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Christophe Hansen convainc les eurodéputés

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Auditionné dans la soirée du 4 novembre par les eurodéputés, Christophe Hansen, commissaire désigné à l’Agriculture, a réussi son examen de passage. Répondant de manière relativement précise aux questions des parlementaires, il a rappelé ses priorités : la simplification administrative, le renouvellement générationnel et la défense du revenu agricole. Mais il admet qu’il devra se battre pour le maintien d’un budget de la Pac à son niveau actuel.

À l’issue de plus de trois heures d’audition du commissaire européen désigné à l’Agriculture, les coordinateurs des groupes politiques de la commission de l’Agriculture du Parlement européen ont donné leur feu vert, dans la soirée du 4 novembre, à la nomination de Christophe Hansen. Jonglant entre l’anglais, l’allemand et le français, le Luxembourgeois s’est montré convaincant, rappelant à plusieurs reprises ses origines agricoles – parfois avec beaucoup d’émotion lorsqu’il a évoqué le décès accidentel de son frère. « Je suis sûr que c’était lié à de nombreux facteurs qui touchent les agriculteurs », comme les « difficultés financières », « la charge administrative » et la fatigue, a-t-il témoigné. Ses priorités seront donc la simplification administrative et le renouvellement générationnel, a-t-il rappelé.

Lire aussi : La simplification et le revenu, priorités du futur commissaire à l’Agriculture

Dès le mois de décembre, il compte lancer un dialogue avec les jeunes agriculteurs et a promis la mise en place d’un Observatoire européen des terres agricoles pour avoir de la transparence sur l’accès à la terre. Sur la simplification il compte travailler avec les commissaires en charge de l’Environnement et de la Simplification. Et s’engage « à surveiller de près l’impact de toute nouvelle mesure sur nos exportations ». Même si, prévient-il, « personne ne remet les objectifs du Green deal en cause. Surtout au regard des catastrophes naturelles qui sont de plus en plus fréquentes ». « Les agriculteurs estiment que leur voix n’est pas entendue », constate le futur commissaire qui souhaite corriger cela en mettant en place le plus rapidement possible un Comité européen de l’agroalimentaire qui prolongera les travaux du Dialogue stratégique sur l’avenir de l’Agriculture.

La question budgétaire

Christophe Hansen a aussi insisté sur l’importance de l’aide au revenu agricole qui doit rester, selon lui, un élément essentiel de la politique agricole en assurant un revenu stable qui rémunère les efforts environnementaux et compense les productions en zones à contraintes naturelles. Mais pour financer cela, il faudra un budget à la hauteur. L’enveloppe dont bénéficiera la Pac dans le prochain cadre financier pluriannuel 2028-2034 (CFP) est le sujet sur lequel le futur commissaire a été le plus sollicité par les parlementaires. Pour le prochain CFP, il ne peut que promettre, mais sans garanties sur le résultat, de se battre pour le maintien à son niveau actuel d’une enveloppe dédiée pour la Pac. Mais de prévenir qu’il n’est pas le seul capitaine sur ce bateau. Loin de là. Par contre, il estime pouvoir, là encore sans attendre les propositions de budget post-2027, trouver de l’argent – « là où il y en a » – du côté du Fonds de transition juste et de la Banque européenne d’investissement (BEI) pour combler le « fossé d’investissement du secteur » notamment en matière d’innovation (agriculture de précision…). Une manière aussi de préparer le secteur à des coupes budgétaires lorsque la proposition de CFP sera mise sur la table en fin d’année prochaine.

Autres sujets budgétaires : la redistribution des aides vers les plus petites exploitations et la convergence des niveaux de soutiens entre États membres. Sur ces deux points, Christophe Hansen convient qu’il « faudra aller un peu plus loin » sans pour autant prendre d’engagements fermes.

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Il n’est pas opposé à l’idée d’un plafonnement mais rappelle que ce sont les États membres qui l’ont jusqu’à présent bloquée. « Il faut aussi un certain niveau de dégressivité » une fois passé un seuil mais pas une mesure unique qui s’applique de manière uniforme à tout le monde, ajoute-t-il. Pour la convergence, la situation est la même : les clefs sont entre les mains des États membres. Mais, complète-t-il, ces questions vont être encore plus d’actualité avec la perspective d’un futur d’élargissement de l’UE, à l’Ukraine un particulier. Cette problématique est celle, selon lui, qui lui a été le plus souvent soumise depuis qu’il a été proposé comme commissaire européen : « Cet élargissement devra être supportable pour nos producteurs, se faire de manière progressive mais il permettra à l’UE d’être plus indépendant en matière de protéines végétales par exemple », veut-il croire.

Pro-commerce et pro-réciprocité

Dans les premiers jours de son mandat, sans même attendre la présentation de la Vision sur l’avenir de l’agriculture européenne que lui a commandé Ursula von der Leyen, Christophe Hansen souhaite faire des propositions sur la lutte contre les pratiques commerciales déloyales transfrontalières et la réforme de l’OCM pour renforcer la position des agriculteurs dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire.

Enfin, il s’est prononcé pour une approche pragmatique en matière de commerce, se disant favorable aux accords de libre-échange mais aussi de la réciprocité des normes. Il a rappelé les effets bénéfiques des accords commerciaux signés par l’UE, y compris pour le secteur agricole. « Effectivement nos agriculteurs se trouvent souvent lésés. C’est pourquoi il faut développer une vraie méthodologie de réciprocité. » Il veut croire que les récentes clauses miroir imposées par l’UE sur les résidus de néonicotinoïdes ou la loi sur la lutte contre la déforestation importée pourront servir de modèles. Mais pour l’instant ces deux réglementations restent très contestées par les pays tiers, notamment à l’OMC.

Si tout se passe comme prévu – et que le Parlement européen valide en plénière le nouveau collège des commissaires fin novembre – Christophe Hansen pourra s’emparer de tous ces dossiers dès le début du mois de décembre une fois que la nouvelle Commission européenne en place.