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Biodiesel La reconversion de Total La Mède vers le biodiesel inquiète la filière oléagineuse

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Dans le cadre d'un plan global de restructuration de son activité de raffinage, le groupe Total a annoncé une reconversion de son site de La Mède (Bouches du Rhône) vers une activité de production de biodiesel, principalement à partir d'huiles achetées sur le marché, huile de palme essentiellement. Un projet qui inquiète vivement la filière des huiles et du biodiesel d'origine végétale. Le ministre de l'Agriculture affirme suivre de près ce projet et demande à Total de se concerter avec la filière oléoprotéagineuse.

Ce fut comme un coup de tonnerre le 16 avril. Ce jour-là, le groupe Total annonçait, dans le cadre d'un plan de restructuration lié à la concurrence du raffinage américain et à la baisse des besoins européens, une reconversion fondamentale de son site de La Mède, dans les Bouches-du-Rhône. Ce site deviendrait un site de production de biodiesel, s'approvisionnant en huiles usagées mais surtout en huiles achetées sur le marché international. L'investissement prévu est de 200 millions et la capacité envisagée de 500 000 tonnes/an. Le groupe pétrolier n'a pas indiqué quelle matière première principale il utilisera, mais il semble, selon plusieurs sources, qu'en dehors d'une part minoritaire d'huiles usagées, la source principale soit de l'huile de palme.

Colza fragilisé

Dans un communiqué, la filière française des huiles végétales, ainsi que Proléa, croit savoir qu'il s'agit bien d'huile de palme qui sera utilisée. D'où une menace sur la production française et la filière biodiesel construite depuis des années à base de colza surtout. Chez Proléa, on indique que le projet de Total représenterait environ un quart du biodiesel français et menacerait directement la production de 400 000 ha de colza, de même que la filière industrielle du biodiesel qui vient tout juste de se restructurer. Il faut savoir que l'huile de palme destinée au biodiesel est environ 25 % moins cher qu'une ressource locale en colza. Avec ces oléagineux fragilisés, c'est aussi leur composante, les tourteaux destinés aux aliments pour animaux qui sont également menacés, fait remarquer la filière. Du coup, le plan protéines visant à reconquérir le marché national plutôt que d'importer du soja risque d'être également handicapé.

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Stéphane Le Foll demande une concertation

Interrogé par Agra, le ministre de l'Agriculture a indiqué « souhaiter qu'une concertation s'engage rapidement entre Total et les opérateurs français des biocarburants », explique-t-on dans l'entourage de Stéphane Le Foll. La filière de biocarburants s'est en effet vivement inquiétée de voir cette future bioraffinerie s'approvisionner non seulement en huiles usagées mais surtout en huile de palme achetée sur les marchés mondiaux, aux dépens de la production française de colza. Bien que le ministère n'ait pas encore « connaissance de la stratégie que compte mettre en place Total en matière d'approvisionnement et de débouchés pour les biocarburants produits », poursuit l'entourage du ministre, « il veillera néanmoins à ce que ce projet industriel d'envergure puisse bénéficier à la filière française des biocarburants, qui est déjà très structurée ». De plus, « il sera également attentif à ce que le projet s'inscrive bien dans les objectifs environnementaux, d'incorporation en matière de biocarburants, et d'indépendance en protéines végétales que la France s'est fixée. »