Malgré l’appel réitéré de plusieurs États membres, la Commission européenne a indiqué lors du Conseil agricole qu’elle n’activerait pas de mesures de soutien exceptionnelles pour le secteur de la viande porcine, qui subit de plein fouet la hausse des tarifs des intrants combinée à une baisse des prix. De son côté, la France a souligné le risque d’une rupture d’approvisionnement en engrais azotés.
Au regard de la crise que traverse actuellement le secteur de la viande porcine, une quinzaine d’États membres (Autriche, Belgique, Bulgarie, Croatie, Chypre, République tchèque, Estonie, France, Grèce, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovaquie) ont réitéré, en vain, leur appel, le 15 novembre dans le cadre du Conseil agricole à Bruxelles, pour que la Commission européenne introduise d’urgence des mesures de soutien exceptionnelles. Dans leur note commune, ils expliquent qu’un certain nombre de facteurs, tels que la sursaturation du marché intérieur de l’UE en raison de l’augmentation de la production et des perturbations des exportations qui en découlent, les prix élevés des aliments pour animaux et de l’énergie, l’apparition de nouveaux foyers de peste porcine africaine (PPA), ainsi que l’effet négatif persistant de la pandémie de Covid-19, continuent de fragiliser toujours un peu plus le secteur.
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Dans ce contexte, ils précisent que les producteurs de viande porcine ne sont pas ainsi en mesure d’équilibrer leurs coûts et leurs recettes. Mais Bruxelles, tout comme lors du dernier Conseil agricole d’octobre, prévient qu’« il ne faut pas faire croire que les mesures de soutien du marché au niveau de l’UE constituent la solution aux problèmes actuels du secteur ». À cette fin, l’exécutif européen invite les États membres à continuer à utiliser les mesures de soutien dans le cadre du programme de développement rural et les mesures dans le cadre des aides d’État. Une réponse qui ne devrait pas satisfaire la délégation polonaise qui a indiqué que les aides d’État dans le contexte d’une période prolongée de baisse du marché du porc n’étaient pas suffisantes. Varsovie a notamment indiqué qu’au niveau national le prix d’achat moyen des porcs est inférieur de 17 % au prix moyen des cinq dernières années, contre -15 % sur le marché de l’UE.
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Approvisionnement en engrais azotés
La France a également fait part de ses inquiétudes concernant le risque d’une rupture d’approvisionnement d’engrais azotés au printemps prochain en raison d’une forte augmentation de leur prix, liée à la récente flambée des tarifs du gaz. Depuis début 2021, les prix ont triplé pour atteindre des niveaux records en octobre : 650 €/t pour le nitrate d’ammonium (AN) fortement dosé, 600 €/t pour les solutions azotées (UAN) et 780 €/t pour l’urée. Dans ce contexte, les agriculteurs retardent la prise de commande, espérant un retournement de tendance ce qui pourrait engendrer des conséquences sur les assolements et les récoltes en 2022, avec le risque d’une baisse de la quantité ou de la qualité des produits, ainsi qu’un déséquilibre potentiel des marchés des produits de grandes cultures, explique la délégation française. Elle appelle la Commission européenne à surveiller de près le prix des engrais azotés et, en général, les coûts de production des différentes filières, notamment végétales, ainsi que la production européenne d’engrais azotés et les approvisionnements européens en provenance des pays tiers. La Pologne a également invité Bruxelles à prendre des mesures fermes et spécifiques pour stabiliser ou compenser temporairement les coûts élevés des engrais.
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Reprise rapide du marché
Dans l’ensemble, la Commission européenne a indiqué que l’année 2021 a été marquée par une reprise assez rapide du marché post Covid-19 avec des prix qui ne sont pas seulement revenus aux niveaux d’avant la crise, mais sont bien plus élevés. Elle ajoute que la tendance est particulièrement positive pour les secteurs des cultures et des oléagineux. Toutefois, elle précise que ces bonnes nouvelles doivent être nuancées selon la position des acteurs dans la chaîne alimentaire. Concernant le secteur du sucre, la tendance est à la hausse avec une production supérieure de 8 % à celle de l’année dernière. L’évolution du marché des fruits et légumes est également positive, néanmoins Bruxelles prévient que d’importants défis sont à relever, notamment les dégâts causés par les gelées du printemps. Pour le secteur du vin, la production de l’UE en 2021 devrait être inférieure de 13 % à celle de l’année dernière, principalement en raison de l’impact du gel dans les principaux États membres producteurs. Toutefois, la très forte croissance des exportations a favorisé la reprise, note la Commission. Enfin, pour le secteur de la viande (bovine, avicole et ovine), Bruxelles a souligné, malgré de bons prix enregistrés, les inquiétudes des producteurs concernant les coûts élevés de l’énergie et de l’alimentation animale.