Des représentants de la filière pomme de terre européenne et française alertent depuis des semaines sur un risque de surproduction, susceptible de déclencher un décrochage des prix. Le GIPT travaille sur un scénario de hausse de la sole française de plus de 5%. La production de plants de pomme de terre pourrait, elle aussi, progresser.
Contacté par Agra Presse lors du Salon de l'agriculture, le GIPT (filière fécule et transformation) travaille actuellement sur un scénario de hausse de la sole française de pommes de terre de plus de 5 % entre 2024 et 2025. L’an dernier, elle s’élevait à 177 000 ha (pommes de terre de conservation et de demi-saison), selon Agreste. Il s’agit de prendre cette hypothèse avec des pincettes, les choses pouvant fortement évoluer, en fonction notamment des conditions climatiques du printemps.
Depuis plusieurs semaines, des représentants de la profession française et même européenne alertent sur un danger de surproduction, susceptible de déclencher un décrochage des prix. Le président du CNIPT (interprofession) Joanny Dussurgey précise que « le potentiel de hausse de production en Europe se concentre essentiellement sur la France. L’Espagne a des soucis de déficit hydrique, l’Italie de taupin. En Belgique et aux Pays-Bas, il n’y a pas assez de place disponible. Seule l’Allemagne peut augmenter quelque peu sa sole ».
Des usines en construction
La demande en France progresse, accroissant la capacité nationale d’absorption de l’offre. La construction de trois usines de transformation de pomme de terre (production de frites surgelées) dans les Hauts-de-France en atteste. Mais la filière rappelle l’importance de ne pas devancer la consommation. Car « sur les trois, une seule est actuellement en train de tourner. Les autres sont encore en construction », rappelle le responsable des affaires économiques du CNIPT, François-Xavier Broutin. L’expert fait référence à l’usine déjà opérationnelle de Dunkerque. Les deux autres entreraient en fonction en 2026 (site de Péronne dans la Somme) et en 2027 (installation d’Escaudoeuvre, département du Nord). Toutefois, si l’hypothèse de hausse de la surface nationale de 5 % du GIPT se vérifiait, il n’est pas dit que les prix décrochent de manière intense. « Aujourd’hui, le marché est plus mûr, et peut absorber des variations de production plus importantes », déclare le président du CNIPT.
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Pour savoir si le scénario du GIPT se matérialisera, il reste notamment à connaître le déroulement des travaux de plantations. Celles de pommes de terre dites « primeur » ont débuté, et donnent un premier élément de tendance, sachant que celles de conservation sont prévues pour mars-avril. « Nous avons commencé les plantations en décembre/janvier », témoigne Jessica Tessier, trésorière du CNIPT et présidente de la coopérative Noirmoutier. Elle précise que malgré « des conditions complexes (excès d’humidité) », les travaux se passent « normalement ».
Bonne nouvelle, le marché des plants est, lui aussi, en croissance, ce qui permettrait d’alimenter les producteurs. La FN3PT (fédération des producteurs de plants de pommes de terre) table, pour le moment, sur une hausse de la surface hexagonale de plants de pomme de terre de 5 % environ entre 2024 et 2025. Si le scénario se confirmait, il s’agirait d’une seconde progression consécutive de cette ampleur. En effet, en 2024, la sole nationale a progressé de 1000ha, à 22 000 ha environ. Sylvain Halftermeyer, secrétaire général des sections betteraves et plants de pomme de terre (entre autres) de Semae (interprofession des semences et plants), a de son côté expliqué que cette année, « le marché des plants est moins tendu », en référence à la récolte 2024. L’expert précise qu’en 2023, « une sécheresse avait pénalisé les récoltes. Au lieu de produire beaucoup de tubercules, les plantes en ont produit moins et des plus grosses ». Conséquence, le marché offrait une quantité moindre de calibres recherchés, engendrant une forte tension.