Alors que le système alimentaire de l'UE est mis à rude épreuve par les différentes crises (Covid-19 puis guerre en Ukraine), la Commission européenne plaide dans une récente analyse pour le transformer en améliorant sa durabilité et sa résilience. Dans cette perspective, il faudra trouver un juste équilibre entre les objectifs à court et à long terme pour assurer la sécurité alimentaire dans l’UE. Selon Bruxelles, une application formelle du Green deal permettrait de trouver ce juste équilibre.
Dans un contexte de crises multiples (Covid-19, guerre en Ukraine, changement climatique), le véritable défi pour les décideurs politiques est d’ouvrir la voie à une transition vers un système alimentaire durable et résilient qui répond à la fois aux besoins à court et à long terme, affirme la Commission européenne dans un rapport publié le 4 janvier, dont l’objectif est d’évaluer les principaux facteurs affectant la sécurité alimentaire. Avant d’assurer qu’une mise en œuvre cohérente et complète des objectifs du Green deal devrait aider l’UE à atteindre cet objectif dans un délai réaliste.
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Plusieurs éléments conjoncturels poussent à cette transition, explique le rapport, notamment la crise énergétique qui confirme la nécessité d’abandonner les engrais à base de combustibles fossiles ou encore les événements climatiques extrêmes qui incitent à réduire les émissions et à développer les approches fondées sur la nature. C’est aussi vrai pour l’utilisation des pesticides chimiques qu'il convient, assure Bruxelles, de réduire progressivement et intelligemment afin d’éviter les effets néfastes sur la sécurité alimentaire à moyen et long terme, tout en prévenant une nouvelle dégradation de l’environnement. Mais de prévenir que cette analyse n’a pas pour objet d’apporter d’éléments précis sur l’impact de l’utilisation durable des pesticides sur la sécurité alimentaire.
Même si la disponibilité des aliments dans l’UE à court terme n’est pas menacée, la Commission européenne prévient que leur caractère abordable reste une préoccupation majeure, surtout dans un contexte où les prix des denrées alimentaires et de l’énergie ne devraient pas faiblir, pour un nombre croissant de ménages à faibles revenus. Selon Eurostat, 74 millions de personnes en 2021, soit 16,8 % de la population de l’UE, étaient menacées de pauvreté avec un revenu inférieur à 60 % de la médiane nationale. Sans mesures de protection sociale ciblées, ces ménages vulnérables pourraient être confrontés à une réduction de la quantité et de la qualité des aliments qu’ils consomment, alerte Bruxelles pour qui il est donc nécessaire de maintenir un niveau de production agricole suffisant dans l’UE afin de satisfaire les besoins essentiels de cette population à risques.
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Solutions technologiques
Afin de répondre efficacement à ce fragile équilibre entre les objectifs de court et long terme, une approche systémique est nécessaire, assure l’exécutif européen. Cela passera notamment par la mise en œuvre d’un large éventail d’actions dans de nombreux domaines (politique, agriculture, pêche et de l’aquaculture, santé, social, commerce, climat, environnement, énergie, recherche et innovation…) qui devra être coordonné et intégré d’une manière qui tienne compte de l’interaction des différents moteurs de la sécurité alimentaire (changement climatique, pollution environnementale, santé des sols, biodiversité, intensité de la production, engrais, pesticides, prix de l’énergie…). Dans ce processus, la recherche et l’innovation, le développement technologique, le transfert de connaissances et le recyclage sont des facteurs clés pour atteindre une plus grande efficacité dans la production alimentaire tout en minimisant les effets sur les ressources naturelles, explique le rapport. Le calendrier de développement des solutions technologiques les plus avancées (agriculture de précision, NBT…) et leur adoption par les producteurs sont parmi les défis les plus pressants du débat sur la sécurité alimentaire, assure la Commission.
Dans le cadre de cette approche, une gouvernance forte à différents niveaux (européen, national, régional et local) est nécessaire et devrait être accompagnée d’une compréhension commune de la durabilité et des responsabilités partagées par tous les acteurs du système alimentaire tout au long de la chaîne de valeur, affirme l’exécutif européen.