Abonné

Pac : une proposition sous le feu des critiques

- - 5 min

À quelques jours d’intervalle, Christophe Hansen est passé sur le gril des ministres de l’Agriculture de l’UE et des eurodéputés de la commission de l’Agriculture. Et dans les deux cas, le constat est le même : la déception. Les critiques portent principalement sur les coupes budgétaires, la fusion des programmes dans un fonds unique, le risque de renationalisation et l’éparpillement des dispositions de la Pac dans différents règlements. Christophe Hansen se prépare à un « marathon ».

Que ce soit devant le Conseil Agriculture ou au Parlement européen, les interventions de Christophe Hansen n’ont pas été de tout repos. Aussi bien les ministres que les parlementaires ont, en effet, unanimement étrillé les propositions de la Commission européenne pour la future Pac post-2027. Pour leur premier débat officiel sur le sujet, le 22 septembre à Bruxelles, les ministres de l’Agriculture de l’UE se sont montrés très critiques. Leurs principales attaques portent, à ce stade, sur le manque de budget (en baisse d’environ 20 %), la disparition du second pilier, le risque de renationalisation et la perte d’influence du Conseil Agriculture du fait de l’éparpillement des dispositions de la Pac dans différents règlements (Pac mais aussi cadre financier pluriannuel et cadre de performance). Pour l’Italie, « on met à la poubelle 60 ans de Pac ». La Lituanie qualifie la proposition de « catastrophe ». Quant à la France, elle exprime son « incompréhension » face à cette « révolution » alors que le Conseil de l’UE attendait une certaine stabilité.

Lire aussi : Pac : Bruxelles répartit les futures enveloppes, 50,9 Md€ pour la France

Les ministres se préparent donc à des longues négociations. Le commissaire Christophe Hansen prévient qu’il ne s’agira « pas d’une course de vitesse mais d’un marathon ». Filant la métaphore, le ministre italien Francesco Lollobrigida, lui rétorque que les discussions sont effectivement « loin de la ligne d’arrivée. Mais qu’il faut dès à présent changer de direction ! ». Pour le Portugal, « le modèle proposé est mauvais. C’est un agrégat de mesures sans réelle vision qui ouvre par ailleurs la voie à un recours généralisé aux aides d’État remettant en cause le marché intérieur ». Le premier combat des Vingt-sept va être de tenter de récupérer la main sur le dossier. Beaucoup de délégations ont demandé que l’ensemble des dispositions concernant la Pac qui sont réparties dans au moins trois règlements soient réunies dans un même texte. À défaut, ils souhaitent que les articles concernés soient traités par le Conseil Agriculture. En parallèle, le ministre espagnol Luis Planas appelle ses homologues à travailler avec leurs chefs d’État pour essayer de sauver le budget de la Pac.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre

Une dissolution pas une révolution

Quelques jours plus tard, lors d’un échange le 24 septembre avec le Luxembourgeois, les eurodéputés de la commission de l’Agriculture (Comagri) ne se sont pas montrés plus tendres. Leurs critiques rejoignent celles des États membres. Quel que soit leur bord politique, ils déplorent : les coupes budgétaires, la fusion des programmes dans un fond unique et le risque de renationalisation. Pendant des mois, Christophe Hansen promettait « une évolution pas une révolution » pour sa réforme. Mais les députés estiment qu’il propose tout le contraire : une « dissolution » (Dario Nardella, S & D) voire une « désintégration » (Mireia Borrás Pabón, Patriotes) de celle-ci. « Pourquoi changer à ce point un système qui fonctionnait ? », lui demande l’Espagnole Carmen Crespo-Diaz du PPE (droite), qui a été responsable du rapport sur l’avenir de l’agriculture et de la Pac post-2027.

Même dans son camp politique, le PPE, des élus comme la Française Céline Imart ou le Roumain Daniel Buda (vice-président de la Comagri) lui ont demandé de retirer sa proposition. « Est-ce que la Pac actuelle marche si bien que cela ? Lorsque je vais rencontrer les agriculteurs dans les États membres ce n’est pas ce qu’ils me disent », répond Christophe Hansen pour se justifier. Et d’ajouter : « On ne peut donc pas modifier la Pac de-ci de-là. Il ne faut pas avoir une vision romantique de celle-ci ». Aux accusations de renationalisation, il rétorque que celle-ci a déjà été entamée avec la précédente réforme et ses plans stratégiques nationaux. Mais il promet que des lignes directrices seront établies par ses services pour assurer une concurrence équitable entre États membres. Assurant vouloir apaiser les craintes des uns et des autres, Christophe Hansen veut poursuivre son travail de pédagogie pour convaincre du bien-fondé de cette réforme. Il a proposé de rencontrer chacun des ministres et des groupes politiques du Parlement « en bilatéral ». Et il se dit prêt à discuter des propositions constructives qui lui seront faites pour améliorer le texte sur la table. « Le problème, se désole l’Italien (PPE) Herbert Dorfmann, est qu’on se sait pas avec quels amendements il serait possible d’améliorer cette proposition ! »