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Les prairies et la diversité des cultures permettent de lutter naturellement contre les bioagresseurs

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Les prairies permanentes offrent des abris indispensables aux insectes prédateurs des ravageurs de cultures. Crédits : © Myriams-Fotos / Pixabay

Une étude conjointe d’INRAE, La Rochelle Université et le CNRS démontre le rôle central des prairies permanentes et de la diversité des cultures pour lutter naturellement contre les bioagresseurs. Ces résultats confirment les bénéfices des solutions fondées sur la nature pour diminuer le recours aux pesticides tout en préservant les rendements agricoles. 

Les résultats d’une étude menée sur plusieurs années sur la régulation naturelle des bioagresseurs (insectes ravageurs et plantes adventices) grâce à l’environnement naturel menée par une équipe de chercheurs d’INRAE, La Rochelle Université et du CNRS ont été publiés le 27 novembre 2023 dans la revue PNAS. L’équipe de Sabrina Gaba, directrice de recherche INRAE au Centre d’études biologiques de Chizé (Deux-Sèvres) s’est concentrée sur les effets de quatre habitats semi-naturels (haies, forêts, prairies permanentes et temporaires), avec pour « objectif de comprendre comment le paysage pouvait affecter la capacité de régulation des ennemis naturels des ravageurs d’insectes ou des plantes adventices », souligne-t-elle. 

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Ainsi entre 2013 et 2019, des relevés ont ainsi été réalisés sur 974 parcelles agricoles au sud de Niort, présentant plus ou moins de diversité de cultures, avec une à sept cultures représentatives d’une plaine céréalière (blé, orge, épeautre, colza, tournesol, maïs, luzerne, prairies, pois, féverolle…), dans lesquelles les chercheurs ont pu identifier différentes espèces ravageuses. 

Le rôle très important des prairies permanentes 

Dans leurs conclusions citées par le communiqué d’INRAE du 4 décembre 2023, les auteurs de l’étude notent « une augmentation de 23 % de la régulation des insectes ravageurs par les prédateurs avec une diminution de 19 % de leur nombre » dans les parcelles agricoles « à proximité de nombreuses prairies permanentes non fertilisées et avec une grande diversité de plantes et d’insectes ». Les paysages avec « une grande diversité de cultures permettent quant à eux d’augmenter de 16 % en moyenne la régulation des plantes adventices avec une réduction de 6 % de leur nombre dans les parcelles », poursuivent les chercheurs. Le rôle « très important » des prairies, « bien plus que celui des haies et des éléments boisés », souligne Sabrina Gaba, a aussi été observé. « Leur rôle est plus important que celui de la diversité des cultures, qui ne garantit pas une régulation efficace des insectes ravageurs. On ne peut donc pas substituer une prairie par la diversité des cultures. » 

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Cependant, toutes les prairies ne se valent pas. « Les prairies permanentes établies depuis 5 ans et plus ont une meilleure capacité à réguler naturellement les ravageurs », continue la chercheuse que les prairies temporaires. Sabrina Gaba l’explique ainsi : « Les prairies permanentes sont des habitats stables dans le temps qui fournissent des sites de nidification aux insectes prédateurs des insectes ravageurs. Ce sont aussi des lieux qui fournissent des ressources alimentaires qui permettent à ces organismes de se maintenir et se développer. » Des insectes comme les fourmis ou les carabes peuvent aussi contribuer à « la régulation des plantes adventices par la prédation des graines » et limiter leur propagation. 

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Alors que « la littérature indique que 50 à 70% des prairies ont disparu depuis 1970 », ces résultats indiquent que « réduire les habitats semi-naturels, c’est réduire la capacité des écosystèmes à réguler naturellement les bioagresseurs et à avoir un effet bénéfique pour l’agriculture », conclut Sabrina Gaba.