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Loïg Chesnais-Girard, président de la région Bretagne Pac 2023-2027 : « Se réorienter vers les outils sur lesquels nous aurons la main »

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« Les rôles respectifs ont été posés, et il n’est plus temps d’y revenir » Crédits : © Commune de Liffré

Fraîchement réélu à la présence de la région Bretagne au printemps, le socialiste Loïc Chesnais-Girard vient d’être désigné président de la commission Agriculture au sein de Régions de France. Il revient pour Agra Presse sur les positions de l’association et de sa région dans la mise en œuvre de la prochaine Pac.

La nouvelle gouvernance Etat-Région des aides de la Pac pour 2023-2027 est jugée plutôt défavorable aux régions, cantonnées aux aides du second pilier, dites non-surfaciques. En tant que nouveau président de la commission Agriculture de Régions de France, souhaitez-vous encore la renégocier ?

Les fondements de cette nouvelle Pac et des rôles respectifs de l’Etat et des Régions ont été posés, et il n’est plus temps d’y revenir. Nous sommes désormais entrés dans une phase très opérationnelle de négociation de sa mise en œuvre. Le temps nous est compté, car la copie doit être rendue à Bruxelles d’ici la fin d’année.

Quels sont les enjeux de cette négociation avec l’Etat ?

Plusieurs sujets sont sur la table, dont la capacité des Régions à intervenir sur les mesures agroenvironnementales (MAEC), surfaciques et non surfaciques. Le ministre de l’Agriculture a accepté le principe de créer des MAEC non-surfaciques, qui seraient gérées par les Régions. Il nous faut voir comment les mettre en œuvre dans les conseils régionaux qui sont intéressés.

En outre, nous sommes en pleine discussion sur les moyens, les personnels qui doivent être transférés suite à ces changements de compétences. En Bretagne par exemple, vingt-huit équivalents temps plein étaient affectés dans les services de l’Etat aux aides à l’investissement et à l’installation. De l’autre, certaines de nos équipes géraient les Maec surfaciques, alors qu’aucun moyen ne nous avait été transféré pour cela.

Jusqu’ici, la relation avec Julien Denormandie est bonne, car c’est un ministre qui s’implique et connaît ses dossiers. Nous attendons donc que les services du ministère traduisent dans les faits les accords entre le ministre et les présidents de région.

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Avez-vous remisé définitivement votre demande d’expérimenter en Bretagne une gestion complète des aides Pac ?

Ce n’est plus à l’ordre du jour pour cette Pac mais les conseillers régionaux sont élus jusqu’en 2028, et cette nouvelle programmation court jusqu’en 2027. La négociation de la Pac devrait revenir à l’ordre du jour dès 2024, avec des élections européennes prévues en 2023. Ce mandat devrait donc être passionnant.

En Bretagne, la nouvelle gouvernance de la Pac va-t-elle vous amener à vous désengager de certains outils, comme les Maec surfaciques ou les aides à la bio ?

Effectivement, nous allons nous réorienter vers les outils sur lesquels nous aurons la main. Nous le ferons autant que les règles de fonctionnement nous le permettront, pour que l’effort global envers l’agriculture reste du même niveau. En plus des aides pour la conversion en bio, on peut par exemple inventer des mesures agroenvironnementales forfaitaires dédiées à la bio, des contrats d’investissement dédiés à la bio.

Notre politique est très axée vers les sols, et les futures MAEC forfaitaires devront continuer de soutenir ces efforts. Sur la programmation actuelle, les Maec nous ont permis de gagner 6000 hectares de prairies sur la région. Cela marche parce que les mesures étaient proches des territoires. Il faudra donc que l’Etat permettre de conserver ce dialogue qui est gage d’efficacité.

La Bretagne vise 1 000 installations par an, soit un tiers de plus qu’actuellement

Première région agricole française, la Bretagne veut augmenter d’un tiers les installations de jeunes agriculteurs pour compenser le nombre important de départs à la retraite afin d’assurer la pérennité de cette activité et de l’agroalimentaire. « Actuellement, selon les années, nous avons entre 650 et 750 installations par an. Nous voulons porter ce chiffre à 1 000 », a déclaré le président de région Loïg Chesnais-Girard, lors d’une conférence de presse le 13 septembre, rapporte l’AFP. Selon la chambre régionale, le nombre d’exploitations en Bretagne est récemment tombé sous les 26 000, contre 37 650 en 2007. Pour la région, ces installations ne peuvent se faire qu’en s’orientant vers l’agro-écologie dont elle veut devenir le leader. « Il faut réaffirmer que l’élevage n’est pas un ennemi de l’environnement », a poursuivi M. Chesnais-Girard, qui souhaite aussi un « retour à l’autonomie », en lait et porc notamment. Par ailleurs, la région appelle en octobre à des « États généraux de l’agriculture » afin d’entamer un travail de plusieurs mois, avec tous les acteurs, à la fois sur la transmission et sur les orientations futures de l’agriculture.