Abonné

Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse Les pesticides, première cause de pollution de l'eau du bassin du Rhône

- - 4 min

Les pesticides sont, avec le mauvais état physique des cours d'eau, la principale cause de la mauvaise qualité des eaux du bassin du Rhône. Viticulture et grandes cultures en sont responsables.

Les pesticides sont la première cause de la mauvaise qualité des cours d'eau, montre le rapport sur l'état des eaux présenté par l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse, le 24 septembre à Paris. « Le succès historique que nous avons remporté contre la pollution urbaine, avec la mise aux normes des stations d'épuration, fait ressortir la pollution des eaux par les pesticides », explique Martin Guespereau, directeur de l'Agence.

La moitié des rivières sont en bon état, et les poissons reviennent dans l'axe rhodanien. Les relevés 2013 montrent une nette amélioration des sites les plus dégradés.

Du glyphosate dans 75% des rivières

La mauvaise qualité physique des rivières et la pollution par les pesticides sont les deux premières causes de dégradation de la qualité de la faune et de la flore aquatiques, explique le rapport. Il se base sur plus de 15 millions d'analyses de surveillance des cours d'eau, nappes et plans d'eau réalisés par 1500 stations. Les plus fortes concentrations de pesticides se retrouvent dans les zones de grandes cultures, de viticulture et de maraîchage. L'Agence note une stagnation du nombre de matières actives différentes retrouvées, avec toutefois une baisse de la fréquence de leur quantification à des niveaux élevés. Le glyphosate, matière active qu'on trouve dans les herbicides comme le Roundup, est présent dans les trois quarts des rivières.

Trente-six pesticides interdits ont été identifiés en 2013, moins que l'année précédente. Les stations où sont encore quantifiées ces substances dans plus de la moitié des prélèvements sont toutes situées dans les zones viticoles, dans le Beaujolais et le Mâconnais. « L'analyse des concentrations maximales montre également que seule l'utilisation actuelle de ces substances peut expliquer de tels niveaux de concentrations », qui sont « toutes rencontrées en période d'épandage des herbicides », affirme l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse. Les pesticides interdits les plus fréquemment retrouvés appartiennent à la famille des triazines (interdits depuis 2003). L'eau de 58 nappes souterraines est impropre à la consommation à cause des pesticides.

L'agriculture, grosse utilisatrice d'eau

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

L'irrigation touche aussi les milieux aquatiques : « Si seulement 10 % des prélèvements sont consacrés à l'irrigation, ils représentent une part de la consommation estimée à 50% puisque la plus grande partie de l'eau prélevée pour l'agriculture n'est pas restituée au milieu aquatique », note le rapport. L'impact du prélèvement est « plus prégnant sur les grandes zones agricoles du sud du bassin Rhône Méditerranée ».

Les concentrations excessives de nitrates ne posent pas vraiment de problèmes. Elles se rencontrent toutefois dans les eaux souterraines réparties dans les régions de grandes cultures et de maraîchage du bassin, et dans les cours d'eau de la zone de grande culture du Laugarais.

De bonnes relations avec le monde agricole

Malgré ces donnés qui pointent toujours l'agriculture, Martin Guespereau affirme qu'au quotidien, les relations entre son agence et le monde agricole « ne se passent pas si mal que ça ». Pour preuve, il cite le succès des opérations de promotion des aires de lavages des pulvérisateurs, menées avec les chambres d'agriculture. Ces aires, qui permettent de traiter les résidus de produits phytosanitaires non utilisés, sont cofinancées par l'Agence de l'eau et les pouvoirs publics. « En 2013, nous avons équipé 2 500 agriculteurs, soit le double qu'en 2012, se félicite-t-il. Encore un petit effort, nous sommes tout prêts du but ».

L'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse lancera en octobre un label « Rivières en bon état », pour équiper de panneau les cours d'eau en état stable.

La mauvaise qualité de l'eau a un coût. En 2011, le commissariat général au développement durable estimait à entre 600 à 1100 millions d'euros annuel pour la France le coût de ces traitements, uniquement pour le volet agricole.