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Conseil Agriculture : retour sur la Vision, commerce et lait au programme

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Les ministres de l’Agriculture de l’UE se retrouvent le 30 mars à Bruxelles pour faire le bilan, un peu plus d’un an après son adoption, de la mise en œuvre de la Vision pour l’agriculture et l’alimentation. Les Vingt-Sept auront également, comme ils le font régulièrement, une discussion sur les questions agricoles liées au commerce, avec plusieurs sujets d’actualité qui devraient s’inviter dans le débat : les accords de libre-échange (avec le Mercosur et l’Australie) et les conséquences de la guerre au Moyen-Orient. La situation du marché laitier va également à nouveau être discutée. D’autres points divers pourraient être ajoutés en dernière minute à l’agenda.

- L’avenir de la Vision

À la suite du bilan établi par la Commission européenne sur la première année de mise en œuvre de la Vision pour l’agriculture et l’alimentation, les ministres des Vingt-sept feront leur propre état des lieux des avancées enregistrées. Le document préparé pour l’occasion par la présidence chypriote du Conseil de l’UE liste les nombreuses initiatives en cours d’élaboration ou prévues pour les prochains mois : création d’un Observatoire européen des terres agricoles, révision de la directive sur les pratiques commerciales déloyales, révision de la réglementation sur le bien-être animal, stratégie sur l’élevage, plan sur l’approvisionnement en protéines, plan d’action sur les engrais, révision des règles de l’UE en matière de marchés publics, plan d’action sur les IG, études sur les produits ultratransformés, nouvelle approche stratégique pour la recherche et l’innovation, ou encore stratégie numérique pour l’agriculture. Les ministres sont invités à répondre à deux questions : comment évaluent-ils les progrès accomplis ? Et dans quels domaines des mesures supplémentaires pourraient s’avérer nécessaires compte tenu notamment « de l’évolution récente de la situation géopolitique ». Le comité de suivi de cette vision, composé de parties prenantes, s’est quant à lui réuni le 23 mars, autour des mêmes questions.

Lire aussi : Vision sur l’agriculture et l’alimentation : après un an, un bilan positif pour Bruxelles

- Commerce international : tour d’horizon

Les ministres de l’Agriculture de l’UE tiendront également leur traditionnel débat sur les questions agricoles liées au commerce. Cet échange intervient au moment où la Commission européenne a récemment élargi son réseau de traités de libre-échange, avec l’annonce de la conclusion des négociations avec l’Inde (le 27 février) et surtout l’Australie (le 24 mars). Plusieurs autres discussions bilatérales sont en cours (Philippines, Thaïlande, Émirats arabes unis). En outre, Bruxelles a fait savoir, le 23 mars, que la mise en œuvre de l’accord commercial intérimaire avec les pays du Mercosur, redoutée par certains, serait effective au 1er mai. Par ailleurs, la 14e Conférence ministérielle de l’OMC, qui se déroule du 26 au 29 mars à Yaoundé (Cameroun), devrait avoir rendu son verdict en matière agricole. Enfin, dans un contexte géopolitique tendu, les ministres pourraient aborder l’évolution de la situation au Moyen-Orient alors que le groupe d’experts du Mécanisme européen de préparation et de réponse aux crises alimentaires (EFSCM) de la Commission européenne se réunissait le 26 mars avec au programme la question des flux commerciaux, des approvisionnements énergétiques et des engrais.

- Le lait sur le feu

Plusieurs ministres de l’Agriculture de l’UE vont, une nouvelle fois, lors de la réunion du Conseil de l’UE le 30 mars à Bruxelles, demander à la Commission européenne d’intervenir sur le marché laitier européen, notamment en lançant un programme de réduction volontaire de la production (comme cela avait été fait en 2016). La Belgique, qui a préparé un document pour l’occasion avec le soutien de cinq autres États membres (Bulgarie, Hongrie, Lituanie, Slovaquie, Slovénie) y rappelle que les producteurs européens sont confrontés à une baisse des prix payés à la ferme et à une envolée des coûts de production. Le pays a enregistré une baisse de 30 % du prix du lait en un an, atteignant l’un des niveaux de prix les plus bas actuellement observés dans l’UE (à 38,8 €/100 litres). Et de prévenir que « les perspectives d’exportation sont de plus en plus incertaines » avec le conflit en cours au Moyen-Orient qui aura « très certainement un impact sur les coûts de production ». À cela s’ajoutent les mesures de sauvegarde imposées par la Chine à certains produits laitiers et la hausse des droits de douane aux États-Unis. Pour la Belgique, cette situation justifie l’examen de mesures européennes. Elle invite Bruxelles « à examiner sans délai la possibilité d’activer un programme européen temporaire et volontaire de réduction de la production laitière » mais aussi à envisager « la mobilisation de la réserve de crise agricole afin de soutenir les exploitations les plus vulnérables ». Elle plaide aussi pour le réexamen des prix d’intervention publique des produits laitiers, dont les seuils fixés en 2003 ne reflètent « plus ni l’inflation ni l’évolution des coûts de production au cours des deux dernières décennies ».

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Christophe Hansen
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Lire aussi : Lait : les eurodéputés appellent Bruxelles à intervenir sur le marché

Le 23 mars, le groupe de travail sur les produits laitiers du Copa-Cogeca a rencontré le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, pour lui demander de suivre de près le marché afin d’être prêt à intervenir en cas d’aggravation de la situation. Le principal lobby agricole de l’UE en a profité pour exiger le rétablissement des seuils d’entrée dans le dispositif de la directive sur les émissions industrielles, la suppression des obstacles réglementaires liés à la directive Nitrates et le soutien à la production de biogaz, de biométhane et d’engrais organiques. Les experts de l’Observatoire européen du marché laitier devaient se réunir le 27 mars pour faire le point sur la situation avec notamment une présentation concernant les impacts du conflit au Moyen-Orient sur le commerce laitier.

- G20 Agriculture

Enfin, les États membres devraient adopter, en point « A », des lignes directrices de l’UE en vue des discussions du G20 Agriculture. En 2026, les États-Unis assurent la présidence tournante du G20. L’agriculture et la sécurité alimentaire pourraient être abordées dans le cadre des volets consacrés au commerce ou à l’innovation, ou par les ministres des Affaires étrangères mais il apparaît pour l’heure peu probable qu’une réunion dédiée à l’agriculture soit organisée.