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Oléoprotéagineux : la FNCG veut mettre le cap sur la diversité

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Le modèle français des oléoprotéagineux présente des atouts originaux que la filière a intérêt à développer au sein de la concurrence internationale, par la diversité de ses espèces cultivées par ses producteurs et des produits transformés par son industrie. C’est la conclusion d’une réflexion stratégique qu’a menée la Fédération nationale des corps gras (FNCG), et qu’elle a rendue publique à son assemblée générale le 5 juin.

Face à des géants que sont le Brésil avec le soja ou la Malaisie avec l’huile de palme, l’Europe – notamment la France – n’est pas bien placée dans une compétition sur des marchés de matières premières à prix bas. Elle a un atout à faire valoir, à savoir la diversité des oléoprotéagineux français, tant par l’éventail des cultures (colza, tournesol, soja, lin, pois, féveroles) que par la panoplie des produits qui sortent des usines de transformation, a indiqué Yves Delaine, président de la FNCG à l’assemblée générale. Contrairement au Brésil qui produit principalement de la protéine avec le soja, et à la Malaisie, qui produit principalement de l’huile avec le palmier, l’Europe cultive des plantes (colza, tournesol, lin) qui contiennent de l’huile et des protéines.

Yves Delaine a ainsi dévoilé les résultats d’une réflexion stratégique que la FNCG avait décidée il y a un an, « pour cerner au mieux les mutations en cours » et en tirer des orientations. Pour cette réflexion stratégique, 82 personnes ont été interviewées. Il s’est agi pour une bonne part de membres de la filière oléoprotéagineuse française (producteurs, transformateurs, distributeurs), mais aussi d’opérateurs plus périphériques (la société Action Pin, spécialisée dans la détergence à partir de dérivés du pin des Landes ; Maxime Costilhes délégué général de l’association des brasseurs), de la recherche (Philippe Mauguin, p.-d.g. de l’Inra), de la société civile (Bernard Chevassus-au-Louis) et d’élus, dont le député Jean-Baptiste Moreau.

La FNCG rassemble les différentes activités industrielles du secteur de la production et transformation de matières grasses végétales et animales : familles professionnelles des huileries et margarineries, des bougies, des corps gras animaux, du savon et de la détergence.

Le cap vers la valeur ajoutée à travers la segmentation

Il ressort de cette consultation le constat partagé d’une complexité accrue, « nécessitant des réponses plus diverses », car « dans ce monde en pleine transformation, la diversité est source d’agilité », résume la synthèse de ce travail de co-expertise entre les professionnels et des observateurs extérieurs. Les personnes consultées ont identifié des verrous, « qui entravent la création de nouvelles valeurs », à lever. Elles ont pris en compte le fait que « les volumes ne sont plus une garantie de valeur (il ne faut pas pour autant les abandonner) », et qu’une « forte dépendance vis-à-vis du biodiesel et des pouvoirs publics a retardé la nécessaire adaptation des systèmes de production ».

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En effet, le secteur oléoprotéagineux n’est plus le même que dans les années 1980. À l’époque, il était simple : il ne générait que des huiles alimentaires et des protéines pour l’alimentation du bétail. Depuis, il n’a cessé de se complexifier : dans les années 1990, une autre branche a poussé, le biodiesel. Puis de 2000 à 2008 est apparue l’oléochimie (industrie qui produit des molécules chimiques, telles que des alcools gras, des acides gras, des esters plus ou moins complexes, entrant dans de multiples applications telles que les savons, les lubrifiants, les tensio-actifs). Depuis 2008 est apparue la « protéochimie » (une chimie basée sur la transformation des protéines). Face à cette ramification, le cap doit être mis vers la valeur ajoutée à travers la segmentation, a synthétisé Yves Delaine.

Poursuite de la complexification à l’horizon

Cette complexification du système oléoprotéagineux français est appelée à se poursuivre. De nombreuses innovations sont encore dans les cartons des chercheurs de l’Iterg (Institut technique des corps gras, situé à Pessac près de Bordeaux) et Pivert (Picardie innovations végétales, enseignement et recherches technologies, près de Compiègne). Des recherches sont en cours à l’Iterg pour préserver, par des procédés moins agressifs, les composants nutritionnels des huiles (vitamines, anti-oxydants, polyphénols). Il s’agira notamment de moins chauffer les éléments, ce qui par ailleurs aura comme avantage de réduire la consommation énergétique des industries, a indiqué Florence Lacoste, responsable du département des analyses à l’Iterg. Les semenciers ne sont pas en reste : ils travaillent à la sélection de variétés de colza à plus forte teneur en protéines.

L’assemblée générale de la FNCG a aussi révélé des segments à très forte croissance annuelle, tels l’huile de lin bio, mais qui ne sont pas approvisionnés par de la matière première française. De même, un important projet de développement d’une plante oléagineuse, la cameline, est en cours, mais c’est en Espagne, près de Madrid.

Depuis les années 1980, le secteur oléoprotéagineux n’a cessé de se complexifier.