Les investissements américains dans la recherche agronomique, agricole, les biocarburants ou les industries de transformation ont représenté en 2007, dernière année disponible, pas moins de 19,7 milliards de dollars pour le seul secteur privé. Cela représente une progression annuelle de 4,3% sur la période 1994-2007. Une enquête menée le Service de recherche économique (ERS) du ministère américain de l’Agriculture (USDA) révèle le poids prépondérant que représentent au niveau mondial les géants américains du secteur qui placent 18 de leurs firmes parmi les 23 leaders mondiaux en termes de chiffre d’affaires.
L’enveloppe consacrée à la recherche par le privé est quasiment la même que celle consacrée par les pouvoirs publics, directement ou via des instituts de recherche nationaux. Ces derniers sont davantage tournés vers la production agricole pure que vers les industries d’aval. La somme de 19,7 milliards de dollars est à comparer aux 11,3 milliards de 1994, soit une progression annuelle de 4,3 % par an ou 2,1 % à dollar constant. Pour le secteur privé, les budgets sont affectés pour 56% aux industries alimentaires et à 44 % à l’agriculture. Pour cette dernière, les investissements privés dans les biocarburants se sont fortement accrus pour atteindre 1,47 milliard de dollars en 2009. Ils concernent également plus l’industrie amont que les pratiques culturales. Ils sont orientés vers les engrais, pesticides, semences, machinisme, génétique, ou nutrition et santé animales. Les huit grands leaders du secteur réalisent à eux seuls les trois quarts des investissements de recherche.
Des résultats difficiles à appréhender
Pour le secteur des industries purement alimentaires, l’une des principales difficultés, reconnaissent d’emblée les auteurs de l’étude, est de collecter des informations. Certaines grandes sociétés, comme le leader mondial Cargill ou Coca Cola, se refusent à communiquer sur leurs budgets de recherche, estimant que cette information doit rester strictement confidentielle. D’autres comme Nestlé ou Unilever ne s’en cachent pas mais ces chiffres ne concernent pas uniquement l’agroalimentaires car ils incluent des sommes investies dans la santé ou les produits d’entretien. Certaines mélangent également ces budgets avec des sommes qui sont affectées à des recherches purement agricoles, comme Tyson Food dans l’élevage de volaille via sa filiale Cobb-Vantress ou Campbell dont une large part va à la recherche sur la génétique des tomates ou des piments.
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Les disparités des budgets consacrés à la recherche sont très variables selon les pays. Se basant sur des chiffres établis par l’OCDE, le rapport américain révèle toutefois que pour la période 2005-2007, les Etats-Unis ont consacré 2 471 millions de dollars (1,91 % du PNB national) sur les 8 232 millions investis dans le monde et se classent largement en tête. Ils sont suivis du Japon, avec 1 990 millions (2,40 % du PNB), en forte baisse par rapport à la période 2000-2004 avec 2 666 millions. La France, avec 618 millions, soit 2,18 % de son PNB se classe en huitième position , largement devant la Grande Bretagne (397 millions et 1,26 %). En pourcentage des budgets rapportés au Produit national brut, la Suisse, le Danemark, la Norvège, les Pays Bas et la Finlande sont tous au dessus de 2 %, en raison de la place prépondérante de ces industries dans le tissu économique national et de la présence de géants agroalimentaires comme Nestlé, Unilever ou les coopératives FrieslandCampina et Arla Foods. La recherche dans l’agroalimentaire est toutefois le parent pauvre dans les pays de l’OCDE. Alors que le secteur manufacturier, dans son ensemble consacre 7,6 % de son PNB à la recherche, cette moyenne n’est que de 1,6 % pour le secteur alimentaire.
Une recherche orientée vers le consommateur
A la différence des autres secteurs industriels, cette recherche est davantage axée vers l’innovation pour de nouveaux produits que vers des réductions de coût de fabrication. Les industriels doivent s’adapter aux attentes des consommateurs qui imposent souvent leurs choix. Ainsi les industries de la volaille ont dû répondre aux aspirations pour des produits offrant plus de viande blanche, ou pré-cuisinés, ou présentant des formes originales. L’aspect pratique est également recherché par les consommateurs, faciles à cuisine, ou tout simplement à réchauffer, préalablement lavés pour les salades par exemple. Selon une enquête Datamonitor, citée dans le rapport, chaque année aux Etats-Unis, 20 000 nouveaux produits sont mis sur le marché mais seulement 10 % sont reconnus comme apportant une réelle valeur ajoutée. Les consommateurs recherchent des emballages respectueux de l’environnement, des produits avec un réel avantage de goût, une plus longue durée de conservation ou des qualités pour la santé. Toutes les allégations de santé voulues par les acheteurs conduisent les industriels à intensifier leur recherche et surtout à la mettre en valeur sur les conditionnements. L’étude révèle également que les industriels ont peu recours au dépôt de brevet, car les procédures d’obtention d’une protection juridique sont complexes et onéreuses. En outre, la durée de protection de 20 ans qui résulte paraît souvent inutile, car les habitudes du consommateur raccourcissent la durée de vie des nouveaux produits.