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Priscilla Rozé-Pagès et Antoine Coutant (AgriLife Studio) : « Notre but est de dérisquer les projets de nos start-up à impact afin de réussir leur première levée de fonds »

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Priscilla Rozé-Pagès et Antoine Coutant, cofodateurs d'AgriLife Studio. Crédits : © AgriLife Studio

Priscilla Rozé-Pagès (ex-directeur d’investissement du venture capital d’Air Liquide) et Antoine Coutant (ex-directeur directeur d’investissement de Go Capital), deux financiers à la solide expérience du financement de l’innovation ont lancé AgriLife Studio, le premier start-up studio dédié aux solutions à impact pour le monde agricole. Leur objectif est de s’entourer d’équipes de managers capables de transformer des solutions de chercheurs, d’étudiants ou de professionnels en start-up, de dérisquer les projets et les accompagner jusqu’à leur première levée de fonds. Une initiative qui vient de mobiliser 25 millions d’euros à l’occasion de leur premier tour de table. Priscilla Rozé-Pagès, présidente d’AgriLife Studio et Antoine Coutant, directeur général, répondent aux questions d’Agra Innovation.

Pourquoi créer un start-up studio dédié aux solutions à impact pour le monde agricole ?

Priscilla Rozé-Pagès et Antoine Coutant : Le monde agricole a besoin, de façon évidente, de solutions à impact pour faire face à l’urgence climatique et environnementale. Nous le voyons tous les jours et tout particulièrement en ce moment où la question des normes environnementales se pose, tout comme la création de valeur pour les agriculteurs. 

Il y a aussi un enjeu de souveraineté alimentaire car notre pays est passé en 20 ans du 2ème au 6ème rang des exportateurs mondiaux de produits agricoles. 

Les chercheurs, les étudiants mais aussi des professionnels expérimentés ont des projets pour répondre aux attentes des agriculteurs, mais il manque souvent des acteurs, comme AgriLife Studio en mesure de transformer ces projets, dès leur genèse en entreprises à succès. C’est pourquoi nous avons lancé le premier start-up studio à impact dédié au monde agricole.

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Comment allez-vous travailler pour transformer ces projets ?

Notre démarche consiste à se mettre en relation avec tous les acteurs, qu’ils soient de l’enseignement supérieur ou de la recherche, pour identifier les bonnes idées qui ont le potentiel pour devenir des start-up à succès. 

Nous avons déjà commencé à travailler avec les organismes et instituts de recherche tels que INRAE et AgroParisTech, mais aussi avec les SATT, les grandes écoles agronomiques, les laboratoires universitaires, les coopératives, les pôles de compétitivité ou encore les communautés d’entrepreneurs.

Nous sommes donc à l’écoute de l’écosystème et tous les porteurs de projets peuvent nous contacter pour nous soumettre leur dossier en rapport avec nos thématiques de prédilection comme les biotechnologies, la robotique, le numérique ou les technologies de l’information. 

En tant que start-up studio, nous sommes une société à mission dédiée à créer des entreprises à impact. Avec les porteurs de projets, ou bien sans eux s’ils ne le souhaitent pas, nous constituons l’équipe qui va structurer et diriger la start-up pour qu’elle arrive jusqu’à sa levée de fonds de série A, et que cette levée soit un succès.

Pour cela, notre but est de dérisquer les projets afin de réussir leur première levée de fonds. Nous savons parfaitement que, dans le contexte actuel qui peut être difficile pour financer des start-up, le dérisquage des projets est un point essentiel vis-à-vis des investisseurs.

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Quels moyens humains mobilisez-vous pour réussir cette aventure ?

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Nous sommes deux professionnels de l’innovation, du financement et de l’impact, avec une expérience solide dans l'entrepreneuriat, à la fois dans les pays développés et les pays émergents. Antoine a travaillé à la fois dans le domaine des start-up AgriTech mais aussi dans les ingrédients de spécialité pour l'alimentaire et la nutrition. Priscilla a créé une activité de business inclusif en Afrique et Asie au sein du groupe Air Liquide. Nous avons commencé à constituer notre équipe qui comprendra une direction des ressources humaines, une direction d’impact qui chapeautera aussi la veille réglementaire, une direction financière et innovation, notamment en charge de la propriété intellectuelle et deux analystes marché et impact. Nous allons aussi travailler avec des operating partners ou associés contractuels et nous avons près d'une vingtaine de mentors qui sont tous des référents dans le domaine, en France et à l'international. 

Un point important à souligner : nous avons mis en place deux comités consultatifs, l’un pour l’impact et l’autre pour l’investissement, constitués de représentants des investisseurs d'AgriLife Studio mais aussi de personnalités externes pour nous éclairer dans nos choix de façon indépendante. En outre, nous consultons aussi des personnalités du monde agricole et de grandes coopératives.

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Quels projets avez-vous identifié ?

Nous avons identifié 40 sujets qui concernent le monde agricole au premier chef, pour n’en garder, au final, que cinq sur lesquels nous allons concentrer notre action. Nous avons déjà 8 projets en cours d’étude qui vont être présentés à notre premier conseil d’administration début février, au cours duquel nous allons expliquer pourquoi nous les avons sélectionnés et comment vous voulons les accompagner.

Parmi ces projets, nous avons retenu une technologie de traitement de l’eau en Amérique Latine, portée par un professionnel ayant 20 ans d’expérience dans ce domaine, une solution basée sur l’ARN afin de lutter contre les pucerons en alternative aux traitements phytosanitaires de synthèse, ou encore un outil digital pour réduire la fréquence des accidents du travail qui frappent les agriculteurs.

De quels moyens financiers disposez-vous pour votre mission ?

Nous levons 25 millions d’euros à l’occasion de notre premier tour de table auprès de trois investisseurs institutionnels majeurs : le Fonds French Tech Accélération 2 de France 2030, géré pour le compte de l’Etat par Bpifrance, Crédit Mutuel Alliance Fédérale via le Fonds Révolution Environnementale et Solidaire et Crédit Mutuel Arkéa.

Au total, nous voulons lever 50 millions d’euros, il nous reste donc encore 25 millions à identifier d’ici 18 à 24 mois. 

Quels sont les résultats attendus ?

Nous voulons créer 10 start-up dans les 7 prochaines années, un temps nécessaire pour concrétiser des projets que nous prenons à leur genèse, et qui sont des projets agricoles, donc qui s’inscrivent nécessairement dans un temps plus long que dans d’autres secteurs technologiques.

Nos ressources financières seront mobilisées à hauteur de 40 millions sur 50, dont 17 millions réservés à une poche de réinvestissement dans nos meilleures start-up. AgriLife Studio prendra des prises de participation au capital des start-up qu'ils cocréeront, pour environ 30% du capital et pourra contribuer selon les cas jusqu'à une série A ou B.