Le gouvernement planche sur une restriction des avantages fiscaux sur l’E85 et le B100. De son côté, l’ONG Transport et Environnement (T & E) a publié un rapport contestant les bienfaits des biocarburants. La filière hexagonale s’emploie à riposter.
C’est une semaine noire pour la filière française des biocarburants. Le gouvernement travaille sur la suppression du tarif particulier pour le carburant B100 (biodiesel contenant 100 % d’huile végétale) et la réduction progressive de l’avantage fiscal pour le carburant E85 (carburant contenant 60 % à 85 % d’éthanol), apprenait-on le 14 octobre.
Le même jour, les grandes compagnies aériennes européennes ont affirmé, via leur fédération Airlines for Europe (A4E), qu’elles seraient forcées de demander un « délai » face à l’obligation de recourir à davantage de carburants d’origine non fossile. Pour ne rien arranger, un nouveau rapport de l’ONG Transport et Environnement (T & E) a été publié le 9 octobre. Il estime que la production mondiale de biocarburants émet « 16 % de CO2 en plus par rapport aux carburants fossiles ».
Beaucoup de surface, peu d’énergie
Plus en détail, le document explique, en se basant sur les données de la Banque mondiale, que les surfaces de cultures (soja, palme, maïs, canne à sucre, etc.) dédiées à l’élaboration de biocarburant s’élèvent à 32 Mha en 2025 dans le monde. Or, ces surfaces ne répondent qu’à seulement 4 % des besoins en énergie pour les transports. La demande est attendue en augmentation de 40 % d’ici à 2030, engendrant un besoin de hausse de surfaces de 60 % (à 52 Mha), conduisant à une déforestation intense, ajoute T & E. Si l’ONG se montre moins sévère concernant l’industrie européenne, il n’empêche que la production d’énergie au regard des surfaces consommées est moindre que le solaire, d’après elle. Ce rapport suit de quelques mois une étude de la DGE (ministère de l’Économie) publiée en juillet, très critique envers le B100. De quoi donner des arguments au gouvernement pour réduire les avantages fiscaux de la filière, cherchant désespérément des sources de revenus et d’économies pour équilibrer le budget et stopper la croissance de la dette publique.
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Le syndicat des transporteurs routiers (FNTR) était le premier à réagir durant l’été à l’étude du ministère de l’Économie, qu’elle juge trop favorable à la filière électrique. Le rapport d’octobre de T & E a de son côté incité la FOP (producteurs d’oléoprotéagineux, FNSEA) à se manifester, contestant les conclusions de l’ONG. Les « co-bénéfices agricoles et protéiniques » sont ignorés, indique le syndicat. La trituration de graines de colza permet la production de 1 Mt de tourteaux environ, évitant l’importation de 760 000 t de tourteau de soja, ajoute-t-il. « Grâce aux biocarburants, plus de 50 % des besoins en protéines des élevages français sont couverts en France, contre 30 % en moyenne dans l’UE », explique la FOP.
Quant aux mesures gouvernementales, la Collective du bioéthanol est (à nouveau) sortie du bois. Dans un communiqué du 14 octobre, elle déclare que « la hausse des taxes sur le Superéthanol-E85 augmenterait le prix à la pompe de 40 à 50 centimes par litre d’E85 si elle était intégralement répercutée sur ce carburant ». Dans le cas d’une répartition sur toutes les essences, dont l’E85, et selon les choix des distributeurs, la hausse serait de 2,3 centimes par litre d’essence, ajoute l’organisation. Elle en profite également pour rappeler qu’en 2018, le mouvement des gilets jaunes avait pris corps suite à une hausse des taxes sur les carburants. « Il serait irrationnel de porter un nouveau coup au pouvoir d’achat en augmentant les taxes de l’E85, le carburant le plus français, le moins onéreux et le moins carboné pour les véhicules essence », prévient l’industrie hexagonale. Ces arguments seront-ils suffisants pour faire reculer les autorités ? Réponse dans les jours ou semaines à venir.
La Collective du bioéthanol agite le spectre des gilets jaunes.
KC