qui n'a d'avenir que le nom », qui « manque d'ambition », un « choc de complexification » au lieu de la simplification annoncée, et dénonçait une « présomption de culpabilité » des agriculteurs vis-à-vis de l'environnement. C'est pour le « bon sens paysan » qu'a aussi plaidé l'UMP. Et Marc Le Fur de lancer « assez du prétexte écologique pour taper sur les paysans ».
Dialogue de sourds
L'opposition étant de fond, les interventions des députés laissaient présager d'un long dialogue de sourds. « Nous n'avons pas tous la même lecture », a analysé Yves Daniel, député SRC. De fait, pour les députés de ce groupe, la loi permet bien de répondre aux enjeux actuels du monde agricole. « C'est la première fois qu'un ministre de l'Agriculture reprend à son compte le terme d'agro-écologie et l'inclut dans sa politique. Je veux saluer à sa juste valeur ce changement », a défendu Delphine Batho. L'ancienne ministre de l'Ecologie a martelé : « L'agro-écologie, c'est l'inverse d'un retour en arrière. C'est la mobilisation des techniques les plus modernes au service de la réussite économique. C'est l'inverse d'un carcan, d'une rigidité supplémentaire », et d'interpeller : « Où avez-vous vu, chers collègues de l'opposition, que la loi impose à qui que ce soit de créer un GIEE ? » C'est au contraire « un choix positif », a-t-elle ajouté. Les GIEE ont ensuite fait l'objet de longues discussions à travers les amendements défendus.
Des avancées malgré tout
Malgré les désaccords, UMP et UDI reconnaissent quelques outils intéressants de cette loi, et la majorité est ouverte à la discussion sur d'autres. Le débat ne sera donc pas vain. Par exemple, les députés de l'opposition ont salué les avancées qu'elle propose en matière de relations commerciales avec l'élargissement du recours à la médiation, ainsi que les changements apportés par décret et arrêtés sur les ICPE, notamment la création d'une procédure d'enregistrement, tout en estimant que plusieurs points sont à revoir.
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Avant que ne commence l'étude des amendements au projet de loi, Stéphane Le Foll s'est montré ouvert sur plusieurs points. D'abord sur l'extension du CICE (crédit d'impôt compétitivité emploi) aux coopératives et aux Cuma, « nous devrons trouver une solution », a-t-il répondu à Marc Le Fur (UMP) qui l'interpelait sur ce sujet. « Le crédit d'impôt compétitivité emploi s'adresse en effet aux entreprises qui paient l'impôt sur les sociétés. À ce titre, les coopératives agricoles exonérées de cet impôt, et notamment les coopératives d'utilisation de matériel agricole, les CUMA, ne peuvent bénéficier de cette aide à la compétitivité. » C'est là que les lignes doivent bouger.
Le Foll tente de faire la synthèse
Sur les ICPE, Stéphane Le Foll a soutenu que, grâce à la création, fin décembre par décret, d'un régime d'enregistrement, « les procédures (se) trouvent simplifiées ». Et ajouté : « En outre, je rappelle devant l'Assemblée que cette procédure concernera 8 000 élevages, et à peine 200 élevages de plus de 2 000 porcs. Nous nous adressons donc bien au plus grand nombre, et à tous ceux pour qui la simplification des procédures est indispensable. » Enfin, « personne, ici, ne considère qu'exporter, c'est mal !, a tonné Stéphane Le Foll. Au contraire, cela fait partie des choix stratégiques ». « Il n'y a aucune raison d'opposer les marchés locaux aux exportations ».
Confiant dans une issue positive des débats, le ministre annonçait : « Toutes les discussions que nous avons aujourd'hui visent en même temps à améliorer la compétitivité et à soutenir l'investissement dans l'agriculture. C'est ce qui permettra à l'agriculture de rester un grand secteur économique, un secteur qui participe au grand débat sur la transition énergétique et écologique, un secteur qui participe au rayonnement de la France. »
(1) À 1h30 du matin le 10 janvier, les députés avaient voté les 9 premiers articles de la loi
3 500 agriculteurs se sont signalés comme préfigurateurs potentiels des GIEE, a annoncé le ministre de l'Agriculture, à l'Assemblée nationale, le 8 décembre au soir, alors que l'examen des articles du projet de loi d'avenir allait commencer. Sur les 469 réponses à l'appel à projet Casdar destiné à préfigurer les groupements d'intérêt économique et écologique, 103 dossiers ont été sélectionnés par le ministère, a dénombré Stéphane Le Foll. Ils concernent 3 500 agriculteurs et couvrent de 150 000 à 200 000 hectares. « Pour rassurer tous ceux qui pourraient encore penser que ce sont des projets qui feraient des choix d'ordre idéologique, je tiens à dire que sur ces 103 projets, 24 sont issus des chambres d'agriculture », a ironisé Stéphane Le Foll. En outre, 30 des projets retenus sont adossés à des groupements type Geda, Ceta, groupement pastoral, comité de développement professionnel, etc., 15 à des coopératives, 7 à des Cuma, 7 à des Civam (Centre d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural), 6 à des groupements bio, 5 à des associations pour le développement de l'emploi agricole et rural (Adear), et 9 à d'autres types de structures ( centre d'économie rurale, syndicat, etc).
LA Fédération nationale des entrepreneurs des territoires redoute elle aussi les GIEE tant décriés par les députés de l'opposition. Le dispositif tel qu'actuellement posé par le projet de loi d'avenir pour les GIEE propose que ces groupements soient soumis au régime d'entraide. Or, dans ces groupes, qui rassembleront plusieurs agriculteurs et des structures, des prestations de services entre exploitants seront possible, imagine la FNEDT. Une forme de concurrence pour les entreprises de la fédération. Pour autant, les GIEE ne seront pas soumis aux mêmes lois, échappant par exemple à l'obligation de « certification d'entreprise » pour réaliser des traitements phytosanitaires chez des tiers. « Il y a un vrai déséquilibre », juge la Fédération nationale des entrepreneurs des territoires (FNEDT). Les discussions, en amont des débats parlementaires, leur ont paru « assez fermées », d'où leur inquiétude.
POUr Xavier Beulin, président de la FNSEA, si « le ministre va faire une loi qui va traiter un certain nombre de sujets », comme les statuts des exploitations, des interprofessions, le problème du foncier agricole, il « n'apportera pas de réponses concrètes sur les sujets d'urgence ». La Confédération paysanne, ainsi que les associations de protection des animaux CIWF et L214, ont manifesté mardi 7 janvier devant l'Assemblée, rejointes par quelques députés écologistes. Le syndicat met l'accent sur le contrôle des structures et a présenté des amendements concernant la liberté d'usage des semences, un sujet absent du texte initial.