Dominique Chardon, président de la Sopexa et de l’association Terroirs et Cultures, a organisé le 10 novembre des « Rencontres internationales Planète terroirs », pour lancer un mouvement international en faveur des terroirs, avec l’appui de l’Unesco .
Au moment où les AOC et les Indications géographiques protégées sont attaquées à l’OMC par les États-Unis, l’Australie et le Brésil, Dominique Chardon, président de la Sopexa, sollicite l’Unesco pour porter la voix des terroirs sur le plan international. « Nous sommes convaincus que les terroirs peuvent être le fondement d’une nouvelle dynamique », a-t-il déclaré en préambule de cette journée.
L’ancien secrétaire général de la FNSEA jusqu’en mars dernier a fait venir des intervenants de tous pays et de tous horizons, qui ont témoigné en faveur des terroirs, à l’instar d’Elizabeth Barham, sociologue américaine qui a montré ce que peut être un terroir dans un pays anglo-saxon.
L’affirmation de la différence
« Bien que le gouvernement des États-Unis s’oppose aux IGP, les Américains dans leur ensemble ne sont pas contre cette formule ni contre le développement des terroirs », a-t-elle commenté, présentant le Missouri Regional Cuisines Project, un programme pilote de constitution d’un terroir dans le Missouri. Des chefs cuisiniers et des magasins cherchent à faire reconnaître la typicité des produits, notamment des vins, d’une région écologique où les paysages sont protégés, le Mississipi River Hills.
Cristina Prum, Mexicaine vivant à Paris qui y a ouvert un restaurant mexicain, a défendu l’idée de diversité alimentaire : « Les Mexicains, par ailleurs grands mangeurs d’insectes, sont le seul peuple consommateur de cactus pour l’alimentation ». Mme Prum fait venir des produits typiques fabriqués par des paysans du Mexique, pour faire vivre ces derniers et pour satisfaire l’appétit de découverte des Parisiens. « Ce que je conteste, c’est cette globalisation qui annule toute différence. Si je dis cela, ce n’est pas seulement pour mettre en valeur la différence mexicaine, mais aussi celle des autres ». Mamadou Cissokho, paysan sénégalais et président fondateur du réseau des organisations paysannes et des producteurs de l’Afrique de l’Ouest, a porté les terroirs sur le plan politique : « 135 millions d’Africains vivent des terroirs. Si après avoir été évangélisés et islamisés nous avons encore une identité forte, c’est grâce aux terroirs». Mais si les terroirs africains ont survécu aux colonisations européennes et arabes, la globalisation est autrement plus insidieuse. Le savoir-faire accumulé au cours des millénaires est menacé. En Afrique, l’alimentation sert à se nourrir mais aussi à se soigner. L’alimentation est différente selon qu’elle est destinée aux bébés, aux personnes âgées ou aux guérisseurs.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Le directeur général de Monoprix, Bernardo Sanchez, est venu apporter son soutien à la manifestation, notamment à travers la différenciation des produits, concept qui ne s’oppose pas au métier de commerçant, bien au contraire.
Les terroirs font partie du mandat de l’Unesco
De nombreux autres intervenants ont apporté leur soutien à une reconnaissance plus affirmée des différences. À commencer par Mme Katérina Stenou, directrice de la division des politiques culturelles de l’Unesco. Les terroirs « font l’objet de notre attention » sous le double angle de la diversité biologique et de la diversité culturelle, « il s’agit là d’un principe de complémentarité et non d’analogie». L’Unesco « juge que la diversité culturelle est pour le genre humain aussi nécessaire que la biodiversité dans l’ordre du vivant». « Soyez assurés que l’Unesco suivra avec plus grand intérêt vos travaux, les accompagnera et en tirera des leçons transposables à l’ensemble de la planète », a déclaré Mme Stenou, se réjouissant « de savoir que ces rencontres internationales sur les terroirs préludent à une conférence » que Terroirs et Cultures tiendra à Laguiole dans l’Aubrac les 8 et 9 juin prochains. Elle a apporté le soutien de la déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle. Cette déclaration plaide pour un quatrième pilier au développement durable : la culture, aux côtés de l’économique, du social et de l’écologique. Elle défend l’indivisibilité de la culture et du développement. Cette déclaration « nous fait un devoir de reconnaître et d’honorer la diversité sous toutes ses formes».
Un projet de charte des terroirs
Les organisateurs ont proposé au public un projet de charte des terroirs. Les six articles veulent rattacher la notion de terroirs à celle de patrimoine culturel et biologique, promouvoir la diversité, aider à renforcer la sécurité alimentaire des peuples. Ils demandent que les terroirs puissent occuper leur place dans l’économie et le commerce, et appellent à la constitution d’un réseau international de sensibilisation.