Dans un courrier adressé aux députés le 2 février, l'ensemble des organisations professionnelles du secteur du vin alerte sur la liberté des sites viticoles et d'œnotourisme dans le cadre des mesures anti-vin prévues dans les projet de loi de santé publique. En effet, dans une proposition, l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) vise la suppression pure et simple de la publicité sur Internet, à l'exception des « sites de producteurs ».
L'ensemble des organisations professionnelles du secteur du vin, des producteurs (la Cnaoc pour les appellations, VinIGP pour les IGP, la CCVF pour les vignerons coopérateurs) aux interprofessions (Cniv et Anivin) en passant par le négoce (UMVin) a alerté les députés, dans un courrier qui leur a été adressé le 2 février, sur la liberté des sites Internet viticoles et d'œnotourisme. À l'approche de la discussion « dans quelques semaines » du projet de loi de santé publique, les inquiétudes des professionnels de la filière se trouvent renforcées par les propos tenus par le président de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) sur un site d'information en ligne, indiquent les organisations dans le courrier.
Quid de la vente en ligne ?
L'Anpaa propose de revenir sur la possibilité reconnue dans la loi « hôpital santé, patients et territoires » votée en 2009 d'autoriser la publicité en faveur des boissons alcoolisées sur Internet. Sa proposition « vise la suppression pure et simple de la publicité sur Internet, à l'exception des sites de producteurs ». « Quand on parle de supprimer Internet des supports autorisés pour la publicité en faveur du vin et autres produits vitivinicoles, à l'exception des sites de producteurs, il s'agit bien de savoir ce que deviendront les pages Facebook des vignerons et négociants, les pages dédiées à l'œnotourisme dans les régions », commente le courrier.
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« Les sites d'information et de promotion des interprofessions, véritables plateformes digitales de contenu sur lesquelles les vignerons investissent depuis des années, seraient-ils toujours autorisés ? », s'interrogent les organisations. « Quid des applications mobiles? Quid de la vente en ligne de vins et autres produits vitivinicoles sur des sites multi-produits comme Vente Privée qui n'est pas un producteur ? Et les sites de ventes spécialisés (cavistes en ligne) ? Peut-on se passer aujourd'hui des réseaux sociaux pour relayer l'information sur les produits ? » Autant de questions qu'appellent les projets de la loi « santé » et que soulèvent les organisations viticoles dans leur courrier aux députés.
Par ailleurs, les organisations signataires du courrier s'alarment d'un message qui supprimerait le mot « abus » et signifierait alors que toute forme de consommation de vin, même mesurée, serait nocive. « Cette assimilation du vin à un produit nocif dès le premier verre est contraire aux repères définis par la Haute autorité de santé et serait une provocation pour notre secteur ».
Chacun connaît aujourd'hui la place grandissante du support internet et du numérique dans la vie quotidienne des Français et dans le développement de l'économie. « Le secteur vitivinicole n'échappe pas à cette règle », précise le courrier des organisations du secteur vitivinicole, citant les principaux chiffres de la vente de vins en ligne en France : 705 millions d'euros en 2013, 1,125 milliard en 2015 et près de 1,370 milliard attendus en 2016. Internet est aussi un « formidable vecteur pour la promotion de nos produits et la valorisation de nos territoires. Le gouvernement l'a très bien compris et encourage le développement de l'oenotourisme », insiste le courrier. Le ministre des Affaires étrangères et du Tourisme, Laurent Fabius, vient effectivement d'être élu l'homme de l'année par la Revue du vin de France pour son soutien actif à l'œnotourisme. Au même moment, la secrétaire d'État à l'Économie Numérique, Axelle Lemaire, participait à la mise en place par les Vignerons Indépendants d'une plate-forme de vente de vins en ligne et encourageait les viticulteurs à prendre toute leur place dans cette économie en plein développement.