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Viticulture La récolte de vin s’annonce inégale selon les régions

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La récolte de vin en France s’annonce sous d’assez bons auspices, selon les professionnels et Agreste. Cependant, les conditions climatiques créent des pressions cryptogamiques dans de nombreux vignobles et la récolte sera probablement inégale en quantité et qualité d’une région à l’autre. Tour d’horizon des vignobles.

En Champagne, la récolte s’annonce bonne malgré un déluge autour du 15 août. « Il est tombé sur le département de la Marne l’équivalent de deux mois de pluie en moins de 36 heures, du jamais vu ici », note Daniel Corson du Comité interprofessionnel des vins de Champagne.
Après un mois de juillet très sec, ces pluies ont eu un « effet positif » mais elles ont apporté « une plus grande fragilité » au vignoble, reconnaît-il. Depuis, le temps est instable, entre fortes chaleurs et précipitations.
« Si cette alternance se maintenait, cela deviendrait préoccupant, mais on a encore le temps : les premiers coups de sécateurs ne sont pas prévus avant la mi-septembre », poursuit Daniel Corson.
Selon Agreste, la production s’annonce prometteuse en quantité comme en qualité, même si les chardonnays subissent une attaque d’oïdium. Le rendement agronomique prévu serait supérieur au plafond de l’AOC arrêté en juillet par l’interprofession à 10 500 kg de /ha.
En Alsace, la pluie de la mi-août « est tombée sur des raisins qui n’étaient pas encore mûrs », ne posant aucun problème, explique l’Association des viticulteurs d’Alsace. Cependant, le développement de la vigne est en retard par rapport à 2009 d’au moins deux semaines, précise Agreste. Les dégâts du gel de cet hiver sur les bourgeons primaires et l’impact de températures fraîches lors de la floraison, surtout dans le Haut-Rhin, laissent présager des rendements en baisse.
En Savoie et dans le Jura, le vignoble est sain dans sa majorité malgré une pression de l’oïdium. La végétation est également en retard.

Beaujolais : vers une petite récolte

Dans la vallée de la Loire, les vignerons s’attendent à un beau millésime si le soleil se met de la partie, rappelant l’adage « c’est septembre qui fait le vin ». Les récentes pluies n’ont pas affecté les futurs vouvrays, chinons et autres bourgueuils et ont même « fait du bien » aux vignes qui en manquaient, notamment dans l’est de la Touraine, estime Jean-Pierre Gouvazé, du comité interprofessionnel des vins de Loire. Les services du ministère notent un retard végétatif, partiellement rattrapé, pour les deux principaux départements. La situation sanitaire est, dans l’ensemble, saine pour l’instant, malgré l’augmentation de foyers d’oïdium sur chardonnay et des conditions favorables au mildiou.
En Bourgogne, les prochaines semaines seront déterminantes. « D’autant que l’été n’a pas été terrible », regrette Michel Baldassini, producteur dans le Mâconnais et président du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne. Les vendanges vont débuter tardivement, autour du 15 ou 20 septembre.
« Notre pire ennemi c’est la flotte », confirme Thierry Saint-Cyr de l’Union des vignerons du Beaujolais. « Mais côté pluviométrie, on n’est pas mal, il n’y a rien de catastrophique », souligne ce viticulteur d’Anse (Rhône).
De nombreuses coulures et millerandages en Bourgogne devraient frapper la production, pronostique Agreste. Les attaques d’oïdium, de mildiou et de botrytis s’intensifient en Bourgogne et Beaujolais. Des dégâts d’orages dans certaines communes du Beaujolais causent des pertes atteignant 30 % localement. Les arrachages se poursuivent. Les volumes prévus devraient être limités.

Hausse des volumes en Languedoc-Roussillon

A l’inverse, dans la moitié sud de la France, le manque d’eau inquiète les vignerons, notamment en Corbières (Aude) et à Gaillac (Tarn).
« Heureusement, le mois d’août a été modeste en température », se réjouit Jean-Noël Jarno, conseiller à la Chambre d’agriculture de Gaillac.
En Provence, la météo a été parfaite, assure l’interprofession, avec un été ensoleillé et, « cerise sur le gâteau, la pluie du 15 août, suivie d’un coup de mistral pour sécher la vigne et éviter les départs de maladie ».
La coulure est importante dans les vignobles du Sud-Est, surtout dans le Var, un retard végétatif de 8 à 15 jours est relevé selon les départements, observe cependant Agreste. La pression du mildiou sur grenache ou du botrytis est forte dans le Var et le Vaucluse. La récolte, revue à la baisse, serait proche de 2009.
En revanche, en Languedoc-Roussillon, la production pourrait être supérieure, de 1 à 6 % par rapport à 2009 selon les départements. Cependant, des pertes de près de 30 % consécutives au vent et à la pluie sont signalées localement sur la Côte Vermeille des Pyrénées-Orientales. L’état sanitaire est maîtrisé malgré la pression de l’oïdium dans l’Aude. En Corse, la poursuite des arrachages devrait diminuer le potentiel de récolte. Le vignoble accuse un retard végétatif de 15 jours et subit des attaques de mildiou qui causent localement des pertes importantes.

Bordelais : de bonnes conditions et peut-être un grand millésime

Dans le Bordelais, la sécheresse est une bénédiction : « On sera au Top 5 des années les plus sèches des 50 dernières années » et ce « déficit historique laisse présager un très beau millésime », affirme Kris Van Leeuwen, professeur de viticulture à l’Enita de Bordeaux.
« On a un millésime bien emmanché » même s’il ne faut « pas vendre la peau du raisin avant d’avoir pressé », confirme Stéphane Defraine, de la Fédération des grands vins de Bordeaux.
Des prévisions que confirme Agreste : « Dans le Sud-Ouest y compris le Bordelais, les conditions climatiques favorables d’avril ont permis une belle sortie de grappe. Des épisodes orageux et de grêle ont un impact limité en Dordogne, Tarn-et-Garonne mais plus important dans le Gers et le Lot. La pression sanitaire, forte en mildiou, est maîtrisée dans l’ensemble. Les prévisions de récolte sont, pour l’heure, en grande partie préservées en dépit de coulure et de millerandage, sauf dans le Lot (- 8 % par rapport à 2009) et le Gers (- 2 %/2009) ».
Dans le Madiran, les pluies estivales se sont traduites par « une forte pression de l’oïdium » mais elle a été bien contenue et n’aura pas d’effet sur la qualité de la récolte, affirme Romain Hoffstetter, technicien de la Coopérative de Courseilles. En Charentes, selon les services du ministère, la sortie de grappes, retardée, dépasse celle des années passées. Le potentiel de production s’annonce bon. L’état sanitaire est pour l’heure maîtrisé. A ce jour, il est difficile d’estimer les volumes qui seront affectés au cognac.

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