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Exploitations Le revenu des exploitants en hausse de 15 %

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Compte tenu de l’embellie des prix de marché, le résultat était prévisible : les revenus des exploitations agricoles françaises seraient en hausse de 15 % en moyenne sur 2006 selon l’Insee et ses statistiques réalisées pour la commission des comptes de l’agriculture réunie le 20 décembre (+ 9 % pour l’ensemble des actifs, y compris les salariés). Une progression qui compense la réduction de 13 % du revenu en 2005. Mais elle n’efface pas plusieurs années de baisse. En moyenne triennale, les revenus des trois dernières années sont en baisse de 4 % par rapport à la période 2001-2003. Enfin, cette progression est assurée moyennant une réduction du nombre du nombre d’exploitations estimé à 2,6 % : la part de gâteau est plus grande car les convives sont moins nombreux. Les syndicats agricoles ne se sont pas faits faute de rappeler ces réalités en commentant les chiffres de l’Insee.

Petites productions, prix élevés, achats en réduction : telle est l’équation qui aboutit à un revenu agricole en nette hausse pour 2006 comparé à 2005. Si elle ne se vérifie pas pour la production ovine, la viticulture et l’aviculture, cette équation se constate pour l’ensemble des autres productions. C’est particulièrement vrai des grandes cultures pour lesquelles le revenu progresserait de 35 %. Les récoltes de céréales sont en baisse, soit du fait de la réduction des surfaces, soit du fait de la sécheresse, soit à cause des deux phénomènes. Les prix « s’envolent » selon l’Insee, qui évoque une progression de 25 % pour le blé tendre. Une hausse largement due, aussi, aux conditions du marché mondial. Les prix sont également fermes pour les protéagineux et les oléagineux, ceux du colza étant notamment tirés par la demande nouvelle en biocarburants. La production de betteraves, en revanche, du fait de la réforme de la réglementation européenne, conduit à des revenus en baisse ; quant aux pommes de terre, là encore, la baisse de production européenne a fait augmenter les prix.

La viticulture demeure en difficulté

La conjoncture a été également favorable pour les fruits et légumes. La chaleur estivale qui s’est manifestée tôt dans la saison a permis de positionner les prix de manière élevée. La stabilité des volumes produits et une demande soutenue ont également permis aux prix des légumes de progresser. Du coup, la progression affichée du revenu de l’arboriculture fruitière atteint 34 % cette année et 18 % pour l’ensemble « maraîchage et fleurs ».

Seul parmi les productions végétales, le secteur de la viticulture affiche triste mine. Si la production continue à diminue, le marché reste toujours excédentaire et surtout soumis à des problèmes de commercialisation. Les vins d’appellation d’origine ont presque « sauvé » l’année mais les vins de consommation courante sont toujours dans une situation difficile, les revenus de leurs producteurs étant en baisse de 34 % par rapport à 2005.

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Deuxième année de hausse pour les bovins

La situation de l’élevage est également contrastée. Pour la deuxième année consécutive, le revenu des éleveurs de bovins paraît en hausse. Le volume de production est stable, voire en régression pour certains secteurs comme le veau. Les cours sont en progression pour la viande bovine tandis que le prix du lait est, lui, en net repli. Celui-ci a cependant été compensé par l’aide directe laitière. Au total, le revenu des éleveurs de bovins à viande progresserait de 10 % et celui des producteurs de lait de 8 %. Pour leur part, les producteurs hors sol ont connu des résultats inégaux. La production porcine a bénéficié de prix élevés en milieu d’année tandis que les producteurs de volaille ont subi l’épilogue de la crise aviaire. La production a amplifié sa baisse tendancielle mais les prix se sont stabilisés. Au total, le hors-sol bénéficie de revenus en hausse de 12 % mais elle est loi de rattraper le déficit des années antérieures. La moyenne triennale 2004-2006 est en baisse de 23 % par rapport à la moyenne 2001-2003.

Le rôle des prix de marché

Enfin, le prix des œufs a progressé compte tenu de la diminution des mises en place de poulettes de ponte. Plus préoccupant, le revenu des producteurs d’ovins se réduit de 2 % après quelques années de baisse. Le volume de production se réduit tandis que la pression des importations est toujours aussi forte. Tous ces résultats montrent à quel point maintenant le revenu agricole est maintenant dépendant des équilibres de marché et non des politiques agricoles émanant de Bruxelles. Les agriculteurs sont bel et bien rémunérés par les prix de marché, pour le meilleur comme pour le pire.

Moins d’intrants

Toutefois, le revenu est aussi largement déterminé les évolutions des consommations de produits nécessaires à l’agriculture, ce qu’on appelle les « intrants ». Leurs prix ont augmenté, note l’Insee qui met en évidence la hausse des produits pétroliers (8,5 %) ainsi que ceux des engrais qui en dépendent (engrais azotés). Cependant, la consommation en volume des engrais est en baisse (-10 %), pour des raisons tant économiques qu’agronomiques. Les achats de produits phytosanitaires sont également en réduction. Premier poste de consommation, les dépenses en aliments du bétail diminuent de 1 %. La hausse des prix consécutive à celle des céréales et oléagineux y est compensée par une baisse des volumes destinés aux porcs et volailles.