Portée par la crise sanitaire, la consommation d’œufs à domicile a explosé en 2020, d’après le CNPO (interprofession). Cette tendance se poursuit dans une moindre mesure début 2021, dans un contexte rendu plus incertain par la flambée de l’alimentation animale.
Synonymes de cuisine faite maison, les confinements successifs ont porté les ventes d’œufs en 2020 : les volumes écoulés pour une consommation à domicile ont battu un record avec une hausse de 11 % par rapport à 2019, indique le CNPO (interprofession) le 20 mai. La consommation hors domicile, elle, s’est effondrée au détriment notamment des ovoproduits, si bien que la production termine sur une croissance de 4,9 % à 15,7 milliards d’œufs. Un niveau qui place la France au premier rang des producteurs européens. La croissance des ventes en magasins est à mettre au crédit des œufs produits dans les systèmes alternatifs à la cage, et particulièrement au sol (code 2) : leurs ventes ont plus que doublé en un an (+125 %). « De nombreuses marques distributeurs ont " switché " des cages aménagées vers le sol », note Loïc Coulombel, vice-président du CNPO. Alors que ce mode d’élevage a récemment été ciblé pour la première fois par L214, l’interprofession a lancé un groupe de travail pour « mieux faire connaître l’élevage au sol, assurer sa pérennité et sa place dans la filière », selon son président Philippe Juven.
Deux tiers produits hors cage
Bien que moins spectaculaire, la progression des ventes des autres œufs produits hors cage se poursuit : +16,9 % en bio, +15,6 % en plein air, +6,8 % en Label rouge. Seuls les œufs produits en cage accusent un recul de 6,7 %. Une baisse toutefois moins importante qu’attendu, car au plus fort de la crise sanitaire, « les distributeurs cherchaient des œufs partout » pour éviter les ruptures de stock, rappelle Loïc Coulombel, par ailleurs président du Snipo (industriels). En 2020, les systèmes alternatifs ont représenté deux tiers des ventes, ainsi que de la production française (64 %).
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Particulièrement affectés par la fermeture des restaurants, les ovoproduits ont vu leurs ventes s’effondrer, qu’elles soient destinées à l’agroalimentaire (-5 à -10 %) ou à la RHD (-25 à -30 %). Mais la mise à l’arrêt des restaurants a aussi pénalisé les ventes d’œufs coquilles, qui ont perdu 30 à 40 % dans ce débouché. Du côté des échanges internationaux, « la France est redevenue excédentaire en 2020 après un déficit en 2019 », se félicite Loïc Coulombel. Entre baisse des importations (-7,8 % en valeur) et progression des exportations (+9,4 %), la balance commerciale s’établit à +4 M€. Une performance essentiellement due à la crise sanitaire : « Les œufs qui n’ont pas pu être utilisés pour la fabrication d’ovoproduits en France et qui ne pouvaient pas être valorisés en coquilles sont partis à l’international », explique la CNPO dans son dossier de presse.
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Intégrer la loi Egalim 2
Qu’il s’agisse des ventes ou de la production, ces tendances positives se poursuivent début 2021. Sur les deux premiers mois de l’année, les achats en magasins progressent ainsi de 4 % (en volume) par rapport à la même période de 2019. Devant ce dynamisme, le CNPO prévoit une hausse de la production de « 2,5 % d’ici le mois de juillet ». Malgré ce marché porteur, producteurs et industriels font face, depuis plusieurs mois, à une menace immédiate : la flambée des prix de l’alimentation animale. « Une revalorisation du prix d’achat des œufs coquille et des ovoproduits […] devient vitale », lancent les industriels du Snipo dans un communiqué le 25 mai.
Des « tensions récentes sur le marché des matières premières garanties non OGM » sont venues accroître la hausse des céréales et oléoprotéagineux sur le marché mondial. Cette augmentation provoque un surcoût de production de « plus de 1 ct par œuf, soit 20 ct/kg d’œuf entier liquide », affirme le Snipo. Réclamant la répercussion de ce surcoût, les industriels des œufs et ovoproduits ont été « entendus par les GMS, mais pas du tout par l’agroalimentaire et la restauration hors domicile », ses deux autres débouchés, déplorait le président du Snipo Loïc Coulombel le 20 mai.
Dans son communiqué, le Snipo réclame « une indexation du prix de vente des œufs et des ovoproduits sur l’évolution du coût de l’alimentation des poules pondeuses ». Comme les industriels, le CNPO demande que les œufs entrent dans le champ d’application de l’article 2 de la proposition de loi (PPL) Egalim 2, déposée par Grégory Besson-Moreau (LREM, Aube) : cet article prévoit la sanctuarisation de la part agricole dans les négociations ainsi qu’une clause de révision automatique dans les contrats.