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Les programmes agricoles des partis aux élections européennes

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Les élections européennes se tiendront le dimanche 26 mai, et la majorité des partis politiques français ont présenté leur programme. Mais ce n’est pas encore le cas pour La République en marche (LREM) qui ne le présentera que le 9 mai. Lors d’un débat organisé par le Syndicat national de la presse agricole et rurale (SNPAR) le 18 avril à Paris, les candidats de sept listes ont dévoilé leur projet de politique agricole européenne.

LR défend une Pac qui permet de vivre du métier d’agriculteur

Souveraineté alimentaire, sécurité alimentaire et économie agricole, tels sont les maîtres mots qui doivent dicter la Pac, a expliqué Anne Sander, 8e sur la liste Les Républicains (LR) qui va prendre la suite de Michel Dantin sur les dossiers agricoles. La Pac doit rester commune, et sans surtransposition, et surtout elle doit permettre aux agriculteurs de vivre de leur métier dans les territoires « grâce à un 1er pilier fort ». Les enjeux environnement sont essentiels, « mais le verdissement doit se faire avec les agriculteurs et non pas contre eux », a-t-elle expliqué. Quant au budget de la Pac, « notre position a toujours été claire : nous nous battons pour maintenir ce budget », a insisté Anne Sander, condamnant le fait que le gouvernement actuel ne l’ait pas suffisamment défendu en amont. Dans les échanges internationaux, « nous demandons une stricte réciprocité et nous proposons d’instaurer des droits de douane anti-pollution pour les produits qui ne respecteraient pas nos standards environnementaux ».

LREM veut réorienter les soutiens de la Pac vers l’activité humaine

La prochaine réforme de la Pac « devra être au rang prioritaire de nos préoccupations », a indiqué Jérémy Decerle, 4e sur la liste Renaissance - LREM pour les Européennes dont le programme sera présenté le 9 mai. « Ce qui nous semble important, c’est de lui redonner des objectifs clairs », a-t-il précisé à l’occasion de la rencontre organisée par le SNPAR le 18 avril. LREM veut ainsi « diminuer les soutiens donnés à l’hectare et les réorienter vers l’activité humaine », avec pour corollaire que chaque État membre puisse « redéfinir ce qu’est un actif agricole ». La prochaine Pac devra être « un peu plus forte sur la gestion des risques agricoles », a ajouté Jérémy Decerle qui considère que « la formule autour des contrats cycliques aux États-Unis » est un exemple « qui fonctionne ». LREM veut également « donner un angle plus sociétal » à la Pac notamment sur l’écologie en « se donnant des objectifs de résultats plus que de moyens », a ajouté Jérémy Decerle qui rappelle l’objectif « d’être à 50 % de réduction des pesticides en 2025 ». Sur le modèle du Farm bill américain, l’aide alimentaire est « un sujet qui doit être à l’intérieur de la Pac », a-t-il par ailleurs estimé.

Le PS veut davantage de régulation pour sécuriser le revenu

Le Parti socialiste s’oppose à une réduction du budget de la Pac comme le propose la Commission européenne. C’est pour Éric Andrieu le « premier combat » à mener. Il refuse que l’Europe soit « le seul continent à avoir un volet budgétaire inférieur à ce qu’il est aujourd’hui en matière de politique agricole et d’alimentation ». Le « deuxième combat » concerne le rapport Andrieu à partir duquel la commission de l’agriculture du Parlement européen a adopté le 1er avril un projet de position sur l’OCM unique. Objectif : instaurer davantage de régulation pour garantir un revenu décent aux agriculteurs. S’agissant des accords de libre-échange, le PS prône une « exception agri-culturelle ».

