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Thierry Missonnier (Pôle Aquimer) : « L’aquaculture est une de nos trois priorités, sachant que l’Europe a du retard à rattraper »

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Angéline Pignon et Thierry Missonnier, respectivement Directrice adjointe et Directeur d'Aquimer Crédits : © aquimer

  Pôle de compétitivité dans les secteurs de la pêche et de l’aquaculture basé à Boulogne-sur-Mer, Aquimer rassemble plus de 160 adhérents (entreprises, laboratoires, distributeurs) en France avec pour mission de fédérer les acteurs de la filière, qui sont de tailles très différentes, de mobiliser les compétences pour favoriser l’innovation à la fois pour des projets d’intérêt collectif et des projets privés. Thierry Missonnier, directeur, et Angeline Pignon, directrice ajointe, rappellent les missions du pôle et présentent les projets stratégiques en terme d’innovation.

Quelles sont les grandes missions et les moyens de financement du Pôle Aquimer ?

Thierry Missonnier : Avant sa labellisation en 2005 par l’Etat en tant que seul Pôle de Compétitivité dédié à la filière des produits aquatiques, Aquimer préexistait sous forme d’association depuis 1998 à l’initiative d’une organisation de producteurs de pêche (From Nord), d’instituts scientifiques (Institut Pasteur de Lille, Ifremer, Anses, Université du Littoral Côte d’Opale… ) et de partenaires institutionnels. Les missions du Pôle sont de favoriser l’innovation dans la filière des produits aquatiques en fédérant les acteurs de l’amont et de l’aval et en mobilisant les compétences scientifiques et techniques nécessaires.

Le Pôle est financé à la fois par l’Etat, la Région Hauts-de-France, la Communauté d’agglomération du Boulonnais, les contributions de nos 160 adhérents et par les fonds européens liés à la mise en œuvre de certains projets. Le budget annuel s’élève à 1,2 M€, financé à parité par des fonds publics et privés. L’équipe du Pôle compte dix équivalents temps plein.

Quel est le bilan global du Pôle en termes de projets aidés et financés ?

T. M. : Depuis sa création, le Pôle a réussi à mobiliser 19 sources de financement différentes. En dehors des projets privés et concurrentiels financés par les entreprises concernées que nous ne sommes pas autorisés à détailler, 130 projets accompagnés par le Pôle ont été financés pour un montant cumulé de 280 M€, avec une part croissante de fonds européens (Feamp, Feampa, Interreg, Horizon Europe… ).

Pouvez-vous donner quelques exemples ?

Angéline Pignon : La valorisation des co-produits issus de la transformation de produits aquatiques est une problématique abordée au sein de nombreux projets financés passés et à venir. Les quantités de poissons capturés étant de plus en plus limitées et soumises à des quotas, la valorisation optimale des produits débarqués répond à une logique incontournable de pêche durable. À Boulogne-sur-Mer, Copalis, leader européen de la valorisation des coproduits de la pêche, en est un bon exemple avec des débouchés sur les marchés de la nutraceutique, de l’alimentation fonctionnelle, de la nutrition animale ou encore de la cosmétique avec l’utilisation de collagènes et de peptides marins issus d’écailles, de cartilages et de peaux de poissons.

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En Normandie, Natureplast, spécialiste des bioplastiques, développe des recherches pour valoriser les déchets coquilliers sous forme de bioplastiques. L’un des principaux freins pour le développement de cette nouvelle filière concerne la collecte des coquilles, les gisements étant disséminés dans de nombreux ports. Le projet Horizon Europe - Biomodel4Régions, dont Aquimer et Natureplast sont partenaires, vise notamment à développer des modèles économiques viables autour de la valorisation de ces coproduits.

T. M. : Le Pôle est également investi dans le programme européen (Interreg France-Wallonie-Vlaanderen) Smart Aquaponics qui rassemble 15 partenaires avec pour objectif de favoriser le développement de l’aquaponie. Il s’agit de mettre au point des capteurs et des systèmes de paramétrages facilitant l’exploitation et le pilotage des fermes aquaponiques en tenant compte des différentes espèces de poissons et de végétaux utilisées et de la qualité des eaux, et en créant des modules de formation spécifiques pour faciliter leur expansion.

Quelles sont les priorités du Pôle pour la nouvelle durée de labellisation 2023-2030 ?

T. M. : L’aquaculture est une de nos trois priorités, en sachant que l’Europe a du retard à rattraper dans ce domaine, car elle ne représente que 3% de la production mondiale. On a de nombreux projets notamment le développement de farines pour l’alimentation des poissons à partir d’élevages d’insectes ou de végétaux, mais aussi le contrôle et une meilleure gestion des effluents et rejets des fermes aquacoles ou encore sur la vaccination des élevages pour limiter l’utilisation des antibiotiques.

Autres priorités, des programmes de R&D pour améliorer les performances des entreprises et industriels concernant les nouvelles technologies, la robotisation des process de fabrication, l’amélioration des conditions de travail et rendre les cycles de production plus durables en tenant compte de critères tels que les économies d’énergie, la réduction des quantités d’eau utilisées, de la récupération de la chaleur générée par les groupes froids pour l’utiliser dans des process ou inversement. Enfin, ce sont toutes les innovations qui permettent de mieux répondre aux attentes des marchés avec des consommateurs soucieux de produits toujours plus sains et durables.