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Local Ocean prépare une levée de fonds pour construire le premier élevage de saumon en recirculation de France

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L'architecte Rudy Ricciotti a designé l'usine Local Ocean de Boulogne-sur-Mer. Crédits : © Rudy Ricciotti

En dépit d’une campagne menée par l’ONG Welfarm pour faire échouer le projet de Boulogne-sur-Mer, Local Ocean a déjà obtenu son permis de construire pour une ferme aquacole d’élevage de saumons en utilisant l’eau de mer en recirculation. Une première en France qui doit permettre de produire 9000 tonnes de saumon local par an.

Lancé en 2020, le projet de ferme aquacole d’élevage de saumons de Boulogne-sur-Mer basé sur un système de recirculation en aquaculture (RAS) avance vers sa concrétisation. « Nous allons lancer une levée de fonds au premier trimestre 2025 afin de financer notre ferme aquacole en recirculation pour l'élevage de saumons. Et cette levée de fonds sera suivie d’une seconde pour ce projet dont le budget de construction s’élève à 260 millions d’euros », explique Alain Treuer, entrepreneur à l’initiative du projet Local Ocean. Le détail des levées de fonds n’est pour l’instant dévoilé, mais Alain Treuer laisse entendre que la seconde levée de fonds sera la plus conséquente, destinée à la construction de l’équipement. L’entrepreneur se donne encore du temps pour la construction qui pourrait commencer selon lui d’ici 18 mois.

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Le projet porté par Local Ocean n’est pas un long fleuve tranquille. Lancé en 2020, il a déjà passé une étape importante avec l'obtention du permis de construire, dont les recours ont été purgés. Il reste toutefois encore deux étapes importantes : l’obtention du feu vert pour les installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) et pour la demande d'autorisation d'exploitation de cultures marines (AECM), deux autorisations qui font l’objet de recours de la part d’ONG environnementalistes. C’est pourquoi Alain Treuer préfère attendre d’obtenir toutes les autorisations avant de lancer la construction et s’éviter des modifications du projet en fonction du retour des autorités compétentes sur ces deux dossiers. Même si en théorie la construction pourrait commencer.

Le projet de ferme aquacole en eau recirculée est une première en France. Elle s’appuie sur une technologie innovante comprenant l’élevage en bassins sur terre, alimentés par de l’eau de mer pompée à 1 km du littoral boulonnais. « Nous allons pomper 7500 m3/heure, mais seulement 1000 m3/heure sont utilisés pour alimenter les bassins d’élevage. Cette eau est purifiée pour alimenter les bassins, avant d’être rejetée en mer une fois débarrassée de ses impuretés afin d’obtenir une eau de même qualité que si elle sortait d’une station d’épuration », selon Alain Treuer. Les 6500 m3 restants serviront à refroidir les équipements fonctionnant selon la technologie des pompes à chaleur. « Il y aura donc très peu de consommation d’électricité, représentant une économie de 65% d’électricité comparé à une installation sans pompes à chaleur », affirme-t-il. « Cette eau de refroidissement sera rejetée en mer avec une température supérieure de 3° C, immédiatement refroidie grâce aux courants circulant au large de Boulogne », explique Alain Treuer.

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9000 tonnes de saumon par an

Le projet de ferme aquacole doit s’étendre sur une parcelle de 14,7 hectares, sur le site de Capécure, « un site idéal », selon Alain Treuer, « car l’ensemble de la filière de découpe du poisson est déjà présente sur place avec des fumeurs, des écailleurs, toute la chaîne du froid, la logistique et les personnels compétents pour travailler dans ce secteur ». La capacité de production du site en rythme de croisière sera de 9000 tonnes de saumon par an, employant 200 personnes et 500 emplois indirects. 

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Reste à savoir si le poisson produit sera compétitif par rapport à la production norvégienne ou écossaise, souvent transformée en Pologne ou Lituanie. Alain Treuer se dit persuadé de pouvoir proposer un produit à un prix « plus ou moins concurrentiel avec la Norvège. » Parmi les points d’explication : moins de transport, des coûts de production en hausse constante en Norvège à cause des traitements nécessaires pour les saumons, dont des antibiotiques, la hausse des températures de l’eau qui rend l’élevage en mer plus incertain et une demande mondiale en hausse continue qui oriente les prix à la hausse.

Toutefois, le projet Local Ocean suscite l’opposition radicale de l’association dédiée à la protection des animaux d’élevage Welfarm. En avril 2024, celle-ci a lancé une campagne réclamant un moratoire sur les élevages piscicoles exclusivement en RAS, qui « posent de nombreux problèmes en matière de bien-être animal ». En cause : « densités extrêmes », « risque de mortalité de masse » et « conditions de vie difficiles » pour les poissons. Des arguments remis en cause par Alain Treuer pour qui les saumons élevés en mer sont aussi exposés à des risques de mortalité, notamment par maladie, et de stress. Welfarm estime avoir marqué un point suite à l’arrêt du projet Smart Salmon France (projet porté par le norvégien Smart Salmon qui développe plusieurs projets d'élevage hors sol dans le monde) prévu à Plouisy (Côtes-d’Armor), annoncé le 31 octobre 2024. La société a retiré son dossier de demande d’autorisation environnementale, mais n'abandonne pas pour autant l'idée de s'installer en France et recherchant un nouveau site d'implantation.