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Julien Orensanz (Cap 2020) : « Nos pièges connectés concentrent pas mal de technologie, comme l’IA et la reconnaissance d’image. »

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Julien Orensanz est responsable technique à Cap 2020. Crédits : © Corentin Rampnoux

Fondé en 2007 par Denis Boisgontier, Cap 2020 est un spécialiste de la fourniture de données agronomiques sur la météo et les ravageurs pour les agriculteurs et leurs conseillers. Grâce à sa gamme de pièges connectés CapTrap, l’entreprise de Nouvelle-Aquitaine aide à la prise de décision sur les différentes opérations culturales, et notamment les interventions par traitements contre les insectes ravageurs. Julien Orensanz, Responsable technique de Cap 2020, revient sur les innovations de l’entreprise avec sa gamme de pièges connectés et sur sa participation au projet ACOMPLI à la recherche d’alternatives aux produits phytosanitaires contre les insectes ravageurs. 

Vous faites partie des 19 partenaires participant au projet ACOMPLI lancé au printemps 2025 par l’interprofession Unilet pour trouver de nouvelles solutions de protection des cultures contre les insectes ravageurs. Quel est le rôle de Cap 2020 ?

Julien Orensanz : Pendant les cinq ans du projet ACOMPLI, notre mission est de quadriller le territoire français pour pouvoir suivre des lépidoptères sur 15 cultures différentes, et principalement la noctuelle de la tomate, mais aussi la noctuelle des moissons sur le maïs, la noctuelle du chou et le carpocapse de la prune. Le but est dans un premier temps d’acquérir plus d’informations et de connaissances sur ces ravageurs pour mieux comprendre leur comportement, afin de pouvoir ensuite tester des combinaisons de prophylaxies, de biocontrôle et d’interventions. 

Cap 2020 va déployer 50 pièges connectés cette année, et 70 de plus l’année prochaine, avec des capteurs météo intégrés. Cela représentera notre plus gros réseau dédié à un seul ravageur. Ces pièges vont produire de la donnée très riche à exploiter pour en tirer des indicateurs. Nous allons pouvoir apporter notre connaissance sur tout ce qui concerne la gestion de la donnée et la production d’indicateurs utiles aux producteurs, afin d’acquérir de nouvelles méthodes de lutte contre des ravageur déjà bien implantés en France. 

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Votre activité se divise entre la fourniture de données météo et de données sur les ravageurs. Que pouvez-vous nous dire sur votre gamme de pièges connectés CapTrap ? 

J. O. : Nous sommes surtout connus pour nos pièges connectés, qui concentrent pas mal de technologie, comme l’IA et la reconnaissance d’image. À partir de 2018, nous avons mis au point un piège basé sur la vision et le traitement de l’image avec une caméra. L’IA embarquée sur le dispositif détecte et reconnaît un ou plusieurs ravageurs. 

Le piège en lui-même renvoie un comptage auquel l’agriculteur peut accéder sur une plateforme. Un conseiller peut aussi visualiser l’ensemble de son réseau de pièges chez les agriculteurs qu’il suit grâce à une interface cartographique. Cela permet de voir ce qui a été capturé et dans quelle zone, afin de moduler la prise de décision. On propose aussi une analyse des courbes de comptage, piège par piège. 

Aujourd’hui, nous ciblons environ 25 ravageurs différents, en arboriculture, en sylviculture, en viticulture, en maraîchage et en grandes cultures, avec des pièges ciblant une ou plusieurs espèces, des gros papillons comme les noctuelles ou les pyrales, aux petits lépidoptères comme les vers de grappe ravageurs de la viticulture, ou les carpocapses en arboriculture. 

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Cap 2020 enrichit régulièrement sa gamme CapTrap, comme avec le CapTrap lumineux lancé début 2025 suite au projet eSam-BIO, soutenu par Bpifrance. Qu’est-ce qu’il apporte de plus ? 

J. O. : Le CapTrap lumineux est un périphérique du CapTrap, adaptable sur n’importe lequel de nos pièges. La lumière permet de renforcer l’attractivité de nos pièges pour attirer les ravageurs cibles. C’est une attraction en deux temps, qu’on peut programmer avec des séquences d’allumage et d’extinction plus ou moins intenses. Ça peut être une arme intéressante quand on a des problématiques d’attraction. 

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Sur quoi travaillez-vous actuellement en termes d’innovation contre les ravageurs ? 

J. O. : La grande nouveauté est le déploiement cet automne de l’aspect modélisation sur le volet ravageur. Le but est de permettre à nos clients de se projeter dans le temps, sans se limiter aux simples observations que permet un piège. Pour cela, nous allons coupler les pièges avec des données météo, que nous produisons déjà avec nos capteurs météo. 

Cela va permettre de prévoir la prochaine attaque du ravageur à l’échelle d’une ou deux semaines, voire même plus. L’objectif est de déterminer à quelle date précise auront lieu les vols, et quand les œufs, puis les chenilles dans certains cas, seront présents sur la culture. Les traitements, qu’ils soient conventionnels ou de biocontrôle, sont souvent très ciblés sur un stade de développement précis du ravageur et ne fonctionnement bien qu'à ce moment là. Notre but est d’apporter la bonne information au bon moment, pour pouvoir prendre une décision. 

À l’avenir, il serait intéressant de pouvoir également suivre les auxiliaires, et non seulement les ravageurs, pour construire une prise de décision sur l’équilibre entre ravageurs et auxiliaires. La présence d’un auxiliaire peut aussi aider à augmenter le seuil de tolérance avant d’avoir recours à un traitement.