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Louis Delelis-Fanien (CEO) : « La pollinisation optimisée, comme le fait Ubees, devient un vrai enjeu en agriculture »

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Louis Delelis-Fanien est le CEO d'Ubees. Crédits : © Ubees

Ubees, leader mondial de l’apiculture appliquée à l’agriculture régénératrice, annonce aujourd’hui, 3 février 2026, une levée de fonds de Série A de 8 millions d’euros. Cette opération a pour objectif de permettre à Ubees d’accélérer sa mise à l’échelle et son développement à l’international, tout en renforçant son positionnement dans l’agriculture régénératrice.Louis Delelis-Fanien, CEO de Ubees fait le point pour Agra Innovation sur les prochaines étapes de développement de la société.

Ubees a été créée aux États-Unis, pourquoi la société a-t-elle décidé de rapatrier son siège social en France ?

Il existe plusieurs raisons au déménagement de notre siège en France. 
En 2017, quand Arnaud Lacourt fonde Ubees, il vivait aux États-Unis où le marché de l’apiculture est beaucoup plus mature et développé qu’en Europe. Il existe là-bas des contrats importants de pollinisation, notamment pour les amandiers, où les agriculteurs sont prêts à investir pour la location d’une ruche pendant la période de floraison. En France, l’état d’esprit était plutôt de laisser son champ à disposition d’un apiculteur pour qu’il y mette ses ruches. Or aujourd’hui, face au déclin des pollinisateurs sauvages, dont la population a baissé de 46% dans le monde ces dix dernières années (source : Sanchez-Bayo & Wyckhuys, Biological Conservation, 2019, ndlr), la nature ne joue plus son rôle. La pollinisation optimisée, comme le fait Ubees, devient donc un vrai enjeu.

La seconde raison est que la société est présente dans une quinzaine de pays, avec des projets de développement en Europe et en Afrique, qui sont aujourd’hui plus faciles à gérer depuis la France, ne serait-ce qu’en termes horaires. Enfin, nous avons accueilli dans le cadre de la levée de fonds deux fonds français et un fonds belge, tenus par des obligations d’investissements dans des sociétés européennes. 

Justement, parlez-nous de cette levée de fonds, c’est une première pour Ubees ?  

En 2017, la société a été soutenue par une levée « friends and family » pour se lancer, avant de lever de la dette obligataire aux États-Unis, depuis transformée en actions.  

Cette Série A de 8 millions d’euros, que nous annonçons aujourd’hui, a été co-menée par les fonds européens Starquest et Capagro, avec la participation de Newtree Impact. Ce tour de financement va nous permettre d’accélérer la mise à l’échelle d’Ubees, de poursuivre son développement à l’international, de renforcer la mesure de son impact, et par conséquent, son positionnement dans l’agriculture régénératrice.

Pour accompagner cette levée de fonds, nous sommes en discussion avec Bpifrance, nos banques et d’autres institutions pour créer un effet de levier, avec de la dette, pour nous permettre d’acheter des ruches en masse. Nous projetons de lever entre 5 et 6 M€ de dette, sans doute avec une première tranche de 3M€ au premier semestre et le reste sur la seconde moitié de l’année.

Comment accélérer la mise à l’échelle ? Et vous parlez d’acheter des ruches en masse, expliquez-nous ?

Ubees crée du vivant, c’est-à-dire qu’à partir d’une ruche mère, nous pouvons en créer quatre autres. La société a développé son savoir-faire de réplique de ruches en Floride et compte aujourd’hui trois hubs : des nurseries opérationnelles spécialisées dans la reproduction, aux États-Unis, en Colombie et en Afrique de l’Ouest. C’est ainsi que nous pouvons proposer des projets de plusieurs milliers de ruches.

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La valeur ajoutée d’Ubees ne porte pas uniquement dans sa technologie brevetée de ruches équipées de capteurs, mais dans sa capacité à gérer des projets massifs. Nous privilégions les verticales comme le café, le cacao, les avocats et les fruits rouges, où nous sommes présents aujourd’hui. Nous travaillons par exemple avec Nestlé en Côte-d’Ivoire, avec l’objectif d’installer 21 000 ruches dans le pays d’ici 5 ans, dans les plantations de cacao. Avec Nespresso, nous avons un projet qui porte sur l’installation de 100 000 ruches dans des fermes de café dans le monde.

De 15000 ruches au total en début d’année, principalement autour de ses hubs, Ubees compte passer à 200 000 ruches d’ici 5 ans. L’idée est donc d’ouvrir d’autres nurseries opérationnelles avec une entité et des équipes locales. Comme nous apportons aussi du conseil sur l’amélioration des rendements agricoles, nous sommes en train de recruter une équipe d’agronomes pour offrir les meilleurs services de pollinisation, aux côtés des équipes qui gèrent les ruches.

Sur quoi repose votre technologie et quelle est votre valeur ajoutée ?

Nos ruches sont fabriquées par des charpentiers locaux. En ce qui concerne notre technologie brevetée, il s’agit d’un capteur placé dans la ruche, relié à un boîtier connecté pour l’envoi des données. Ce capteur nous permet de mesurer la concentration d’abeilles dans la ruche, pour comprendre et analyser ce qu’il s’y passe et gérer au mieux la force de la ruche avant la floraison. La santé d’une ruche se mesure au nombre d’abeilles qui l’occupent et plus une ruche est forte, plus elle à un pouvoir pollinique important. Et au-delà d’un simple métier d’apiculteur, nous avons une vraie expertise pour optimiser les rendements agricoles.

Nous aidons les micro-fermiers dans des plantations de café ou de cacao à devenir apiculteurs, en leur garantissant l’achat de la production de leurs ruches à un prix défini. Et surtout, nous leur prouvons qu’en favorisant la biodiversité et en utilisant moins de pesticides, le rendement de leur exploitation sera plus important à terme. L’augmentation du rendement peut aller de +16% pour l’arabica, et jusqu’à +40 à 50% pour certaines récoltes, grâce à une pollinisation optimisée. En améliorant les revenus des fermiers et donc en évitant leur exode, cela permet aussi aux grandes marques qui travaillent avec nous, de sécuriser leur approvisionnement dans des plantations de qualité.

Vous évoquez des projets de développement en France où Ubees n’est pas encore présent, quels sont-ils ?

Nous avons plusieurs projets potentiels en cours, dans la pomme, la pêche, le colza et le tournesol avec des acteurs industriels. Nous sentons que les mentalités sont en train d’évoluer. Ubees apporte une vraie création de valeur avec un projet de biodiversité, en utilisant moins de pesticides, ce qui sera compensé à terme par l’augmentation de rendement lié à la réintroduction de pollinisateurs. 

Nous améliorons la pollinisation en étant particulièrement vigilants à ne pas saturer les écosystèmes, l’objectif étant qu’elle soit un levier clé pour l’agriculture. Cela passe par un placement intelligent des ruches en fonction des récoltes, du climat ou du type de ruches.