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Le projet Belis veut améliorer la sélection des légumineuses en Europe

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L’Europe dépend encore du soja importé pour l’alimentation du bétail. Crédits : © Julio César García/Pixabay

Coordonné par l’Inrae, le vaste projet européen Belis veut améliorer la sélection génétique des légumineuses sur le continent européen. L’implication de toute la chaîne de valeur du secteur dans le projet entend accélérer l’adoption de nouveaux outils de sélection variétale. 

« Si nous étions capables de cultiver plus de légumineuses, nous produirions à la fois plus de protéines et nous serions moins dépendants des engrais azotés de synthèse et de l’énergie nécessaire à les fabriquer », explique Bernadette Julier, chercheuse au centre Inrae Nouvelle-Aquitaine-Poitiers. Pour répondre aux enjeux de souveraineté alimentaire de l’Union européenne, le projet Belis (Breeding European Legumes for Increased Sustainability) a été lancé en octobre 2023. En plus de créer des outils pour accélérer la sélection variétale des légumineuses, il entend améliorer l'environnement économique et réglementaire du secteur

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Prévu pour durer jusqu’à fin septembre 2028, ce projet réunit 34 partenaires publics et privés dans 18 pays d’Europe, pour un budget dépassant 7 M€. Bernadette Julier d’Inrae coordonne le projet. Côté français, en plus d’Inrae et sa filiale Agri-Obtentions, le projet réunit plusieurs semenciers opérant en France comme Cérience, Barenbrug, RAGT, KWS et DLF, l’institut technique Terres Innovia et l’office d’inscription Geves. 

L’étude porte sur 14 variétés de légumineuses, soit sept légumineuses fourragères (luzerne, trèfle violet, trèfle blanc, sainfoin, lotier, trèfles annuels, vesces), et sept légumineuses à graines (pois, féverole, soja, pois chiche, lentille, haricots, lupin blanc), qui représentent « la majorité des espèces de légumineuses cultivées en Europe », explique le communiqué d’Inrae du 9 septembre 2025. 

Vers des preuves de concept

Désormais presque à mi-parcours, le consortium a présenté quelques résultats lors de la deuxième réunion annuelle des partenaires qui s’est tenue en septembre à Novi-Sad en Serbie. 

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Les équipes mettent au point de nouveaux protocoles de phénotypage, plus faciles à utiliser et moins chers. « En sélection variétale, nous regardons les caractères importants comme des résistances à des maladies ou des ravageurs », indique la coordinatrice du projet. « Dans Belis, l’idée est de compléter ce qui nous manque sur les 14 espèces étudiées. Par exemple, une maladie connue sur la féverole peut attaquer la lentille, et nous ne savons pas tester la résistance de la lentille à cette maladie, il faut donc mettre au point une méthode. Parfois, de nouvelles maladies ou de nouveaux ravageurs arrivent, ce qui demande de développer de nouveaux protocoles. »

Les chercheurs annoncent aussi « des résultats sur l’utilisation d’images prises par drones pour mesurer des caractéristiques sur les légumineuses, comme la hauteur des plantes et le nombres d’inflorescences dans des parcelles de trèfle violet, comme indicateur du potentiel de production grainière ». 

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Ils ont également parlé du développement d’un outil de génotypage sur les légumineuses à graines, « efficace et moins cher pour les sélectionneurs », selon Bernadette Julier. Une fois testée, cette solution sera mise à disposition de tous les partenaires de Belis qui pourront l’utiliser pour leurs programmes de sélection. 

Dans deux ans, tous les travaux expérimentaux devraient être terminés, laissant la cinquième année du projet pour « la dissémination et la communication de nos résultats », explique la chercheuse. « Nous finaliserons aussi des mini-schémas de sélection comme preuves de concept afin que les sélectionneurs privés puissent ensuite adopter ces outils. Par exemple pour la luzerne, nous avons mis au point un test de sélection classique avec des descriptions phénotypiques des plants, et un test de sélection avec des marqueurs moléculaires où on prédit la valeur des plants d’après le génotype. Nous allons comparer les résultats de ces sélections. » Bernadette Julier espère que s’ils sont convaincants, ce qui devraient « encourager ces sélectionneurs à modifier leurs programmes de sélection. »