De passage à Bruxelles à l'occasion du sommet UE-Afrique qui s'est tenu les 2 et 3 avril, le président du Niger, Mahamadou Issoufou, a présenté l'initiative 3N (les Nigériens nourrissent les Nigériens) pour la période 20122015 qui a été l'un des grands axes de son programme électoral. Le Niger est considéré comme l'un des pays les moins développés au monde. L'initiative 3N repose notamment sur le déploiement de l'irrigation pour faire face aux sécheresses qui se multiplient avec le réchauffement climatique. Par ailleurs, le président veut continuer de préserver son agriculture face aux importations de produits européens subventionnés.
Votre programme en tant que président de la République du Niger comprend un vaste plan de relance du secteur agricole pour la période 2012-2015 appelé 3N – les Nigériens nourrissent les Nigériens. Pouvez-vous nous expliquer les grandes lignes de cette initiative ?
Mahamadou Issoufou : Depuis que j'ai été élu à la tête du Niger, nous avons été confrontés à deux années de sécheresse et une seule de pluie. Si notre agriculture doit se baser uniquement sur les cultures pluviales, nous serons toujours confrontés à des famines. C'est pour lutter contre cela que j'ai lancé l'initiative 3N qui consiste à promouvoir l'irrigation et à moderniser les pratiques agricoles en donnant accès aux agriculteurs à des semences améliorées, des engrais, des pesticides et du petit matériel. Dans le secteur de l'élevage, très important pour le Niger qui est un exportateur de produits animaux, nous mettons en place 100 fermes modernes par an pour la production de volaille, de bœuf et de lait. Au-delà de l'aspect production, notre plan repose également sur la protection de notre facteur de production qu'est la terre, avec la mise en place de programmes de protection de l'environnement notamment de promotion de l'agroforesterie. Le plan repose également sur le développement des infrastructures de transport, de transformation et de commercialisation : avec la création, par exemple, d'une usine de transformation de la canne à sucre pour réduire les importations (200 000 t par an). Enfin, la construction d'un barrage hydroélectrique pour la production d'énergie à faible coût devrait rendre l'irrigation accessible et compétitive. L'objectif est qu'à l'avenir, la sécheresse ne soit plus synonyme de famine.
L'Union européenne s'est engagée à mettre fin aux restitutions aux exportations notamment dans le secteur de la volaille (voir encadré) qui sont accusées de déstabiliser les marchés dans les pays en développement. Dans le cadre de vos négociations en cours avec l'UE pour un accord de partenariat économique, quelle est votre position sur les aides agricoles européennes ?
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On ne peut pas ouvrir nos marchés à des produits subventionnés qui empêchent notre production locale de se développer. Dans le cadre de l'Accord de partenariat économique en cours de négociation entre la Communauté des États d'Afrique de l'Ouest et l'UE, nous avons accepté une ouverture de 75% de nos lignes tarifaires mais nous souhaitons que le secteur agricole – de même que le secteur industriel – reste protégé. Sinon, l'Afrique va continuer à n'être qu'un réservoir de matières premières. Demander à l'Afrique de libéraliser ces secteurs, cela équivaut pour l'Europe à libéraliser son marché du travail !
Les achats de terres agricoles dans les pays africains par des investisseurs étrangers se multiplient, notamment pour produire des biocarburants. Êtes-vous confronté à ce type de projets et quelle est votre opinion ?
Aucun projet de ce type n'a pour le moment été lancé au Niger. Mais nous ne nous y opposerions pas. L'Afrique, c'est 24% des terres arables de la planète, il y a de place pour ces projets, même pour la production de culture de rente comme les biocarburants. Nous venons de signer un accord avec la société Géocoton pour tenter de relancer la culture du coton au Niger. Ce qu'il faut, c'est que ces investissements créent de l'emploi localement et donc des revenus.