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Sébastien Windsor (APCA) : « Je crois aux innovations qui permettront de conjuguer les enjeux de production agricole et les attentes environnementales »

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Sébastien Windsor, président de Chambres d'agriculture France. Crédits : © APCA

Chacun sait que l’agriculture doit évoluer si elle veut faire face aux changements climatiques qui s’annoncent. Sébastien Windsor, président de Chambres d'agriculture France (APCA), premier vice-président du Conseil économique, social et environnemental (Cese) et membre du Conseil national de la refondation, a bon espoir que les innovations permettront de concilier production et enjeux environnementaux en France. Outre la recherche qui ne doit pas ralentir ses efforts, il faudrait aussi selon lui favoriser l’acceptation sociétale de l’innovation, en expliquant les bienfaits potentiels de certaines nouvelles technologies.

Quelle est votre vision de l’agriculture idéale en France dans les prochaines années ?

Vaste sujet, et tout dépend si on réfléchit à 10 ans ou à 20 ans, mais je suis à peu près persuadé que l’agriculture fera le lien avec l’environnement et la société, de manière plus marquée que dans d’autres pays en Europe. J’ai bon espoir que l’on arrive à une agriculture où l’on réussisse à concilier production et enjeux environnementaux. Et je crois aux innovations qui permettront de conjuguer les enjeux de production agricole et les attentes environnementales.

L’agriculture va être télescopée par le réchauffement climatique. Nous allons passer par des phases très compliquées d’adaptation aux changements climatiques, qui vont bouleverser le paysage français à 10 ans.

Que faut-il mettre en place de façon prioritaire dans l’agriculture, pour faire face à ces changements ?

Nous avons déjà quelques outils pour faire face aux changements climatiques, cependant il est surtout important de ne pas lever le pied sur la recherche. Il faudrait aussi favoriser l’acceptation sociétale de l’innovation, en expliquant les finalités et la réalité de ses impacts.

En règle générale, je pense qu’il faut lutter contre les idées reçues. Il est important de faire accepter à la société qu’on ne fera pas de l’agriculture de la même façon ces prochaines années. Le livre d’images de Martine à la ferme, c’est terminé.

La société est-elle prête à entendre ça ?

Je crois à une acceptation renforcée de l’innovation, si elle montre ce qu’elle permet de faire et ne se cantonne pas au seul but d’écraser les coûts pour améliorer la compétitivité. Si on veut convaincre les Français des bienfaits de l’innovation, il faut aussi expliquer qu’elle va répondre, par exemple, aux enjeux de santé et aussi au bien-être animal.

Il faut également aborder le sujet du consentement à payer par le consommateur. Dire, comme actuellement, qu’avec le développement, le bio coûtera le même prix que le conventionnel, c’est un vrai mensonge, destructeur à tout niveau. En revanche, il existe de vrais sujets sur l’étiquetage et la traçabilité de nos produits, pour expliquer ce qu’il y a dans l’assiette en lien avec le travail de l’agriculteur, en montrant qu’il s’est engagé sur de bonnes pratiques. Le produit est certes plus cher, mais ça s’explique en amont par un travail et des contraintes que le consommateur ne voit pas forcément.

Nos politiques attrapent à bras le corps le portage de l’innovation, y compris dans l’agriculture à destination de l’agroalimentaire et nous devons expliquer et porter collectivement, les bienfaits de ces innovations. Je suis persuadé que l’innovation va régler un certain nombre d’attentes sociétales.

Sur quels sujets en particulier doivent insister les politiques ?

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Je ne pense absolument pas que la population européenne fasse machine arrière sur les OGM et accepte leur utilisation. En revanche, je pense que nous sommes bien partis pour redécouvrir les intérêts de la génétique, les nouvelles technologies liées à l’édition du génome, et les capacités des NBT (Nouvelles techniques d’amélioration des plantes).

Les politiques doivent davantage se positionner sur le sujet des NBT et s’exprimer sur les enjeux positifs de ces nouvelles techniques et les bienfaits potentiels pour la société. Il ne faut pas opposer ces deux aspects mais trouver des solutions qui les associent.

Les politiques publiques doivent arrêter de dire « on va rémunérer le progrès environnemental pour compenser les pertes de revenus ou de production », mais plutôt : « mettons les moyens pour trouver des solutions qui permettent de continuer à produire en préservant l’environnement ». Ce n’est pas le même discours !

À court terme, ça va rester très compliqué, mais je crois que nous avons une certaine capacité à accepter les progrès génétiques à moyen terme, face à des enjeux majeurs, notamment en lien avec le réchauffement climatique. À un moment, nous n’aurons plus le choix.

Que faut-il faire pour que les agriculteurs aillent encore plus loin vers l’innovation ?

Globalement déjà, les agriculteurs ont toujours eu un fort attrait pour les innovations technologiques. Elles ont souvent amené une réduction de la pénibilité au travail ou une simplification administrative.

Mon approche vise avant tout à se poser la question de la cohérence du projet qui amène un agriculteur à adopter telle ou telle innovation et non pas adopter une innovation parce qu’elle est subventionnée. Il faut accompagner l’agriculteur, regarder le projet global et ne pas seulement l’accompagner dans les démarches de l’aide à l’investissement. Il faut que l’innovation fasse du sens dans l’exploitation. Pour une meilleure acceptation, il ne faut pas voir l’innovation seulement sous l’angle rupture technologique, mais aussi voir l’innovation d’organisation, comment aborder la gestion des transitions.

Et un point sur lequel nous ne travaillons pas assez en innovation, ce sont les freins sociologiques à l’acceptation de ces innovations en fonction des publics d’agriculteurs. Pour une meilleure acceptation, il ne faut pas voir l’innovation seulement sous l’angle rupture technologique, mais aussi voir l’innovation d’organisation, comment aborder la gestion des transitions. Nous démarrons une collaboration sur ce sujet avec l’Inrae pour voir comment nous devons nous approprier les freins sociologiques à l’acceptabilité de ces changements auprès des agriculteurs.

Pensez-vous que les financements suivent le besoin en innovation dans l’agriculture ?

La bonne nouvelle, c’est que notre ministre de l’Agriculture actuel, comme le précédent, porte le message de la résolution des problèmes par l’innovation. Outre le crédit impôt recherche, qui est un vrai vecteur de recherche pour les industriels, la France n’a jamais donné autant d’aides à l’investissement pour l’innovation qu’en ce moment, notamment avec le plan France Relance 2030. Il faut que les fonds à disposition servent à tous. Maintenant qu’une partie des agriculteurs s’est engagée dans cette dynamique, il faut aller chercher la grande masse des agriculteurs. Le jour où nous aurons utilisé tous ces fonds, nous aurons fortement avancé.

Je suis persuadé qu’il sera moins onéreux d’accompagner la résilience des systèmes, que d’indemniser tous les ans les victimes des incidents climatiques. Et ça serait un résumé un peu caricatural de dire que l’adaptation aux changements climatiques n’est qu’un problème de financement.