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Marc Lechantre (Axeleo GTI I) : « Nous ne nous intéressons qu’aux start-up ayant déjà une technologie qui fonctionne »

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Marc Lechantre est directeur général d'Axeleo Green Tech Industry I. Crédits : © Axeleo Capital

La société de capital-risque Axeleo Capital a annoncé le 6 novembre 2024, le premier closing de son fonds Green Tech Industry (GTI I) à hauteur de 125 M€. Ce fonds a pour vocation de financer la 1ère usine des start-up industrielles européennes dédiées à la transition écologique. GTI I a réalisé un premier investissement dans la start-up Sweetch Energy, spécialiste de l’énergie osmotique et espère concrétise entre 3 et 5 opérations d’ici mi-2025. Marc Lechantre, directeur général de GTI I, détaille les objectifs et la stratégie de ce nouveau fonds.

Axeleo Capital vient d’annoncer le premier closing d’un nouveau fonds baptisé Green Tech Industry (GTI I) à hauteur de 125 millions d’euros. Qu’est-ce qui a motivé la création d’un fonds destiné à soutenir l’industrie verte en Europe ? 

Nous avons effectivement réalisé un premier closing à hauteur de 125 M€ avec trois investisseurs majeurs, le fonds Révolution Environnementale et Solidaire abondé par le dividende sociétal de Crédit Mutuel Alliance Fédérale, Bpifrance et le Fonds National de Venture Industriel (FNVI), ainsi que le groupe Veolia. En parallèle, des familly offices accompagnent Axeleo Capital GTI I. Il est en effet pertinent pour nous que des investisseurs individuels qui croient en l’industrie nous soutiennent.

La motivation derrière la création de ce fonds tient tout autant à Axeleo Capital qu’à l’équipe venue s’agréger à cette stratégie. Cofondé par Eric Burdier et Mathieu Viallard en 2017, Axeleo Capital, initialement concentré sur le software B to B, s’est orienté dès 2020 sur des dossiers autour de la transition des énergies en ville. Par la suite, Guillaume Sarlat, fort d’une vingtaine d’années d’expérience dans la tech et les greentechs, et moi-même, qui ai passé plus de 16 ans dans l’industrie automobile, dans des fonctions de production, de stratégie et de management à l’international, avons rejoint le projet d’Axeleo il y a un peu plus d’un an. 

Axeleo a créé ce fonds avec deux objectifs clés : accroître son impact et poursuivre le développement d'une plateforme multi-stratégie. De notre côté, nous visons à stimuler l'innovation pour développer des industries en Europe, en relevant les défis environnementaux, plutôt que de simplement soutenir des entreprises en difficulté. Green Tech Industry I allie ainsi une double ambition : conjuguer durabilité écologique et développement industriel.

Quels sont les secteurs d’investissement de Green Tech Industry I ?

Notre thèse d’investissement couvre l’ensemble du périmètre européen dans 4 secteurs : l’énergie (nouvelles énergies renouvelables, stockage…), la chimie et les matériaux (biomatériaux, recyclage des plastiques, traitement de déchets …), l'agriculture et l’alimentation (engrais et pesticides biosourcés, protéines alternatives …) ainsi que de la mobilité (moteurs électriques, décarbonation du transport aérien et du transport maritime…). Nous investissons en lead avec des tickets d’entrée entre 3 et 10 M€, plutôt en phase de série A sur des tours compris entre 15 et 60 M€.

La stratégie de GTI I portera sur des start-up innovantes qui ont un impact technologique et un process positif, et qui toutes doivent en être au stade de l’industrialisation. Nous ne faisons pas de l’amorçage pour financer la R&D. Nous ne nous intéressons qu’aux start-up ayant déjà une technologie qui fonctionne, prouvée par un pilote, dont nous financerons la première usine. 

Nous pensons qu’avant de pouvoir industrialiser le produit, il faut le maitriser et atterrir sur un couple produit/process déjà robuste. C’est un point sur lequel nous sommes très attentifs lorsque nous regardons un dossier pour bien comprendre la technologie. Le deuxième point sur lequel nous sommes à cheval, c’est le « pipe » commercial. On ne construit pas une usine sans avoir de carnet de commandes et des clients derrière. 

