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Chine Le photovoltaïque, un sacrifié du commerce bilatéral sino-français

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Le Forum économique sino-français a réuni 400 entreprises chinoises et françaises à Paris, le 27 mars. Les ministres du Commerce des deux pays ont montré leur volonté d'assainir les relations commerciales bilatérales.

«NOUS devons développer des relations commerciales dans de nouveaux domaines : l'agroalimentaire, la santé... », affirme Gao Hucheng, ministre du Commerce chinois, en ouverture du Forum économique franco-chinois, devant près de 400 entreprises réunies à Paris, le 27 mars. La Chine et la France entendent bien renforcer les partenariats plus anciens (aéronautique, nucléaire...), mais souhaitent ouvrir de nouveaux marchés. Nicole Bricq, son homologue française, a donné l'exemple de l'entreprise Danone : « Quand elle investit en Chine, elle offre une vision globale de l'excellence française, notamment en termes de sécurité sanitaire ». Pierre Moscovisci, ministre français de l'Économie, a pour sa part rappelé que les investissements se font dans les deux sens, mais qu'il existe un déséquilibre indéniable : quand la France investit 3 milliards d'euros en Chine (12 000 emplois créés), cette dernière investit 13 milliards en France (500 000 emplois créés).

Un nouveau souffle…

Les relations bilatérales sino-françaises tentent donc de trouver un nouveau souffle. Nicole Bricq a « remercié » les autorités chinoises d'abandonner les procédures contre le vin en provenance de l'UE. Le 21 mars, Pékin avait annoncé mettre un terme à l'enquête antidumping et anti-subventions ouverte début juillet par la Chine sur les importations de vin en provenance de l'Union européenne. Gao Hucheng a poursuivi : « Nous devons lutter ensemble contre toute forme de protectionnisme. La Chine est prête à importer plus pour rééquilibrer les échanges. »

… à confirmer

La Chine n'est pas la seule à connaître et à user des règles du jeu du commerce international. Dans Guerre et paix entre les monnaies (2014), l'économiste Jacques Mistral rappelle, s'agissant du protectionnisme, que « la mesure récente la plus significative à cet égard a été le déclenchement par l'Europe d'une procédure antidumping concernant les exportations de panneaux solaires chinois ». Œil pour œil, dent pour dent : l'enquête antidumping chinoise sur le vin européen répond à l'enquête antidumping européenne sur le photovoltaïque chinois. Les déclarations officielles récentes des pouvoirs publics chinois et français entendent assainir les règles parfois abusives qui régissent leurs relations commerciales bilatérales.

Mais derrière la volonté affichée de lutter contre les pratiques protectionnistes, c'est un protectionnisme déguisé qui régit pour partie le commerce international. « Les exportations chinoises de panneaux solaires étaient subventionnées. (…). Mais on fait la même chose en France. Tout le monde le fait, la méthode est connue », témoigne Guillaume Dupont, directeur des opérations de l'entreprise Solaréo (bureau d'études producteur d'électricité photovoltaïque) prenant pour exemple le CICE (crédit d'impôt compétitivité emploi).

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Initiatives sacrifiées

Reste que, dans les pratiques commerciales officielles et non officielles qui découlent de la libéralisation des échanges mondiaux, il y a des secteurs économiques sacrifiés. « Les enquêtes antidumping peuvent être très longues. Pendant ce temps, les Chinois ont vendu à perte et coulé de nombreuses entreprises européennes », explique une source proche du dossier au ministère français de l'Economie concernant l'affaire du photovoltaïque. « On a tué un secteur », tranche Guillaume Dupont. Mais la politique intérieure française n'y est pas non plus pour rien. Les pouvoirs publics français voulaient soutenir les installations photovoltaïques made in Europe. Avec un arrêté du 7 janvier 2013, ils ont mis en place une bonification du tarif d'achat de l'électricité produite à partir de panneaux solaires européens. « Nous démarchions de nombreux agriculteurs pour louer le toit de leurs bâtiments ou pour vendre directement des panneaux solaires », poursuit Guillaume Dupont rappelant les espoirs suscités par l'arrêté du 7 janvier 2013 dans la filière. L'affaire pouvait être rentabilisée en 5-10 ans selon les cas. « Aujourd'hui, il faut plus de 20 ans pour rentabiliser les installations », regrette-t-il. Et pour cause, la bonification n'existe plus depuis février 2014. Par conséquent, il y a beaucoup moins de candidats à l'installation de panneaux solaires, en particulier dans les exploitations agricoles. Si les pouvoirs publics avaient l'intention de développer cette filière en France, le projet est sérieusement compromis.

France-Chine : l'agroalimentaire, commerce excédentaire dans un ensemble déficitaire

LA visite du président chinois en France, Xi Jinping, qui a commencé le 25 mars, s'inscrit entre autres dans un objectif de redressement de la balance commerciale globalement déficitaire pour la France, à 25,8 milliards d'euros en 2013, mais excédentaire pour les produits agricoles et agroalimentaires, à hauteur d'un milliard d'euros nets.

Le principal poste d'exportations françaises agroalimentaires vers la Chine est celui des vins et spiritueux (848 millions d'euros en 2013), d'après Ubifrance. Ce commerce pourrait être relancé suite à l'abandon par la Chine d'une enquête sur les conditions d'exportation française. Le deuxième poste est celui des produits laitiers, à 200 millions d'euros. Il est suivi des dérivés des céréales, à 172 millions d'euros, puis des viandes à 145 millions d'euros. Enfin, les céréales brutes représentent 59 millions d'euros. « Notre relation économique et commerciale avec la Chine est marquée par un fort déséquilibre », note le ministère des Affaires étrangères, sur son site. Le 24 février dernier déjà, Nicole Bricq, ministre français du Commerce extérieur, et son homologue chinois Gao Hucheng, se sont rencontrés à Bercy à l'occasion de la 22e commission mixte franco-chinoise.