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Méthane entérique : le Planet score choisit un indicateur contesté

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Mentionné mais non utilisé par le Giec pour la comptabilité des émissions de méthane, l’indicateur PRG* a été choisi par le Planet score pour son étiquetage environnemental. Un usage très contesté, qui conduit à améliorer significativement la note des produits bovins.

Pour le calcul de ses notes environnementales, l’entreprise Planet-score a décidé d’intégrer le PRG* , un indicateur alternatif de comptabilité des émissions de méthane, dont l’usage est contesté, a fortiori pour orienter les consommateurs, a appris Agra Presse auprès de sa directrice Sabine Bonnot, le 27 janvier. Cette décision a été prise en deux temps : encore en août 2023, l’approche retenue par le Planet-score dans sa méthodologie consistait à utiliser une moyenne pondérée entre PRG100 et PRG*.

L’effet est significatif sur les notations des produits bovins, qui sont les produits alimentaires les plus émissifs en raison du fort effet du méthane sur le climat. Au sein du Planet-score, des systèmes allaitants et des systèmes laitiers « extensifs et pâturant » peuvent être notés « B ». « Si le PRG100 avait été utilisé, la note aurait pu être "D" ou "E" même pour des systèmes herbagers… », souligne Mme Bonnot.

Dans le cadre d’un rapport spécial sur un réchauffement de 1,5°C publié en 2019, le Giec avait mentionné – sans toutefois les adopter – de nouvelles méthodologies de comptabilité du méthane entérique, dont le PRG*. Il tient mieux compte de la dynamique spécifique des GES à courte durée de vie, notamment le méthane, qui disparaît de l’atmosphère en douze ans environ – mais il ne tient compte que des variations d’émissions d’émissions, pas du flux lui-même.

En vigueur depuis plus de trente ans, l’indicateur historique, le PRG100 mesure l’effet annuel des gaz à effet de serre (GES) rapporté à une période fixe de 100 ans.

Un indicateur sans « mémoire »

Le possible usage du PRG* dans les scénarios d’émissions du Giec reste très débattu. « Il tend à réduire les effets climatiques liés à l’élevage de ruminants par rapport au PRG100, et de facto avantage ces filières », observe Arnaud Hélias, directeur d’unité à l’Inrae. « À condition que leurs émissions soient stables ou baissent », nuance Xavier Poux, agro-économiste.

En effet dans le cas où le cheptel d’un pays s’est stabilisé après avoir fortement augmenté, comme cela a été le cas en Europe ou aux États-Unis, il a contribué à réchauffer le climat et continue de le maintenir à cette nouvelle température. Mais le PRG n’en tient pas compte, et masque cette contribution.

Autre reproche formulé à l’encontre du PRG* : son introduction dans les inventaires « remettrait en question la responsabilité des émetteurs historiques et pourrait réduire artificiellement la dette climatique des pays riches », avertit Christian Couturier, directeur du pôle énergie et déchets de Solagro, et co-auteur avec la climatologue, membre du GIEC, Sophie Szopa, d’une note de décryptage de la Fabrique écologique publiée en juin 2024.

 

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Lire aussi : Une nouvelle comptabilité du méthane en débat

 

Selon un article publié en 2019 dans la revue Environmental Research Letters, se fixer un objectif de neutralité à 2050 s’appuyant sur le PRG « équivaut à favoriser les pays avec des émissions [de méthane Ndlr] historiquement hautes.

En effet, leurs baisses de méthane seraient comptabilisées, au cours des trente années à venir, comme ayant un plus fort effet refroidissant qu’avec le PRG100. À l’inverse, les pays en développement souhaitant augmenter leur cheptel ruminant devraient compenser davantage ces émissions par des efforts sur d’autres gaz.

En cause, cet indicateur est « sans mémoire », précise la Fabrique écologique. Autrement dit, son niveau pour une année donnée dépend uniquement de la variation des émissions par rapport à l’année précédente, sans prendre en compte l’accumulation des émissions à long terme. « Il est clair que le PRG* change l’interprétation […] des responsabilités historiques », confirme Xavier Poux. Cela dit, cet indicateur « rend bien compte que le réchauffement des pays historiquement émetteurs est maintenant absorbé », selon lui. À l’inverse, le PRG100 favoriserait « les fabricants d’engrais de synthèse » ou « certains industriels de la biomasse », souligne-t-il.

Passer d’une note « D » à une note « B »

Aux yeux de Sandrine Bonnot, le PRG100 « ne rend pas compte de la réalité des effets de l’élevage sur le climat », précisant que « les défis climatiques que doit relever l’élevage ne sont en réalité pas liés aux rots des vaches et des moutons, mais au soja issu de la déforestation en Amérique du Sud et aux engrais de synthèse » utilisés pour produire l’alimentation animale. Aussi, « cibler l’élevage ruminant comme le fait sans nuance le PRG100 n’a aucun sens », estime Mme Bonnot.

Christian Couturier reconnaît que « les limites du PRG100 sont bien réelles, mais elles ne justifient pas son remplacement par un indicateur encore plus complexe ». Selon lui, « il est essentiel d’utiliser le PRG* dans une comparaison de scénarios », et d’éviter « d’employer cette métrique de manière statique », comme ce serait le cas dans la notation de produits alimentaires.

Son usage dans un étiquetage environnemental pose une vraie contradiction ; avec le PRG*, un consommateur occidental est incité à consommer davantage de viande rouge, car la production et la consommation sont relativement stables ; mais en se comportant ainsi, il contribue à relancer cette consommation, soit une dynamique de consommation très pénalisée par le PRG*.