EELV veut sortir des phytos d’ici 15 ans

Sortir des phytos en 15 ans au niveau européen : c’est l’objectif que se fixent les Verts. Pour l’atteindre, la Pac doit être « dédiée à cette transition », affirme Benoît Biteau, éleveur bio, candidats sur la liste du parti. Il propose notamment un renforcement de la conditionnalité, avec cinq exigences : « équilibres territoriaux, ressource en eau, biodiversité, climat et santé ». Le parti souhaite également distribuer les aides Pac en fonction des « unités de main-d’œuvre » et non plus du « nombre d’hectares ». « On ne peut plus donner 80 % du budget de la Pac aux 20 % des plus gros producteurs, les moins vertueux », commente ainsi Benoît Biteau. Pour éviter les distorsions de concurrence avec les produits issus de pays tiers, le parti plaide pour un « protectionnisme vert ». « Nous devons refuser les produits importés qui ne correspondent pas à nos normes de production », justifie-t-il. À l’intérieur de l’Europe, les Verts veulent atteindre une « harmonisation des règles d’utilisation des produits phytosanitaires ».

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L’UDI souhaite rétablir le lien entre l’agriculture et le citoyen

Le projet de l’Union des démocrates et indépendants (UDI Les Européens), défendu par Olivier Mevel lors du débat du SNPAR le 19 avril, part du constat que l’Europe « manque d’un plan stratégique » à cinq ou dix ans. « Il est temps de positionner l’agriculture comme le premier pilier de la santé des citoyens », a déclaré l’universitaire. La Pac doit voir son budget maintenu au niveau actuel. Pas question pour l’UDI de réduire des aides du 1er pilier pour en financer d’autres, même si un plafonnement est envisagé. Les ICHN sont à préserver. Une des priorités du programme est la lutte contre les distorsions intra et extracommunautaires. Les règles fiscales et sociales entre États membres doivent être harmonisées. L’UE ne peut signer des accords multilatéraux qu’en suivant une règle d’équivalence sur quatre points : climat, environnement, sanitaire, social.

Cap sur le bio pour les Insoumis

« Nous voulons passer d’une agriculture qui est aujourd’hui le problème à une agriculture qui peut être la solution », revendique Laurence Lyonnais, candidate La France Insoumise (LFI) aux élections européennes. L’objectif des Insoumis est clairement affiché : convertir l’ensemble de la production européenne à l’agriculture biologique. En méthode, ils souhaitent, tout en maintenant le budget, réorienté les soutiens de la Pac dont ils dressent un « bilan catastrophique » tant d’un point de vue économique, social qu’environnemental. Cela passe, tout d’abord, par l’ajout à l’acronyme, d’un A pour Alimentation afin de réaffirmer la vocation alimentaire de l’agriculture, bien avant « la productivité ou la compétitivité ». Pour protéger les agriculteurs vis-à-vis du marché, le programme de LFI prévoit un encadrement des volumes, l’instauration de prix minimum par États membres et la sortie du secteur des accords de libre-échange. La transition écologique sera assise sur un modèle de polyculture élevage. Les aides seront limitées à 60 000 euros par actif.

RN prône une « Politique agricole française »

Le programme du Rassemblement national plaide pour « instaurer une politique agricole française ». Si cette expression laisse présager une suppression de la Pac, « il n’en est rien », assure Hervé Juvin, référent agricole pour la liste du parti aux Européennes. « Les États doivent définir leur propre politique agricole avec l’argent de la Pac », précise-t-il. Le parti veut mettre la priorité sur les « aides à l’activité », les actions « contracycliques » et la « sécurisation de l’activité économique ». Concernant le verdissement, cela n’est pas « la priorité », assume Hervé Juvin, qui préfère une « politique de revenu pour nos agriculteurs ». Le parti plaide pour une « sortie de la logique du libre-échange » et des règles de « libre concurrence » pour privilégier la consommation locale, avec un objectif « d’au moins 50 % de viandes françaises ou régionales » dans la restauration collective. Le RN souhaite enfin créer un fonds agricole, pour rendre public la propriété des gènes de certaines semences, afin « d’empêcher la brevetabilité du vivant ».

Retrouvez les vidéos des candidats des sept listes sur le site de l’Afja : http://afjablog.blogspot.com/