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François Purseigle (INP-Ensat) : « L’enjeu des restructurations en agriculture doit tenir compte des projets des nouveaux acteurs agricoles »

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François Purseigle, professeur des universités en sociologie Crédits : © Julie Poncet

François Purseigle, professeur des universités en sociologie à l'Institut national polytechnique de Toulouse, dirige le département de Sciences économiques, sociales et de gestion de l'Ecole nationale supérieure agronomique de Toulouse (INP-Ensat). Depuis janvier 2020, il est également membre correspondant de l’Académie d’agriculture de France. Il est le co-auteur du livre « Une agriculture sans agriculteurs » (Presses de Sciences Po). François Purseigle partage ici sa vision de l’agriculture de demain, des enjeux de ces évolutions et des prérequis indispensables à mettre en place pour y arriver.

Comment innover pour préparer l’agriculture de demain ?

Je constate aujourd’hui sur le terrain, que les exploitations agricoles prennent le visage d’entreprises aux stratégies et aux objectifs de plus en plus multiformes. Non seulement les exploitations conjugales sont en voie de disparition, mais s’ajoute également à cela de nouveaux défis à la fois démographiques, économiques, environnementaux qui exercent une pression forte dans un processus nécessaire de mutation agricole. D’où une recherche de multi-spécialisation au sein d’une entreprise agricole qui prend de plus en plus la forme d’une fusée à plusieurs étages. Une entreprise agricole aujourd’hui, c’est souvent un ensemble de sociétés qui ont des finalités propres et indépendamment de la finalité d’ensemble de l’unité de production. C’est parfois un Gaec associé à une SCEA, elle-même ne disposant pas de matériel, ni même de salariés, mais qui fait appel à une société commerciale qui en dispose pour le compte d’un ensemble de sociétés… Bref, nous sommes face à une entreprise qui se banalise dans sa structuration juridique, dans ses formes d’organisation de la production, avec des logiques qui relèvent de la sous-traitance, du faire faire et pas uniquement du faire ensemble, notamment dans un cadre familial.

Est-ce que ces transformations vont de pair avec la souveraineté alimentaire telle quelle est défendue par le gouvernement ?

Si on veut que l’agriculture française demeure souveraine sur le plan alimentaire, il faut aussi reconnaitre ces mutations-là. Qui va porter le projet productif en France ? Certainement pas les formes d’exploitation telles qu’elles existaient il y a encore trente ou quarante ans. C’est vrai que finalement l’ambition de souveraineté alimentaire doit s’articuler avec celle de la réorganisation des exploitations agricoles. Porter une ambition comme la souveraineté alimentaire, c’est être capable d’accompagner les recompositions du travail agricole. Être capable de mutualiser des outils de production, être capable de déléguer, être capable d’insérer des salariés… Ce projet de souveraineté sera tout autant le fait de salariés agricoles, de chefs de culture ou d’atelier, que des seuls chefs d’exploitations. La vraie question est de savoir de quels outils doit-on doter les producteurs de demain pour qu’ils puissent assumer cette souveraineté telle qu’elle est définie.

De quels types d’outils parlez-vous ?

Quand je parle d’outils, c’est au sens large, il s’agit notamment d’outils juridiques et économiques qui vont permettre aux agriculteurs de s’organiser, au regard des projets de transformations qu’ils portent et qui ne sont pas toujours adaptés aux exploitations actuelles. Il faut également doter les producteurs agricoles de nouvelles compétences : aptitude au management d’équipe, à la collaboration-association ou encore l’aptitude à mieux comprendre de nouvelles règles de droit.

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L’agriculture a besoin d’une politique des structures ambitieuse, comme ça a été le cas avec la loi d’orientation dans les années 1960, où l’on a reconnu et doté les agriculteurs d’instruments juridiques et organisationnels qui ont permis à l’époque la modernisation de l’agriculture.

Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de la transformation de l’agriculture française. De la même manière qu’à l’époque, il faut donc faire en sorte que les nouvelles formes de production soient soutenues et accompagnées. L’enjeu des restructurations en agriculture doit tenir compte des projets des nouveaux acteurs de la production agricole et de leur capacité à les développer.

Et par qui ces changements doivent-ils être portés ?

Tout ne doit pas venir uniquement de la puissance publique, mais doit être pensé en association avec les collectivités territoriales, les opérateurs économiques... On sait que 50% des chefs d’exploitation vont partir d’ici 2023, c’est-à-dire pas moins de 200 000 agriculteurs. Il est important d’anticiper ces départs, en se posant les bonnes questions. A-t-on un état des lieux des exploitations à reprendre ? Connait-on la manière dont ces exploitations sont organisées ? Le foncier est certes une question majeure mais elle n’est pas la seule. La restructuration capitalistique de certaines entreprises agricoles, tout comme la mise en adéquation entre l’offre et la demande d’exploitation à reprendre, constituent des défis importants à relever.

On ne doit pas installer pour installer. Il faut que l’insertion dans les métiers de l’agriculture puisse participer de la poursuite d’un projet économique à l’échelle des territoires.