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Romain Faroux (La Ferme Digitale) : « Le potentiel de l’IA doit reposer sur des espaces ouverts et collaboratifs »

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Romain Faroux, COO de la Ferme Digitale. Crédits : © LFD

Huit ans après sa création, la Ferme Digitale et ses 100 start-up affichent toujours le même objectif : proposer des solutions numériques innovantes pour aider les agriculteurs à être plus performants via des pratiques durables et citoyennes. Ces dernières années, l’intelligence artificielle (IA) a su s’imposer dans la plupart des projets. Romain Faroux, COO de la Ferme Digitale, nous explique pourquoi et nous détaille l’enjeu de ces recherches.

Depuis quand l’intelligence artificielle fait-elle vraiment parler d’elle ? 

J’ai débuté dans la modélisation de données agricoles en 2010 et j’ai vraiment vu arriver l’IA en 2015. Un vrai virage s’est opéré à partir de là. Cette technologie permet d’aller plus vite, de compiler et d’analyser plus de données, tout en enrichissant sa propre base avec des éléments nouveaux. Comparées aux analyses réalisées précédemment par l’homme, basées avant tout sur des vérités terrain, celles effectuées par l’IA profitent d’une puissance de calcul bien plus grande, plus rapide et moins coûteuse. Cela nous permet, dans un cadre défini, de mettre en relation tout un système d’informations hétérogènes, d’identifier les corrélations, d’écarter les aberrations... En résumé, de réaliser une compilation, un tri, un nettoyage beaucoup plus efficacement qu’avec une modélisation « simple ». 

Concrètement, quelles sont déjà les applications de l’IA dans le monde agricole ?

Les utilisations sont multiples, dans la prédiction météo, les outils d’aide à la décision, le pilotage de l’irrigation, la reconnaissance de maladies, de ravageurs... L’IA permet de mettre au point des outils en profitant de la granularité croissante des mesures de références : données issues de capteurs météo, de l’historique parcellaire et de chaque territoire. Elle reproduit également, de manière systématique, une façon de penser en proposant, en plus, plusieurs interprétations possibles : une approche « froide » pour laquelle le cerveau humain n’est pas très bon. L’IA réussit à faire le lien entre des données brutes et les informations métiers. Elle s’inspire de la façon de réfléchir de l’être humain pour déployer des hypothèses, des pistes de réflexion de manière plus exhaustive. Son but est de créer des systèmes capables de fonctionner de manière intelligente et indépendante. L’IA permet d’automatiser le meilleur de l’esprit humain, sans chercher à le comprendre ou à le reproduire, mais en s’en inspirant.

Depuis quelques mois, le terme d’IA générative est apparu ? Que signifie-t-il ?

L’IA générative est effectivement, depuis 18 mois, un sujet nouveau. Ce terme a émergé au moment où Chat GPT a été révélé au grand public. Elle a vocation à aller piocher des informations dans des bases de données déjà existantes pour en créer une nouvelle qui, elle, ne repose plus directement sur des éléments empiriques. Elle permet de capitaliser sur de la connaissance pour mieux préparer l’avenir. Le tout, en cadrant ces données pour ne pas se retrouver noyé dans une multitude d’informations de sources différentes. 

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À quand un Chat GPT dédié au monde agricole ? 

Nous y travaillons, via un nouvel outil d’IA générative français appelé Mistral AI. Il n’y a pas que Chat GPT sur le marché, et nous pensons même que plusieurs outils émergeront autour de l’agriculture ! Nous espérons proposer un premier socle de connaissances agricoles en 2025. Avec différents acteurs (instituts techniques, de recherche, entreprises privées et publiques...), nous sommes en phase de réflexion sur les modalités de partage et d’assemblage des données de chacun. L’heure est aussi au recensement des besoins du monde agricole. Lors du dernier salon de l’agriculture, en février 2024, nous avons organisé un hackathon. Ou comment, durant deux jours, huit équipes ont rivalisé pour concevoir les premiers prototypes d’assistants virtuels spécialisés en agriculture. Parmi les questions posées : évaluer le risque pour un agriculteur avant de s’installer, faciliter la compréhension des informations réglementaires, conseiller sur le choix d’une nouvelle culture, cartographier les aides auxquelles un agriculteur peut prétendre... Autant de questions qui ont trouvé de premières réponses encourageantes via l’IA générative. L’idée était aussi de montrer au visiteur que le secteur de la tech et le monde agricole peuvent s’associer pour proposer des innovations de pointe, simples, fiables et efficaces pour accompagner les changements de pratiques, désormais incontournables. 

Quel est, selon vous, l’enjeu des prochains mois ?

La Ferme Digitale pense, à l’instar de Gilles Babinet du Conseil national du numérique (CNNum), qu’il est important de créer « un modèle de fondation métier » pour garantir, via un espace ouvert et collaboratif, encore plus de fiabilité et de cohérence aux outils à venir. L’idée n’est pas que chacun teste dans son coin mais plutôt de mutualiser les connaissances pour que, à terme, chacun puisse s’appuyer en confiance sur un socle commun robuste, avant d’y ajouter sa propre touche d’expertise. Le monde agricole est intéressé par l’IA mais fait preuve encore de prudence. À nous d’expliquer les réels enjeux et bénéfices de cette technologie. 

Au sein de la Ferme Digitale, misez-vous sur de nouvelles levées de fond pour développer vos projets ?

La Ferme Digitale regroupe aujourd’hui 100 start-up et 50 partenaires, pour 3000 emplois et un total de 1,5 milliard d’euros levés en huit ans, dont 255 M€ en 2023. Notre vocation est d’être financée par ses membres et ses sponsors. Notre collectif continue de se développer, de progresser, et d’attirer des acteurs ambitieux pour conduire de futures actions opérationnelles.