Tomate cerise, tomate ronde, pêche nectarine, abricot du Roussillon, melon charentais … Ces variétés ne viennent pas de nulle part. Recherche privée et recherche publique ne cessent de réfléchir à en trouver de nouvelles, pour s'adapter aux goûts du consommateur mais aussi résister aux maladies.
UNE tomate rose et une tomate rouge sont alignées devant le sélectionneur Sylvain Bontems. La première a été imaginée pour coller aux marchés asiatiques, la seconde aux marchés européens. Elles ont le même goût. « Nous produisons des variétés pour nous adapter à la demande en Asie et, pour eux, une bonne tomate aura une chair rose », explique Sylvain Bontems qui travaille pour le semencier suisse Syngenta et sélectionne des variétés depuis 25 ans. Son quotidien consiste à rechercher sans cesse de nouvelles tomates. La création d'une « lignée pure » peut prendre dix à quinze ans. C'est dire si le sélectionneur doit être patient, se rendant chaque jour sous ses serres pour vérifier le calibre, la forme, le goût et toutes autres caractéristiques génétiques. Créer un hybride revient à prendre « deux parents » issus chacun d'une lignée. Par exemple, pour la « newton rose », la fameuse tomate rose, l'un des parents a été sélectionné pour son épiderme transparent.
Syngenta consacre aujourd'hui plus d'un milliard de dollars à la recherche et fait partie des leaders du marché. Sur le site de Sarrians, près d'Avignon, où poussent les tomates, trois autres « fruits-légumes » grandissent sous l'œil expert des sélectionneurs : les courgettes, les poivrons et les melons. Quelques innovations pas encore commercialisées sortent du lot. Comme le poivron snacking, qui a la forme d'un piment et se croque à l'apéro ou encore la tomate qui ne pourrit jamais mais se confit à la manière d'une datte.
Recherche privée et publique
La sélection variétale n'est pas l'apanage de la recherche privée. L'Inra (établissement public) et le CTIFL (entreprise de droit privé mais qui a des financements de l'Etat) travaillent également « de la graine à la fourchette », selon Sophie Charmont, la directrice du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) de Balandran dans le Gard. « Nous ne faisons pas de créations variétales. Nous prenons des variétés issues de la recherche privée et nous opérons des centaines d'essais dessus », précise Sophie Charmont qui reconnaît que, « globalement dans le monde, la recherche mobilise de gros moyens ». 400 à 500 variétés de pêches sont donc en observation au centre de Balandran.
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La conduite d'un verger de pêche reste très technique : il faut 60 variétés au minimum pour créer une exploitation. La durée de récolte par variété est très courte. C'est pourquoi les ingénieurs du CTIFL ont un rôle important : ils aident les producteurs à faire leur choix d'une variété, à optimiser les coûts de production… Ainsi, ils offrent aux consommateurs un « produit commercial » de qualité. « Grâce à la recherche, on constate une diminution des surfaces mais une meilleure technicité des producteurs », commente Christian Hilaire du CTIFL
Résistance aux maladies
L'objectif de la sélection variétale est double : plaire aux consommateurs au niveau du goût, de la texture, etc., mais aussi répondre aux besoins des agriculteurs qui cherchent des variétés résistantes aux maladies. « Grâce au marquage moléculaire qui existe depuis une vingtaine d'années et aux biotechnologies, nous pouvons aller plus loin dans la recherche et trouver des résistances aux insectes plus facilement », explique Mathieu Nicolas un des sept sélectionneurs du site de Sarrians (Syngenta).
Aux domaines des pins de l'Amarine dans le Gard, des chercheurs de l'Inra travaillent sur une nouvelle variété qui pourrait combattre l'oïdium et le puceron vert, des maladies qui se propagent rapidement dans les vergers. À force de sélection, une variété de pêche à fort potentiel gustatif et présentant de bonnes valeurs agronomiques pour combattre ces maladies sera très prochainement à disposition des arboriculteurs. Ces mêmes chercheurs ont également inventé la pêche plate, désormais très populaire en Espagne, et développent aujourd'hui, la nectarine sanguine, un « produit santé » au pouvoir antioxydant. L'innovation variétale est en marche.