« Nous prendrons des mesures pour encourager les bonnes pratiques et les scientifiques » face au changement climatique, a déclaré le Premier ministre français le 4 décembre, clôturant la conférence organisée par l'Organisation mondiale des agriculteurs et le Comité des organisations des agriculteurs de l'UE. Il s'est ainsi fait l'écho du consensus qui s'est dessiné, pour plus de budgets de recherche, d'accompagnement des agriculteurs et moins de freins réglementaires. Mais pour ceux-ci, relever le défi climatique implique d'être soutenu par la puissance publique.
Estimant que l'agriculture est à la fois « victime et solution » pour le dérèglement climatique, Manuel Valls a désigné trois chantiers sur lesquels il compte avancer : stimuler la recherche-développement pour mettre au point des solutions, accroître le stockage du carbone dans le sol par l'élevage à l'herbe, enfin, tendre vers l'autonomie fourragère par une moindre dépendance au soja importé des Amériques, dont la production participe à la déforestation. À ce propos, le Premier ministre a appelé à un « plan protéines plus global » que celui qui existe actuellement.
« Notre tâche, aujourd’hui, et pour les années à venir, c’est de permettre à l’agriculture de continuer à produire tout en continuant à réduire son empreinte carbone », a-t-il synthétisé, et pour cela, « l'Europe est à vos côtés pour vous accompagner, et la France, elle aussi, répond présent », a-t-il assuré. Manuel Valls estimé que l'accord de Paris doit «être ambitieux, universel et contraignant ».
Pas d'adhésion des agriculteurs sans davantage de soutiens publics
Produire 70% de plus en 2050 tout en apportant des solutions au défi climatique, d'accord, mais il n'y aura pas d'adhésion des agriculteurs sans davantage de soutien des pouvoirs publics. Tel est le socle commun qui a rassemblé nombre d'intervenants à cette conférence, de pays aussi éloignés géographiquement et économiquement que le Royaume-Uni et le Malawi. L’impératif de produire plus et en même temps de contribuer à la réduction des émissions nécessitera de la formation et de la recherche, donc des budgets. À cela s’ajoute une contrainte, celle de produire de façon compétitive. « Maintenant nous sommes obligés de cultiver des dollars », a résumé Don McCabe (Canada), président de la Fédération de l’agriculture de l’Ontario.
Les agriculteurs demandent plus de reconnaissance des pouvoirs publics…
« Les agriculteurs peuvent relever ce défi (des aléas climatiques et des besoins alimentaires croissants) », et les biotechnologies « sont un levier important » face au défi, a déclaré Meurig Raymond, président de la NFU, le syndicat des agriculteurs britanniques. Mais « une reconnaissance des pouvoirs publics est nécessaire".
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Produire 70% de plus en 2050 tout en apportant des solutions au défi climatique
Cette aspiration a été reprise par le président du Copa, Martin Merrild, qui appelle à une relation plus étroite entre les milieux politiques et les milieux agricoles. Cette reconnaissance ne doit pas se limiter à un concept politique, il doit se traduire par des soutiens, notamment à l’innovation, et aussi à des arbitrages, comme par exemple la place de l’élevage : il faut que les gouvernants veillent à ne pas sacrifier l’élevage au nom de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. « L’élevage extensif est parfois la seule production possible, comme dans le nord du Royaume-Uni, en l’absence des grandes cultures », a souligné Meurig Raymond.
… et moins de dispositions punitives
« Nous ne pensons pas qu’il faille sacrifier le mode de vie des éleveurs pour céder la place aux grandes cultures », a appuyé Evelyn Nguleka (Zambie), présidente de l’Organisation mondiale des agriculteurs.
À propos de la reconnaissance par les pouvoirs publics, le président de la FNSEA, Xavier Beulin, a fait part au Premier ministre de son souhait de « trouver un espace de confiance, avec moins de réglementation ». « Il faut réfléchir à une Pac qui amène plus d’incitations et moins de dispositions punitives », pour diffuser les technologies nécessaires que sont l’informatique embarquée, le big data, le numérique comme base des décisions, a-t-il cité.