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Ynsect placé sous procédure de sauvegarde, quelles conséquences ?

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Ynsect a été placé sous procédure de sauvegarde. Crédits : © Ynsect

Ynsect, l’un des fleurons de l’élevage d’insectes en France, a été placé sous procédure de sauvegarde, après l’échec de sa dernière levée de fonds. Une mauvaise nouvelle qui pourrait avoir des conséquences négatives sur un secteur encore à ses premiers pas et qui a mobilisé des fonds conséquents.

C’est une mauvaise nouvelle pour un secteur de l’élevage d’insectes : le 26 septembre 2024, Ynsect a annoncé avoir obtenu l’ouverture d’une procédure de sauvegarde du tribunal de commerce d’Evry. La société peut continuer son activité, mais il lui faut désormais mettre au point un plan de sauvegarde sous l’égide de l’administrateur judiciaire désigné par le Tribunal, Maître Hélène Bourbouloux, et du Tribunal lui-même. 

Comment Ynsect en est-il arrivé à se placer sous procédure de sauvegarde ?

Pour expliquer cette décision, Ynsect constate « une conjoncture économique et financière complexe, caractérisée par l’assèchement des financements habituellement dirigés vers les entreprises en croissance », selon son communiqué. La société cherchait à se financer, mais les discussions ont échoué : « les délais inhérents à la réalisation de cette levée de fonds se sont toutefois avérés incompatibles avec la pression financière subie par l’entreprise. »

Ynsect, qui se refuse à tout commentaires complémentaires à son communiqué, explique être arrivé à lancer son usine d’Amiens, « délivrer des produits pour les plantes, et depuis cet été, la production de protéines a débuté. »

Mais l’usine d’Amiens a pris du retard, comme le soulignait Antoine Hubert, cofondateur et DG d’Ynsect dans Agra Innovation en juin 2024 : « L’entrée en production du site d’Amiens a connu un retard de 9 à 12 mois par rapport au planning qui avait été prévu au départ. » La société s’est restructurée en 2023, mais cela n’a pas été suffisant.

Lire aussi : Antoine Hubert (Ynsect) : « Il faut s’attendre à des consolidations dans l’élevage d’insectes »

Et la rentabilité n’est toujours pas au rendez-vous : « Nous comptons atteindre la rentabilité d’ici deux ans en nous appuyant sur notre site du Jura qui produit quelques centaines de tonnes et surtout le site d’Amiens qui produira, d’ici trois ans, 160 000 tonnes par an, dont deux tiers de frass et un tiers de protéine », déclarait Antoine Hubert.

Quelles sont les prochaines étapes pour Ynsect ?

Les équipes d’Ynsect et l’administrateur judiciaires doivent mettre au point un plan afin de convaincre des investisseurs pour financer son avenir. Ynsect va « bénéficier du temps nécessaire pour finaliser les discussions relatives à cette nouvelle levée de fonds. »

La procédure de sauvegarde doit durer 6 mois, période renouvelable une fois. Si aucune solution n’est trouvée, deux options se présentent : le placement en redressement ou la liquidation.

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« Ÿnsect est persuadée de trouver rapidement une solution industrielle et capitalistique », indique la société qui a levé depuis son lancement en 2011 plus de 625 millions de dollars (dont 160 millions d’euros depuis 2023) auprès de fonds d'investissement mondiaux, de banques et d'institutions publiques.

Quelles conséquences sur le secteur de l'élevage d'insectes ?

Deux autres spécialistes de l’élevage d’insectes en France ont également réalisé des levées de fonds importantes ces dernières années : Innovafeed (450 millions d’euros depuis son lancement, dont 250 millions en 2022) et Agronutris (100 millions d’euros depuis son lancement).

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Innovafeed met en avant son développement industriel pas à pas. « Chaque phase de déploiement du site permet d'obtenir le retour d'expérience suffisant pour entamer la phase suivante, sachant que les phases 1 et 2 ont permis d'obtenir une technologie stable et les rendements cibles », déclarait Clément Ray, cofondateur et PDG d’Innovafeed, dans Agra Innovation en juillet 2024.

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Le type d’insecte a aussi son importance. Ynsect élève le tenebrio molitor, contrairement à Innovafeed et Agronutris, qui sont positionnés sur la mouche soldat noire. Or, cette dernière est moins chère à produire, son cycle de production est plus court, elle se nourrit avec des coproduits moins chers et son taux de conversion est meilleur. Cédric  Auriol, cofondateur d’Agronutris, souligne sa « proposition de valeur différente grâce à la mouche soldat noire qui est plus compétitive en termes économique et de décarbonation ». Agronutris fournit des fabricants de nourriture pour les poissons d’élevage tandis qu’Ynsect s’est retiré de ce débouché.

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Le profil des actionnaires peut aussi jouer un rôle. Innovafeed compte des actionnaires de long terme et de poids tels que les fonds souverains QIA (Qatar) et Temasek (Singapour), et les agro-industriels ADM et Cargill. Agronutris peut s’appuyer sur BPIfrance et Mirova (fonds à impact filiale de Natixis Investment Managers), tandis que les deux actionnaires opérationnels détiennent une part significative. Ynsect compte parmi ses actionnaires le fonds à impact Astanor Ventures, le VC américain Upfront et BPIfrance.

Enfin, la question se pose de savoir si les investisseurs intéressés par le secteur de l’élevage d’insectes seront refroidis par les difficultés d’Ynsect. Le contexte pour mobiliser des fonds en faveur d’entreprises innovantes aux perspectives de rentabilité éloignées n’est pas favorable. « Tout dépend du profil d’investisseur : s’il s’agit d’un généraliste, le cas d’Ynsect peut le rendre réticent, mais si c’est un spécialiste qui connaît bien le secteur, c’est très différent », souligne un bon connaisseur de l’élevage d’insectes.