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Vins de Bordeaux Le président du CIVB prône la rigueur

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« Réguler le marché, tenir nos promesses de qualité et développer nos ventes », telles sont les trois missions essentielles que se donne le président de l’interprofession du vin de Bordeaux, Christian Delpeuch.

Faisant le point à Paris sur l’état d’avancement du plan d’assainissement, de restructuration et de relance soumis au ministre mi-février, le président du CIVB s’est dit sûr du consensus dégagé entre le négoce bordelais et la viticulture. Et il attend les suites concrètes de l’approbation que lui a apportée Dominique Bussereau. Impossible de reculer, selon lui, tant sont pressantes les raisons d’intervenir. Les disponibilités dépassent en ce début de campagne plus de deux ans et demi de commercialisation, la récolte 2004 dépassant de1,2 million d’hectolitres le marché potentiel, estimé à 5,5 M hl en 2005. Si Bordeaux maintient ses parts de marché sur un marché intérieur qui est stable, les ventes à l’export sont en chute libre (-1% en volume l’an passé). Sur un marché mondial en surproduction, même le Nouveau Monde est touché (Australie) et l’Europe est en train d’examiner d’importantes demandes de distillation (7 M hl en Espagne, 2 M hl en France).

Un emprunt de 60 M EUR pour abonder la prime à l’arrachage

A travers le plan du CIVB, il s’agit d’abord de geler la circulation d’un certain montant des volumes agréés (poursuivre la réserve instaurée en 2003), d’obtenir des primes de distillation sur environ 5000 000 hl et d’inciter à l’arrachage de quelque 10 000 ha (8% du vignoble girondin) : sur ce point, le CIVB envisage un emprunt de solidarité, financé sur son budget, pour porter à 12 000 euros (voire 15 000 euros la première année) la prime européenne jugée deux fois trop faible, à condition que le Parlement octroie une garantie pour ces prêts comme l’a suggéré le ministre. C’est « dans les prochains jours » que va être lancé un appel d’offres auprès des banques européennes pour un emprunt de 60 M EUR. « Nous espérons que l’ouverture de cette ligne de crédit, pour une durée de 18 à 20 ans, soit bouclée avant la fin de l’année », a ajouté le président Delpeuch. La phase d’arrachage ne va pas affecter la récolte 2005, puisqu’elle ne pourra débuter que mi-octobre.

Comptant sur des économies sur son budget de 31 M EUR, le CIVB s’est engagé à ne pas pratiquer d’augmentation des cotisations de ses adhérents pour rembourser cet emprunt, a assuré M. Delpeuch.

Face à la surproduction, le CIVB devrait faire adopter d’ici un mois, comme en 2004, une limitation des rendements à 50 hl/ha. Les viticulteurs qui désireraient dépasser ce quota seraient taxés pour alimenter un « fonds de solidarité » destiné à abonder la prime que devrait verser Bruxelles pour une distillation.

Mettre en avant les cépages

Autres pistes : le CIVB voudrait obtenir l’utilisation de moûts concentrés sur financement communautaire afin de déclasser des vins d’AOC en vins de pays, ce qui pourrait toucher 300 à 400 000 hl. Le CIVB plaide aussi pour la création d’un vin de pays de grande zone pour l’ensemble de l’Aquitaine.

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Le volet « adaptation aux demandes du marché » passe par la réécriture des décrets des 57 appellations Bordeaux, un travail qui ne fait, à vrai dire, que commencer avec encore des divergences. Les pouvoirs publics français veulent interdire aux AOC de communiquer sur les cépages, ce que récuse le CIVB qui recommande au contraire de les mentionner comme le permet désormais la réglementation communautaire sur l’étiquetage.

La première rédaction des nouveaux décrets régissant les différentes appellations du Bordelais – permettant notamment un assemblage des millésimes avec un minimum de 85% de l’année indiquée sur l’étiquette – devrait être terminée le 15 avril, a précisé pour sa part Xavier Carreau, vice-président du CIVB.

Parmi les autres mesures figure l’audit du parcellaire girondin, que réalise l’INAO, la mise en œuvre syndicat par syndicat de nouvelles conditions d’agrément, la revalorisation de la notion de château et le respect absolu de la règle de mise en bouteilles dans la région.

Sur le plan de la promotion, le CIVB a réorienté sa stratégie avec davantage d’opérations sur les lieux de vente, tout en rappelant l’aide au rapprochement entre les entreprises viticoles et de négoce, qui ne relève pas directement de l’interprofession, avec des fonds ayant été dégagés au plan national pour l’investissement export.