Alors que des discussions, parfois tendues, ont commencé depuis le mois de mars entre les commissions parlementaires de l’Agriculture et de l’Environnement sur une position commune pour la future Pac, celle de l’Environnement – à l’influence grandissante – a décidé de rompre les négociations. Un choix que déplorent les eurodéputés agricoles qui espèrent encore recoller les morceaux alors que débute le débat sur la stratégie "de la ferme à la table".
Les coordinateurs des groupes politiques de la commission de l’Environnement du Parlement européen (Comenvi) ont décidé, lors d’une réunion le 10 juin, de rompre les négociations en cours avec leurs homologues de la commission de l’Agriculture (Comagri) sur la future Pac. Les commissions de l’Environnement et de l’Agriculture du Parlement européen avaient débuté mi-mars des négociations pour s’entendre sur des positions de compromis concernant certains articles de la future Pac pour lesquels ils disposent d’une compétence partagée. Ces articles concernent principalement les aspects environnementaux des plans stratégiques : prairies permanentes, objectifs environnementaux, climat, biodiversité, jeunes agriculteurs, emploi, conditionnalité, éco-régimes du premier pilier, programmes sectoriels, zones à contraintes naturelles, bonus de performance.
« Dommage »
Les parlementaires de la Comagri se sont tous étonnés de cette décision de la Comenvi. Des positions divergentes au sein des groupes social-démocrate et Renew (centriste) ont, semble-t-il, fait basculer le vote. Le rapporteur du texte Peter Jahr (démocrate-chrétien, Allemagne) espère néanmoins « que trouver un terrain d’entente reste possible ». Car, selon lui, les discussions avançaient, « nous avions essayé de nouer des relations de confiance ». Ulrike Muller (Allemagne), coordinatrice agricole du Groupe Renew, assure que son groupe « n’a jamais voulu ça ! C’est une décision individuelle qui va être traitée en interne », précise-t-elle. « C’est dommage », déplore Jérémy Decerle (Renew) qui participait aux pourparlers au nom de la Comagri : « C’est vrai qu’il peut y avoir quelques tensions dans les discussions sur certains sujets, mais j’ai le sentiment que les discussions avancent et qu’il était possible de travailler ensemble ».
Si cette décision se confirme, les deux commissions ne présenteront pas au moment du vote en plénière, qui devait avoir lieu cet automne, d’amendements de compromis sur les articles qui ont été rouverts à la discussion. Des amendements seront donc présentés en ordre dispersé par chaque commission, avec le risque, commente Jérémy Decerle, « que chacun adopte des positions plus radicales » – la Comenvi avec des exigences environnementales fortes et la Comagri dans une position défensive. Il espère qu’au moins le travail déjà engagé sur certains articles ne sera pas totalement perdu.
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Et maintenant la stratégie « de la ferme à la table »
Et la bataille d’influence entre les deux commissions parlementaires va également se prolonger sur le front de la stratégie « de la ferme à la table ». La commission de l’Agriculture a demandé au président du Parlement européen de codiriger les débats sur ce dossier. Mais la Comenvi entend bien garder la main. L’eurodéputée néerlandaise de la Gauche unie, Anja Hazekamp, militante pour le bien-être des animaux et le renforcement des règles sur les pesticides, qui siège à la Comenvi, est déjà pressentie pour être rapporteure sur ce dossier. Les Comenvi et Comagri ont jusqu’au 19 juin pour trouver un compromis, faute de quoi la décision reviendra à la Conférence des présidents du Parlement européen.
« J’espère que la coopération à la Commission européenne entre la direction générale de l’Agriculture et celle de la Santé sera meilleure que celle qui existe dans ce parlement entre la Comagri et la Comenvi », a ironisé le 11 juin lors d’un débat en Comagri sur la stratégique « de la ferme à la table », le coordinateur pour l’agriculture du groupe social démocrate, Paolo De Castro.