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Récolte et prix du miel en berne, le Copa-Cogeca appelle à l’aide

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Les conditions de la saison ont aggravé la situation économique des exploitations apicoles européennes, alerte le Copa-Cogeca, qui demande des soutiens réglementaires et financiers renforcés face à une concurrence internationale jugée déloyale.

Au début de l’année, tous les indicateurs étaient au vert. « On a eu un démarrage de printemps très doux, et les apiculteurs étaient très confiants. Mais ensuite sont arrivés la pluie et le froid, surtout dans l’est, puis la canicule dans tous les pays », regrette Étienne Bruneau, secrétaire du comité apicole au Copa-Cogeca. En Europe centrale et orientale, comme le souligne le Copa-Cogeca dans un communiqué, les conditions se sont même dégradées vers les extrêmes, avec des tempêtes et des inondations.

Autant de difficultés qui auraient, selon les producteurs européens, fait chuter la production européenne de miel de 40 % par rapport à la moyenne au niveau communautaire. « En Hongrie, la récolte d’acacia atteint à peine 10 % de la normale, et la récolte pour les autres fleurs s’élève à environ 30 % des quantités habituelles », illustre le communiqué. Seule consolation côté production, cette offre réduite aurait dû entraîner le marché apicole à la hausse. Mais il n’en a rien été, déplore le Copa-Cogeca, faute d’une régulation limitant des distorsions de concurrences bien connues.

Protéger le marché européen

« On a des miels qui rentrent sur le marché européen qui ne sont pas vraiment des miels, et qui font chuter les prix », s’agace Étienne Bruneau. Preuve de ces fraudes selon lui, les « miracles » de certains pays exportateurs, qui parviennent à exporter du miel à un prix plus bas que leur marché intérieur. En Chine, notamment, si le miel se vend 3 €/kg sur place au plus bas, il serait acheté à 1,40 €/kg par certains importateurs européens. « Le sirop coûte 50 à 80 cents le kilo, la tentation d’en ajouter est très forte », accuse Étienne Bruneau.

Ces fraudes au miel sur le marché communautaire ont été quantifiées dès 2015 dans un rapport publié par le centre de recherche de la Commission (JRC). D’après ce rapport, 20 % des miels monofloraux d’origine non-européenne présentent des non-conformités, soit un point de plus que les miels européens.

Alors que cette constatation remonte déjà à plusieurs années, rien n’aurait été fait depuis au niveau bruxellois pour mettre fin à cette situation, selon les apiculteurs, qui appellent à des contrôles plus stricts sur les importations. « Il faudrait suivre les coûts de production chez les exportateurs, et les flux commerciaux. Les fraudes de grande ampleur se verront », encourage Étienne Bruneau.

Les autres chantiers

Pour la filière, la seconde priorité consiste toujours à imposer un étiquetage plus détaillé aux conditionneurs. Car si certains pays méditerranéens – dont la France, l’Espagne ou l’Italie – apposent aujourd’hui la mention de tous les pays d’origine pour les miels conditionnés sur leurs territoires, d’autres membres de l’Union conservent des réglementations beaucoup plus souples.

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« Il faut que tous le fassent, ou ça perd beaucoup de son intérêt. Quand un pays comme l’Allemagne, qui réexporte énormément de miel en Europe, n’est pas soumis à ces règles, cela crée des distorsions », résume Étienne Bruneau. Ce débat pourrait être rouvert d’ici 2022 par Bruxelles, espère Étienne Bruneau, dans le cadre de la stratégie Farm to Fork qui pourrait aboutir à une révision de la directive miel datant de 2001.

Climat, concurrence, mortalité : face à l’ensemble des risques encourus, la section miel du Copa Cogeca demande enfin une protection supplémentaire pour les 650 000 apiculteurs qui vivent de leur production en Europe. « Il faudrait trouver une formule de gestion plus collective de la gestion du risque, au-delà du seul secteur apicole. Il manque un outil pour stabiliser les prix et amortir les effets de la mortalité, ou des fonds pour faciliter des investissements », estime Étienne Bruneau.

Une filière de plus en plus soutenue

Les demandes de soutien financier de la filière ne sont pas restées sans réponse à Bruxelles ces dernières années. Même si elles demeurent modestes, les aides européennes aux programmes apicoles sont notamment passées de 36 millions d’euros par an sur la période 2017-2019, à 40 millions d’euros par an pour la période 2020-2022. Elles devraient même être bientôt augmentées une nouvelle fois pour atteindre 64 millions d’euros.

Faut-il en conclure que les autres demandes de la filière seront écoutées ? Rien n’est moins sûr, selon Étienne Bruneau. Pour lui, si de nombreux signaux sont positifs, les intentions tardent à se concrétiser : « Le travail a été fait sur certains sujets, notamment sur l’adultération, et il est clair que nous avons un soutien moral au niveau de la Commission. Mais concrètement, le marché n’a pas évolué d’un iota ».

« En Hongrie, la récolte d’acacia atteint à peine 10 % de la normale »

Hausse du nombre de ruches, attention aux interprétations

Les apiculteurs européens se plaindraient-ils pour rien ? D’après les chiffres de la FAO, mis en avant sur les réseaux sociaux français durant les débats sur les néonicotinoïdes, le nombre de ruches en Europe aurait augmenté de 11 à 13,3 millions de ruches. La preuve, selon certains observateurs, que les inquiétudes pour les abeilles européennes sont infondées. Attention, prévient Étienne Bruneau, secrétaire du comité apicole au Copa-Cogeca : « On analyse le nombre de ruches prêtes à l’hivernage. Or les apiculteurs, qui prévoyaient auparavant 10 % de colonies supplémentaires avant l’hiver pour faire face aux différents risques, sont montés à 30 à 80 %. Ces réserves augmentent artificiellement le nombre de colonies, et la hausse vient de là ».