Le HCSP a rendu son avis en vue de la révision du Plan national nutrition santé (PNNS), incluant deux nouveautés notables. Les experts modulent leurs recommandations sur la bio et proposent d’écarter le localisme.
Dans ses recommandations pour l’élaboration du 5e programme national nutrition santé (PNNS, 2025-2030), le Haut conseil de la santé publique (HCSP) a ménagé quelques nouveautés. La première concerne l’agriculture biologique dont il recommandait sans ambages la consommation dans son dernier avis. Les experts continuent largement de le faire en recommandant, pour les fruits et légumes, de « favoriser les produits de saison et bio pour leur teneur limitée en pesticides ». Mais dans le même temps, le HCSP appelle à diversifier le sourcing bio et conventionnel, par groupe alimentaire, « pour limiter l’exposition à un contaminant ». « Ainsi, par exemple, l’agriculture bio pourrait réduire la présence de cadmium (présent dans les engrais phosphatés, NDLR), mais pourrait augmenter celle du cuivre, substance très utilisée en agriculture bio », indique le rapport.
Pour surmonter le frein économique à la consommation des produits bio, globalement vertueuse pour la santé des citoyens et l’environnement, le HSCP recommande par ailleurs « d’encadrer le taux de marge appliqué par la grande distribution sur les produits bio ». Il préconise aussi une « réallocation des soutiens publics » vers les acteurs de la bio (production, transformation, distribution, restauration) qui pour l’heure « bénéficient seulement de 6 % des soutiens publics recensés ».
Ecarter le localisme
La seconde nouveauté notable concerne les produits locaux, promus dans le précédent PNNS, mais aussi inscrits – sans être toutefois mis en œuvre – dans les objectifs Egalim d’approvisionnement des cantines. Le HCSP recommande tout simplement « de ne pas inclure » dans les prochains repères aux consommateurs la notion de « localisme ». Ce n’est pas une surprise mais les experts constatent en effet que « la proximité géographique n’est en soi que très peu liée à la durabilité écologique de notre alimentation » – à l’exception notamment des produits ayant voyagé en avion – , qu’elle n’a « aucun bénéfice » en matière de « nutrition et d’impact sanitaire », et qu’elle risque d'« éloigner des leviers incontestables pour une alimentation plus durable ». Ses seuls bénéfices reconnus relèvent du développement économique.
En lieu et place, les experts proposent de conseiller aux consommateurs « d’éviter les aliments à très courte durée de conservation et ayant voyagé sur de longues distances, en s’informant sur l’origine géographique à partir de l’étiquette du produit ». En revanche, le HCSP propose de maintenir la recommandation de consommer « de saison ». S’appuyant notamment une étude de l’Ademe sur la tomate, ils soulignent que « les fruits et légumes de saison ont généralement une empreinte carbone plus faible ».
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Sans surprise, le HCSP continue de demander à baisser les plafonds de consommation recommandés pour la viande rouge et la charcuterie (pour leurs effets sur « la santé humaine et la durabilité »), mais aussi de définir un plafond pour l’ensemble des viandes (y compris volaille). Les repères actuels du PNNS préconisent de « privilégier la volaille et ne pas consommer plus de 500 g par semaine des autres viandes et pas plus de 150 g de viande de charcuterie ».
Par ailleurs, les experts proposent de mettre en place une option végétarienne « plusieurs fois par semaine ou quotidienne » (contre une fois par semaine, tel qu’expérimenté par la loi Egalim depuis 2019) dans les restaurants scolaires et universitaires. Selon le HCSP, passer le nombre de repas végétariens de quatre à douze sur vingt, et « favoriser les viandes hors ruminants (à l’exception de la règle imposant le service de viande de ruminant au moins quatre fois sur vingt repas) » diminuerait les émissions des GES de 50 % par rapport à ceux actuellement servis dans les cantines françaises, « sans altérer leur qualité nutritionnelle ».
Renforcer l’arsenal réglementaire
Par ailleurs, les experts recommandent à nouveau d’encadrer plus fermement la communication et la composition des aliments gras, salés et sucrés, constatant le faible effet de l’autorégulation, et de travailler à de nouvelles taxes comportementales. Comme dans de précédents rapports, les experts proposent d’interdire la promotion des marques alimentaires « associées » à des produits au Nutriscore D ou E, et d’interdire la publicité vers les moins de 16 ans pour ces produits.
En matière de fiscalité, le HCSP propose de moduler les taux d’accise des produits D et E en fonction de leur qualité nutritionnelle. Sans surprise, les experts proposent de « poursuivre » l’implantation du Nutriscore, et notamment par l’apposition systématique du Nutriscore en cas de présence du score environnemental. Ils notent en effet que « la méfiance du consommateur face à des scores nutritionnels et environnementaux très différents pour un même produit peut conduire les fabricants à opter pour le score qui avantage le plus leur produit ». Enfin le HCSP propose de travailler sur le placement des produits en magasin pour mieux mettre en avant les produits les plus sains et durables, quitte à recourir « à la réglementation en cas d’échec ».