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Céréales : des signes d’amélioration pour Bruxelles, de graves problèmes pour le Copa-Cogeca

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La Commission européenne a présenté, le 14 juillet, ses perspectives à court terme pour les marchés agricoles. Bruxelles entrevoit certains « signes précurseurs d’amélioration », comme la baisse des prix des engrais. Mais le Copa-Cogeca est beaucoup moins optimiste et demande, pour les céréaliers, des dérogations pour 2024 aux règles sur la conditionnalité des aides directes.

Outre le fait que les coûts des intrants sont restés supérieurs à la moyenne à long terme et que les prix de certains produits agricoles ont baissé, les agriculteurs de l’UE ont dû faire face à des conditions météorologiques difficiles au printemps, ce qui a entraîné une baisse des prévisions de rendement et de la qualité de plusieurs produits agricoles, rappelle le rapport de la Commission sur les perspectives à court terme pour les marchés agricoles, publié le 14 juillet. La Commission relève heureusement des éléments porteurs d’espoir : les prix des engrais sont devenus plus abordables grâce à la décrue des prix du gaz naturel. Bien qu’elle reste supérieure au taux d’inflation général, la hausse des prix des denrées alimentaires dans l’UE commence à se stabiliser. Selon la Commission, la production de céréales et d’oléagineux de l’UE pourrait augmenter en 2023/2024, de 5 % et 8 % respectivement. Les exportations de céréales de l’UE pourraient croître de 6 %, tandis que les importations de ces produits, en particulier en provenance d’Ukraine, devraient diminuer de 35 % par rapport au niveau historiquement élevé observé en 2022/2023. Une tendance similaire est attendue pour les importations de graines de colza et de tournesol.

La pire récolte depuis 2007, selon le Copa-Cogeca

Un optimisme que ne partagent pas du tout les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca). Elles tablent au contraire sur une production de céréales dans l’UE de 256 millions de tonnes en 2023, « peut-être la pire récolte depuis 2007 ». Aussi le Copa-Cogeca a-t-il demandé le 17 juillet à la Commission de prendre des mesures pour remédier aux problèmes rencontrés par les céréaliers. Il souhaite que la Commission fasse preuve de flexibilité dans la mise en œuvre de la Pac cette année « afin de ne pas mettre en péril l’accès des agriculteurs au soutien de base ». Des dérogations sont demandées pour 2024 au sujet des bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE), à savoir la BCAE 7 relative à la rotation des cultures et la BCAE 8 sur la présence d’éléments et surfaces favorables à la biodiversité, « en raison de l’impact de ces conditions climatiques sur la prochaine campagne ». De même, la prolongation de la suspension des droits d’importation sur l’ammoniac et l’urée et son extension à d’autres engrais minéraux (ainsi que la suspension des mesures antidumping sur l’urée et le nitrate d’ammonium) aideraient les agriculteurs à faire face à une situation très difficile.

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L’enveloppe 2023 de la réserve agricole est, elle, désormais entièrement consommée. En 2023 cette enveloppe s’est élevée au total à 530 millions d’euros pour 2023, la Commission européenne étant parvenue cette année à dégager des fonds supplémentaires pour cette réserve. Vingt-deux pays de l’UE ont eu droit à une somme de 330 millions d’euros en raison notamment des mauvaises conditions météo et de secteurs en difficulté (vin, fruits et légumes, céréales, lait dans les pays baltes). La Commission européenne a adopté formellement le 14 juillet le règlement sur ces 330 millions d’euros. Cinq pays proches de l’Ukraine ont reçu, eux, 100 millions d’euros en raison de l’afflux sur leur sol de céréales ukrainiennes. La réserve de crise a aussi été mobilisée à hauteur de 56,3 millions d’euros pour trois pays de l’UE limitrophes de l’Ukraine et à hauteur de 44 millions d’euros pour rembourser la Pologne et l’Italie d’une partie des coûts d’éradication de l’épizootie de grippe aviaire. Pour mobiliser, si besoin, une partie de l’enveloppe de 450 millions d’euros de la réserve de crise pour l’an prochain, il faudra attendre au moins le 16 octobre, date à laquelle l’exercice financier agricole 2024 commencera (il se terminera le 15 octobre 2024).

 

 

Lait, viande, fruits et légumes : une demande toujours faible

Outre les céréales, selon la Commission européenne, les perspectives pour les produits laitiers, les fruits et légumes frais et les produits biologiques continuent d’être affectées par une demande plus faible. La situation est particulièrement difficile pour le secteur vitivinicole, en raison de la baisse de la consommation de vin, en particulier de vin rouge et rosé, et de la baisse des exportations par rapport au niveau historique atteint au cours des deux dernières années. C’est pourquoi la Commission a récemment autorisé le financement de la distillation de crise pour soutenir les producteurs de vin de l’UE. Les estimations antérieures de la production de vin de l’UE en 2022/23 ont été légèrement révisées à la hausse, à 159 millions d’hl (+6 millions d’hl en glissement annuel). Dans le même temps, l’accumulation des stocks s’est accélérée pour certains types de vins. Compte tenu de la baisse des prix moyens du lait cru et des coûts des intrants qui restent élevés, les livraisons de lait de l’UE en 2023 pourraient être inférieures de 0,2 % à celles de l’année dernière, selon Bruxelles. La production de viande bovine de l’UE a enregistré une baisse de 3,7 % au cours du premier trimestre de l’année et devrait fléchir de 1,8 % en 2023. La consommation de viande bovine continue de diminuer dans l’UE (-1,7 % par rapport à l’année dernière). Le faible nombre de porcs abattus sur le marché de l’UE continue de soutenir les prix élevés, alors que la demande de l’UE reste forte. Toutefois, la consommation de viande porcine pourrait diminuer en 2023. La production de viande porcine de l’UE en 2023 devrait baisser de 5,5 %. La production de volaille de l’UE pourrait, elle, augmenter de 2,4 % en 2023.