Vous avez un objectif à 250 M€ pour ce fonds. A quelle échéance ?

Nous avons encore du temps pour trouver ce complément et nous le faisons parce que c’est cohérent avec notre stratégie et le suivi des start-up de notre portefeuille, pour pouvoir remettre de l’argent au tour suivant. On investit prioritairement sur des séries A, mais on veut être capable pour les entreprises qui le mériteraient de suivre une série B. 

Que pouvez-vous nous dire des investisseurs qui ont rejoint ce fonds ? Notamment de Veolia qui a mis 30 M€. 

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Il est très important pour nous d’avoir des investisseurs institutionnels, comme Crédit Mutuel Alliance et comme Bpifrance, notamment vu le rôle de Bpifrance dans l’écosystème français et le plan France 2030. Quant à des groupes comme Veolia, en plus de leurs moyens financiers, c’est aussi une très bonne source d’expertise et de potentielles synergies de développement pour les start-up du portefeuille. Et pour un tel groupe, c’est un élément important de leur politique d’innovation, directement complémentaire de ce qu’ils font. 

En quoi GTI I se distingue-t-il des fonds déjà existants sur le marché ?

Nous ne sommes pas les seuls à financer les premières usines pour les start-up, mais nous sommes les seuls à avoir une stratégie dédiée à la première usine multi-secteur en Europe. Aujourd’hui, les fonds avec l’étiquette à impact et industrialisation le font plutôt sur une verticale très précise, sur l’alimentation par exemple. Nous pensons être quasiment les seuls à le faire sur plusieurs secteurs et sur plusieurs pays en Europe. Ceci nous donne accès à un grand nombre de dossiers et donc de choisir les meilleurs, mais aussi, en étant sur plusieurs secteurs, de mieux gérer le risque économique.

Le temps de développement de chaque secteur est différent, en raison de leur sensibilité à la réglementation, aux chocs économiques ou géopolitiques. On voit bien que dans le domaine de l’agriculture, le conflit en Ukraine a rebattu les cartes. Et on sait que les temps de développement dans les alternatives aux engrais sont très longs. A l’inverse, les mises sur le marché dans l’énergie sont plus rapides. Il est important pour nous de pouvoir mixer ces différents risques. Un autre point aussi qui nous pousse à être multi-secteurs, tient aux synergies existantes entre les secteurs. Le recyclage du plastique par exemple intéresse tout autant des groupes comme Veolia, que l’agriculture et l’agroalimentaire. Le fait qu’il existe des sujets transverses sur plusieurs secteurs nous semble pertinent. 

Votre fonds GTI I a réalisé un premier investissement dans Sweetch Energy. Racontez-nous ce qui vous séduit dans cette start-up ?

Nous avons en effet rejoint la levée de fonds de 25 M€ de Sweetch Energy annoncée en décembre 2023. Spécialisée dans l’énergie osmotique, cette start-up, issue de la recherche fondamentale française, correspond parfaitement au type de sociétés qui nous intéressent. Nous avons été séduits par la réelle innovation technologique de Sweetch Energy et de son impact majeur à la fois environnemental et économique, parce qu’une source d’énergie renouvelable permanente dans les estuaires représente un formidable potentiel à travers le monde.

La réussite de Sweetch Energy est d’être passée d’une échelle ultra-microscopique en laboratoire, à une taille réelle. Ces capitaux visent notamment à financer le premier démonstrateur de production d’électricité mettant en œuvre leur technologie innovante en cours de développement dans le delta du Rhône.

Avez-vous d’autres dossiers en vue qui pourraient aboutir prochainement ?

Nous regardons plusieurs dossiers sur différents secteurs en France et en Allemagne et nous avons bon espoir de concrétiser entre 3 et 5 opérations d’ici mi-2025, pour des investissements compris entre 3 et 10 M€ chacun.

GTI I a vocation à couvrir toute l’Europe et pas uniquement l’Union européenne. Pour l’instant, notre flux de dossiers se situe pour un gros tiers sur la France, vient ensuite l’Allemagne, le Benelux, un peu de péninsule ibérique, mais aussi le Royaume-Uni, la Suisse et la Norvège.