Abonné

Elevage Le Brésil est structurellement plus compétitif que l’Union européenne

- - 5 min

Lors du colloque « Les filières animales françaises au défi de la compétitivité » qui se tenait à Paris le 10 décembre à l’initiative du RMT (Réseau mixte technologique), les experts ont rappelé les atouts du géant brésilien, qui conforte sa place de leader sur le marché mondial.

La comparaison entre l’Allemagne et la France est souvent faite pour montrer la compétitivité du bassin de production nord-européen dans les filières d’élevage. De l’autre côté de l’Atlantique, le concurrent brésilien se défend aussi très bien. En élevage bovin, les coûts d’engraissement sont 50% moins élevés qu’en France. Plusieurs raisons à cela : l’élevage tire profit des grands espaces herbagers du sud du pays, 8% des exploitants ont plus de 200 bovins et regroupent 60% du cheptel. Il n’y a pas d’achat d’aliments et les bâtiments sont quasiment inexistants. « Il s’agit de facteurs de compétitivité structurels », a expliqué Fabien Champion, chef de projet Economie à l’Institut de l’élevage, lors du colloque « Les filières animales françaises au défi de la compétitivité » qui se tenait à Paris, le 10 décembre. Pour rappel, 43% des importations européennes viennent du Brésil. Cette dépendance est encore plus marquée en aviculture : le Brésil représente 60% des importations européennes. Là encore, la différence de coûts de production est immense : -30% par rapport à la France. De fait, le prix des intrants et des bâtiments est moindre. En filière porcine, c’est aussi 30% moins cher de produire au Brésil qu’en France. Néanmoins, le Vieux continent ne permet pas les importations de porcs brésiliens. La ractopamine, facteur de croissance, est autorisée au Brésil, mais ne l’est pas en Europe. Or, « l’UE ne reconnaît pas les filières brésiliennes sans ractopamine », ajoute Fabien Champion. En 2012, la part des importations européennes de porcs depuis le Brésil est nulle.
L’avantage brésilien tient aussi à des avantages conjoncturels. C’est le cas notamment du coût de l’alimentation animale. Par exemple, le maïs est une des matières premières essentielles de la ration des granivores (porcs et poulets). Le maïs du Mato Grosso est considérablement moins cher qu’en Bretagne.
 
Offre diversifiée
Des coûts réduits, certes. Mais aussi une capacité d’adaptation de l’offre aux demandes des différents continents. « Les géants brésiliens disposent d’un pouvoir de marché considérable, et ont su adapter leur offre aux demandes hétérogènes du marché mondial », poursuit Fabien Champion. Il existe une multitude de cahiers des charges privés. Par exemple, sur le marché européen de la volaille, il existe un cahier des charges « sans facteur de croissance », avec une « densité maximale », etc. L’idée est d’adapter la production à la demande spécifique européenne. La stratégie de diversification de l’offre s’accompagne d’une recherche de valeur ajoutée au maillon industriel. « Un muscle, c’est un marché », explique Fabien Champion. Par exemple, les poulets entiers représentent moins de 40% de la viande de volaille exportée depuis le Brésil. Il y a une croissance des exports de découpes nobles à forte valeur ajoutée : « Les filets de poulets sont envoyés en Europe et les cuisses désossées au Japon ».
 
Soutien public de l’industrie
Mais c’est surtout le soutien massif du maillon industriel par les pouvoirs publics qui dynamise le développement de l’offre brésilienne. Les aides de l’Etat prennent la forme de crédits à taux bonifiés ou même d’apport de capital direct. Par exemple, la BNDES (banque nationale de développement économique et social du Brésil) détient 30% de JBS (abattoir brésilien numéro un mondial de la volaille). Dans le rapport Les politiques agricoles des économies émergentes en 2013, les économistes de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) expliquent que « le Brésil offre un niveau de soutien et de protection relativement faible à ses agriculteurs ». Le soutien aux producteurs est autour de 5% des recettes brutes des producteurs en 2010-2012, « bien au-dessous de la moyenne de l’OCDE de 19% », précise le rapport.
C’est bien le maillon industriel qui est soutenu par l’État. D’autant que l’agriculture représente une part de 5,5% dans le PIB (produit intérieur brut), mais de 32% dans les exportations totales. Selon l’OCDE, la balance commerciale agroalimentaire brésilienne est passé de 5,1 milliards d’euros en 1995 à 51,4 milliards d’euros en 2011.
 
(1) Le RMT est constitué des organismes suivants : Ifip, Idele, Itavi, AgroParisTech, Arvalis, Cetiom, APCA, Inra, FranceAgriMer, Agro Campus Ouest, Agri Campus Toulouse, ESA Angers)

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.