Le campus agricole fondé par Xavier Niel et Audrey Bourolleau vient d’inaugurer une ferme laitière de 60 hectares fonctionnant sur le modèle du salariat et du 100 % plein air. À travers cette expérimentation, Hectar et le fonds Danone pour l’écosystème souhaitent contribuer au renouvellement des générations.
Nichée en plein cœur du parc naturel de la vallée de Chevreuse dans les Yvelines, la laiterie des Godets a repris vie après 35 années d’inactivité. L’ancienne ferme laitière a été acquise il y a deux ans, dans le cadre du rachat d’un domaine de 600 hectares, dont 250 de terres agricoles, et de la création sur ce site du campus agricole Hectar, fondé par le milliardaire Xavier Niel et l’ex-conseillère agricole d’Emmanuel Macron, Audrey Bourolleau. L’histoire de la ferme des Godets « n’est pas une exception », déclare Audrey Bourolleau, rappelant la baisse continue du nombre d’élevages en France. La directrice de l’école participait le 17 mai à l’inauguration de cette ferme laitière pilote, installée en agriculture biologique. Mise en production au mois d’avril, la laiterie des Godets est dotée d’un cheptel de 60 vaches normandes et produira, à terme, 200 000 litres de lait. Les yaourts et les fromages transformés dans l’atelier de l’exploitation seront commercialisés en circuits courts, dans les supermarchés et en restauration collective.
Salariat et plein air 24h/24 toute l’année
Le fonctionnement de l’élevage a été « repensé » avec pour objectif de « créer un modèle économiquement viable, socialement juste pour les chefs d’entreprise et les salariés, respectueux des sols, de l’environnement et du bien-être animal », explique la directrice. Point notable : les trois éleveurs travaillant sur l’exploitation sont salariés. « Il faut sortir du modèle de l’homme clé », assure l’ancienne conseillère du président. Le projet vise à travailler sur la pénibilité et le temps de travail des éleveurs en privilégiant notamment la polyvalence des équipes, la monotraite et le pâturage tournant. Ce mode d’élevage et le choix de ne pas faire de transformation le samedi et le dimanche permettent aux salariés de travailler un week-end sur trois.
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Autre originalité : le troupeau vit en plein air 24h/24 toute l’année. Ce qui a permis d’éviter de lourds investissements dans un bâtiment pour les animaux et de réduire la pénibilité pour les éleveurs, en leur évitant certaines tâches comme le curage. Le choix de la race normande s’est fait en conséquence, explique Julie Renoux, vétérinaire conseil chez Hectar. Elle souligne la « docilité » et l’instinct « maternel » développé des normandes : des traits de caractère adaptés à des éleveurs en plein apprentissage et à la mise bas au pré. La vétérinaire souhaite tester des croisements avec des races « plus rustiques » et des animaux « plus légers » pour moins abîmer les sols en hiver. « Des jersiaises, par exemple. »
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Pour subvenir aux besoins alimentaires des animaux et obtenir un lait de qualité toute l’année, une attention particulière a été portée à « l’équilibre entre les graminées et les légumineuses » lors de l’implantation des 60 hectares de prairies. Après l’arrêt de l’activité laitière, ces dernières avaient été retournées pour cultiver des céréales. Si l’objectif est de nourrir le troupeau exclusivement avec de l’herbe « sur pied », des fauches ont été réalisées afin de sécuriser des stocks de foin pour l’hiver. Car le choix de la transformation à la ferme induit que la production laitière soit lissée sur toute l’année. Une alimentation suffisante doit donc être maintenue en hiver. Avec un hectare par vache, Julie Renoux estime que l’exploitation « a de la marge ». Les naissances ont été « calées » sur les périodes de pousse d’herbe, au printemps et à l’automne.
Un investissement global de 1,4 M€
La mise en route de l’exploitation a nécessité un investissement global de 1,4 M€. « Il doit s’amortir sur quinze ans », prévoit Audrey Bourolleau. « C’est un modèle qui est adaptable », insiste la directrice qui souhaite que cette expérimentation soit utile pour « attirer la prochaine génération d’entrepreneurs agricoles » avec « des modèles économiques gagnants ». L’école ne souhaite pas communiquer « à ce stade » sur le salaire des éleveurs. Le projet est mené conjointement avec le fonds Danone pour l’écosystème qui a contribué à le financer et le concevoir, et apporte désormais son appui à l’expérimentation. Yann-Gaël Rio, le directeur général du fonds, y voit l’occasion de « tester de nouveaux modèles » et de « partager les apprentissages ». Un moyen pour le groupe, qui mise sur l’agriculture régénératrice, de contribuer à la recherche pour « supporter les agriculteurs et qu’ils transmettent demain ». Signe que l’enjeu du renouvellement des générations est prégnant pour les industriels qui craignent de manquer de lait à l’avenir.