Estimant que les aides d’urgence au secteur agricole proposées par la Commission européenne pour faire face à la crise liée au coronavirus sont insuffisantes, la commission de l’Agriculture du Parlement européen a rejeté une partie du paquet sur la table. Si Bruxelles améliore ses propositions, les eurodéputés assurent qu’ils reviendront rapidement sur leur décision.
Les eurodéputés de la commission de l’Agriculture (Comagri) ont décidé le 2 juin de rejeter une partie du paquet de mesures d’urgence proposé par la Commission européenne pour faire face aux conséquences de l’épidémie de coronavirus, estimant que ces dispositions étaient insuffisantes. Ils ont donc mis leur veto à l’adoption d’un acte délégué portant sur les programmes nationaux des secteurs des fruits et légumes et du vin. Les députés souhaitent que la Commission améliore le paquet d’aide par des mesures ciblées supplémentaires auquel cas ils pourraient retirer leur veto au moment du vote en plénière.
Ils demandent l’augmentation du taux de cofinancement des mesures, l’extension de la liste des mesures éligibles pour les fruits et légumes, le report des fonds non utilisés de ces programmes sur l’année suivante et l’octroi de flexibilités réglementaires supplémentaires. Et ils réclament également des dispositions supplémentaires pour des secteurs tels que le vin, la viande et le fromage.
« J’insiste sur la nécessité que ce règlement entre rapidement en vigueur, nous pourrons discuter par la suite de mesures complémentaires », avait plaidé un représentant de la Commission européenne juste avant le vote, soulignant que les États membres avaient, eux, déjà donné leur feu vert à l’adoption du règlement. Un appel que n’ont pas entendu les eurodéputés. Ils ont préféré prolonger de deux mois, jusqu’au 31 août, le délai dont ils disposent pour soulever des objections. Un échange de vues entre les parlementaires européens et le commissaire européen à l’Agriculture Janus Wojciechowski devrait être organisé rapidement afin de trouver une solution à ce différend.
Toujours un manque de fonds
Dans une lettre adressée le 27 mai à Norbert Lins, président de la Comagri, Janus Wojciechowski expliquait pourquoi les changements que les députés européens souhaitent voir apportés ne peuvent pas être réalisés. Principale raison : le manque de fonds disponibles. Concernant le vin, le commissaire européen précise que de l’argent frais n’est pas indispensable car les fonds des programmes nationaux de soutien auraient été sous-utilisés, notamment parce que les opérations n’auraient peut-être pas été menées à bien en raison de la pandémie. Et « pour des raisons liées à la santé, il n’est pas possible de financer la promotion du vin ou de toute autre boisson alcoolisée sur le marché intérieur », ajoute-t-il.
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Les élus français du groupe centriste Renew Europe au Parlement européen demandent également, dans une lettre du 25 mai à l’initiative de Jérémy Decerle, à la Commission européenne d’aller « plus vite et plus loin » dans le soutien au secteur agricole : « De façon urgente, l’aide au stockage privé doit être étendue aux secteurs de la volaille et de la viande de veau ; une solution doit être aussi trouvée pour les viandes ovine et caprine déjà en stock ainsi que pour le stockage ou la réorientation de la pomme de terre transformée ». Ils estiment aussi nécessaire de flécher « des fonds européens additionnels vers certaines filières particulièrement sinistrées, telles que l’horticulture » et demandent « un fonds de compensation » européen pour soutenir le secteur vitivinicole, pour lequel « les effets de la crise viennent se cumuler à ceux des sanctions tarifaires américaines ».
La Commission européenne va devoir répondre à certaines de ces demandes si elle veut que l’ensemble de son plan d’urgence puisse entrer en vigueur.
Volaille : le Copa-Cogeca demande des mesures d’urgence
Dans un communiqué du 29 mai, les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) tirent la sonnette d’alarme sur la situation des producteurs européens de volailles qui a vu sa consommation fortement affectée par la fermeture des restaurants. « Cela a conduit à une situation d’offre excédentaire, les entrepôts frigorifiques partout en Europe étant à pleine capacité avec des coûts de stockage qui ne cessent d’augmenter à mesure que la crise s’aggrave », constate le Copa-Cogeca qui demande donc une aide d’urgence pour le secteur notamment pour le stockage privé. Mais les producteurs de volailles estiment également que « les importations en provenance des pays tiers doivent être gérées de manière rigoureuse en fonction de l’évolution de la consommation ».