Définir des scénarios pour l’avenir ou à tout le moins une vision à long terme pour l’agriculture : telle est la tâche à laquelle se sont attelés les participants des Assises de l’agriculture, organisées le 22 novembre à l’initiative du ministre de l’Agriculture Dominique Bussereau. Le ministre a affirmé qu’il tirerait de ces assises des propositions. Celles-ci pourraient être invoquées lors des prochaines échéances, politiques (élections présidentielles et législatives), professionnelles (chambres d’agriculture) voire européennes (bilan de santé de la Pac en 2008).
L’exercice ne pouvait être qu’inachevé : définir des repères à moyen terme pour l’agriculture quant à ses défis alimentaires, environnementaux et économiques. Dans ce but, le 22 novembre, Dominique Bussereau a rassemblé la fine fleur des professionnels et experts de l’économie pour aborder l’avenir. Il s’agissait aussi de mettre en valeur les travaux et membres du Copeiaa, ou Conseil de prospective du ministère de l’Agriculture qui avait été mis en place par Hervé Gaymard, alors ministre de l’Agriculture.
Etre plus offensif
C’est d’ailleurs son président, Christian de Boissieu, qui a tiré les conclusions de la journée : les Français doivent être plus offensifs que défensifs pour proposer des solutions d’avenir ; sur les questions environnementales, « l’agriculture est une partie du problème mais aussi et surtout une partie des solutions » ; des nouveaux systèmes de gestion des risques en agriculture peuvent être mis en place ; les biomatériaux et biocarburants sont un des scénarios d’avenir ; l’Europe doit s’intéresser plus que jamais aux relations entre les pays du Sud de la planète, car l’avenir de son agriculture dépend aussi du contenu de ces relations.
L’agriculture problème et solution pour l’environnement
D’une telle journée ressortent des réponses inquiétantes autant que rassurantes. Rassurantes parce que jamais l’activité d’agriculteur n’a semblé remise en cause ni appelée à une restructuration majeure. L’ancien commissaire européen Yves-Thibault de Silguy, de même que l’ancien ministre de gauche Henri Nallet, constataient que la Politique agricole commune avait été un succès. Le second insistait sur la nécessité d’être « plus offensif » dans les instances de l’UE afin de proposer la Pac de demain. Présent à deux reprises dans les tables rondes, Jean-Luc Duval, ancien président des Jeunes agriculteurs, plaidait pour que l’expérience de la Pac puisse être exportée dans d’autres régions du monde. Les agriculteurs pouvaient être rassurés aussi par l’équation environnementale. Celle-ci ne doit pas nier les problèmes nés de l’agriculture mais chacun constatait que les paysans ont leur rôle à jouer pour rendre la planète plus propre et combattre le réchauffement climatique. Alain Bougrain-Dubourg, président de la LPO (Ligue de protection des oiseaux) vantait d’ailleurs les collaborations qu’il pouvait développer avec les agriculteurs (fermes expérimentales en agriculture raisonnée, bio ou durable).
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Prix instables
D’autres aspects sont plus inquiétants : « L’agriculture rentre dans une ère de prix instables », prévenait le consultant Philippe Chalmin pour qui il s’agit de la grande révolution agricole de ce siècle pour les Européens. D’où l’urgence de réfléchir, selon son homologue Jean-Christophe Debar, aux formules d’assurance des risques en agriculture. Le président de Limagrain, Pierre Pagès, faisait d’ailleurs de cette stabilité des prix une des grandes conditions à tout développement de l’agriculture. Cependant, Christophe Bonduelle, patron de l’entreprise du même nom, lui aussi réclamait de la part des agriculteurs une stabilité des prix : « Le prix du maïs est annoncé en hausse de 18 %, disait-il. Cela pourrait bien entraîner de la délocalisation de nos approvisionnements ».
L’environnement, cœur de la Pac
Autre évolution à prendre en compte, celle induite par les exigences environnementales : la ministre de l’Ecologie Nelly Ollin annonçait vouloir faire de l’environnement le cœur de la prochaine Pac. Et de suggérer au ministère de l’Agriculture de travailler ensemble sur ce thème. Une proposition à laquelle Dominique Bussereau répondait favorablement, dans son discours de clôture. Le ministre insistait sur « les extraordinaires opportunités que la Pac pouvait saisir. » A condition, avait prévenu en introduction Luc Guyau, président de l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture), que quatre conditions soient réunies : que l’agriculteur ne soit pas simplement considéré comme un producteur de matières premières ; qu’il ne soit pas exclu des progrès techniques ; qu’un cadre juridique et institutionnel soit suffisamment stable pour que l’agriculteur puisse s’adapter à l’instabilité économique ; que l’équilibre des échanges économiques, de la vie des exploitations et des territoires soit assuré.