Abonné

Jérémie Cognard (Agriloops) : « Notre business plan repose sur le développement d’un réseau de fermes aquaponiques en eau salée »

- - 6 min
Romain Vandame et Jérémie Cognard, les fondateurs d'Agriloops. Crédits : © Agriloops

Leader européen de l’aquaponie en eau salée, Agriloops a été fondée en 2016 par deux ingénieurs agro, Jérémie Cognard et Romain Vandame. La société a annoncé le 13 février 2024 une levée de fonds de 13 millions d’euros pour financer la construction en Bretagne de sa première ferme à l’échelle commerciale. Cette ferme aquaponique, l’une des plus grandes d’Europe, entrera en production en 2025. Ensuite, Agriloops compte dupliquer sa technologie en France puis en Europe, grâce à la franchise. Jérémie Cognard dévoile pour Agra Innovation, les différentes étapes de ce changement de dimension. 

Agriloops vient de lever un total de 13 millions d’euros. Comment comptez-vous utiliser ces fonds ? 

Ces fonds servent à financer la première ferme à l’échelle commerciale, baptisée Mangrove #1 et dont la construction a débuté à la fin de l’année dernière sur plus d’1 ha au cœur de la Bretagne (1). La serre de 5000 m2 dans laquelle nous allons installer notre process est déjà sorti de terre et dans le même temps, nous lançons la construction du bâtiment aquacole sur 2000 m2. Ceci devrait durer toute l’année 2024, pour une mise en production début 2025. 

Nous nous sommes fait une bonne idée de ce qui nous attend avec notre ferme pilote construite en 2019, maintenant nous devons montrer avec Mangrove #1, qu’un outil à grande échelle peut être rentable en produisant des produits au bon prix.

Il s’agira de l’une des plus grandes fermes d’aquaponie en eau salée d’Europe. Sur quoi repose votre technologie ?

Agriloops a mis au point une technologie brevetée et unique en Europe d’aquaponie en eau salée qui associe l’élevage de gambas et le maraichage. Les bassins de nos fermes fonctionnent en circuit fermé dans un environnement contrôlé. La ferme accueille ce que l’on appelle des post larves, de petites crevettes de quelques milligrammes quasi invisibles à l’œil nu. Elles sont élevées en bassins jusqu’à devenir des gambas de 25 g à 30 g au bout de trois à quatre mois pouvant être commercialisées. L’eau salée des bassins d’élevage chargée en effluents et donc en nutriments est recyclée et convertie en eau chargée de fertilisants pour alimenter nos cultures maraichères sous serre. Un système écoresponsable, qui offre des produits aux qualités gustatives et nutritionnelles améliorées grâce au milieu salin. 

Lire aussi : Nutreets va inaugurer la première ferme aquaponique de la région parisienne

Quelle sera la capacité de production et quel sont les circuits de distribution ? 

En vitesse de croisière, Mangrove #1 aura une capacité de production annuelle d’une cinquantaine de tonnes de gambas et d’une soixantaine de tonnes de fruits et légumes, sachant que la montée en puissance interviendra sur 2024 et 2025. 

Pour la commercialisation, nous allons privilégier les grossistes qui pourront distribuer nos produits à toute notre typologie de clients, qu’il s’agisse des restaurateurs, des primeurs et des poissonniers.

La société a-t-elle toujours en projet de démultiplier les fermes sur le territoire ?

Notre business plan repose toujours sur le développement d’un réseau de notre modèle de fermes aquaponique en France, puis en Europe et par la suite dans d’autres pays plutôt à une échéance à 5 ans. Nous savons qu’il existe pas mal d’opportunités dans les grosses zones de consommation, en Europe évidement, mais aussi en Amérique du Nord, en Asie et au Moyen-Orient. Notre technologie sous environnement contrôlé peut s’implanter partout. 

Tout l’enjeu avec Mangrove #1 est de montrer à nos potentiels partenaires que notre outil peut fonctionner à grande échelle et être dupliqué. 

Lire aussi : Agriloops va construire la première ferme d’aquaponie en eau salée d’Europe

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

aquaculture
Suivi
Suivre

Comment fonctionnera la franchise de ces fermes ?

Notre objectif in fine vise à franchiser notre outil, ce qui veut dire que nous apportons la technologie, le soutien, le monitoring et l’expertise pour permettre à nos partenaires de l’exploiter. Mais nous sommes conscients que notre modèle assez innovant demande certaines validations. C’est pourquoi dans un premier temps, nous nous développerons grâce à des joint-ventures qui nous conduirons petit à petit vers la franchise pure et dure. Pour nos prochains développements, nous explorons donc la piste d’un partenariat avec un industriel intéressé par notre technologie et ayant déjà une certaine expertise dans nos domaines. 

Pour l’exploitation d’une ferme Agriloops actuellement, il faut compter environ 4 personnes pour la production aquacole et 5 personnes pour la production végétale. 

Vous ne craigniez pas que votre technologie soit copiée ?

Nous avons déposé un brevet qui protège l’association d’aquaculture et de maraichage en milieu salé, qui est l’une des spécificités fortes d’Agriloops sur laquelle nous avons consacré une bonne part de notre R&D ces dernières années. Nous avons un brevet qui englobe une grosse partie de nos technologies, associé à ce qu’on appelle des secrets d’affaires, c’est-à-dire une série de réglages fins et précis qui nous permettent de bons rendements, mais que nous gardons en interne.

Le fait de travailler avec du monitoring à distance et des outils de plus en plus en plus poussés, offrant notamment la capacité d’analyser des données en direct et de les agréger, nous permettra non seulement d’enrichir les consignes à nos futurs franchisés, tout en nous assurant un certain contrôle. 

Lire aussi : La Ferme Intégrale veut déployer sa solution aquaponique dans les territoires 

Comment voyez-vous l’avenir d’Agriloops ?

Nous sommes capables de produire plusieurs typologie de légumes feuilles et de légumes fruits. Il se trouve que, pour le moment, nous ne pouvons pas tout faire et que nous avons sélectionné les espèces les plus pertinentes. La tomates cerise représente un gros marché en recherche de qualité et nous arrivons avec un produit contenant plus de vitamine C, plus sucre et qui a plus de goût. Même chose sur le mesclun, que nous proposons toute l’année avec des produits différenciants.

Mais nous n’excluons pas d’aller sur un autre panel de plantes aromatiques et d’autres légumes fruits. 

Sur la partie produits de la mer, nous avons choisi la gambas dans un premier temps parce que c’est un produits très demandé qui vient de loin et qui fait face à des enjeux d’éthique et de durabilité. Mais là encore, notre technologie permettrait d’offrir une autre solution avec des produits de la mer locaux écoresponsables et sains. Nous avons déjà en tête différentes espèces piscicoles qui conviendraient, dans nos plans à plus long terme.

(1) Mangrove #1 se situera à Bréal-sous-Montfort, en périphérie de Rennes.