La mauvaise forme du marché de la bière se répercute lourdement sur le houblon français. Pour s’adapter à l’inflation, les brasseurs sont allés s’approvisionner à l’étranger.
Dans un contexte d’inflation et de météo peu favorable à la consommation de bière, les ventes de houblon français vers la France ont chuté sur la campagne 2022-2023, constate l’interprofession du houblon. En effet, pour sa deuxième année d’existence dans la filière, la Cotisation volontaire étendue (CVE) auprès des négociants a subi une baisse de collecte de 42 % auprès des négociants. « Les ventes se sont effondrées parce que les brasseurs ont privilégié les houblons étrangers, ils ont compressé les coûts, indique Matthieu Luthier, délégué général d’Interhoublon. Il faut les remobiliser. » En parallèle, les coûts de production ont progressé de 40 % en houblon conventionnel, et de 20 % en bio.
Beaucoup de jeunes producteurs subissent une double peine. Ces dernières années, la dynamique d’installation et de développement du houblon s’était beaucoup reposée sur celle des petites brasseries locales, essaimant sur tout le territoire – l’essentiel de la production se situe aujourd’hui en Alsace et dans le Nord. Généralement positionnées en haut de gamme, notamment en bio, ces brasseries indépendantes sont particulièrement mises à mal par la conjoncture inflationniste. En 7 février, le Syndicat national des brasseries artisanales et indépendantes (SNBI) en appelait au gouvernement, face à des établissements « au bord du gouffre ».
Houblon-voltaïsme et ripisylve
Pour y remédier, « nous allons essayer de mieux valoriser la connaissance des terroirs et des différents houblons français », envisage-t-on à l’interprofession. Plus largement, Interhoublon réfléchit à une communication auprès des brasseurs : « Il faut recréer un dialogue stratégique avec les brasseurs, dans un contexte difficile pour eux », plaide Matthieu Luthier. « L’enjeu c’est que les producteurs puissent continuer d’investir sur le long terme. » Dixième producteur mondial, la France ne pèse toutefois que 1 % du marché mondial du houblon, loin derrière les deux leaders, les États-Unis et l’Allemagne, qui s’en partagent les deux tiers.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Pour rester dans la course, la France travaille notamment sur « l’agroécologie » et l’adaptation au changement climatique. Des projets d’innovations vont voir prochainement le jour. C’est le cas avec une « houblonnière de rupture » qui doit être inaugurée au lycée agricole d’Obernai (Bas-Rhin) le 5 juillet. Au programme : implantation d’arbres pour « recréer des conditions de ripisylve », favorables à cette liane qu’est le houblon. Ailleurs en France, des tests de « houblon-voltaïsme » sont également dans les tuyaux.
En parallèle, l’interprofession travaille sur un accord interprofessionnel de sortie d’Egalim, pour « permettre une contractualisation plus facile à mettre en œuvre dans cette petite filière ».