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Elections chambre: « faire passer la FNSEA sous la barre des 50 % »

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Dans un entretien accordé à Agra Presse le 16 décembre, la présidente de la Coordination rurale fixe ses objectifs pour les élections des chambres d’agriculture de janvier prochain, et assume les modes d’action de ses adhérents. Depuis son accession à la présidence de la CR, Véronique Le Floc’h dit avoir notamment redonné de la « liberté » à la CR du Lot-et-Garonne.

Quels sont vos objectifs pour le scrutin de janvier 2025 ?

Notre objectif est de faire passer la FNSEA sous la barre des 50 %, et de progresser partout – c’est l’objectif prioritaire. Prendre des chambres, je préfère ne pas me prononcer, car je préfère ne pas être déçue. Sur le terrain, je leur dis : « Contentez-vous de progresser ».

Avez-vous le sentiment de progresser, et que les mobilisations de ces derniers mois vous profitent ?

Dans le Sud-Ouest, c’est clairement le cas, je le ressens quand je suis avec eux. Il y a des questions de vie ou de mort pour certaines productions. Et le fait de le dire, de le montrer, d’ouvrir des camions, d’aller dans des supermarchés, cela permet de parler à tout le monde. Et les consommateurs vont peut-être commencer à dire aux politiques : « Vous êtes à la masse ». Beaucoup de salariés ne sont plus fiers de travailler dans l’agroalimentaire quand ils voient les matières venir d’ailleurs.

Le score de la CR est relativement stable depuis qu’elle est implantée dans tous les départements ?

Il y a d’abord la sortie du livre (d’entretien avec Michel Onfray, voir encadré), qui fait partie de la stratégie, pour parler à tout le monde, faire en sorte que même ceux qui s’en sortent bien ouvrent les yeux. Peut-être 5 %, ou encore moins, lirons le livre, mais c’est toujours ça d’acquis. Il y a aussi le fait que nous soyons 100 % agriculteurs, nous espérons que les gens feront le relais.

Nous visons essentiellement les non-syndiqués. Ceux qui sont à la FNSEA, pour beaucoup d’entre eux, c’est une religion, et leur demander de changer est impossible. Pourtant, au fond d’eux, peut-être qu’ils le voudraient, mais ils sont rattrapés par quelque chose. On vise l’efficience, donc nous visons ceux qui ne croient plus en ce modèle qui ne fait que nous emmener vers le bas. On est le syndicat qui peut apporter un espoir.

On ne peut pas rêver d’un million de paysans, mais on peut garder nos 400 000 fermes, détenues par nous autres. Un modèle comme celui de la Confédération paysanne, où l’on travaille dans des fermes qui ne sont pas à nous pour rien, ce n’est pas durable.

En quoi va consister la campagne électorale ?

C’est déjà parti dans certains départements avec les apéros, là où on est les plus virulents. Dans certains départements, ça commence seulement, comme en Bretagne chez moi, où j’ai récolté mon maïs avant-hier. Ça sera surtout des réunions locales pour écouter les agriculteurs.

Quels seront les thèmes principaux de la campagne ?

C’est bien vivre de notre métier, une agriculture viable, vivable, transmissible, des prix – que l’on va chercher auprès des industriels. Les leviers sont repris dans nos professions de foi : pour maîtriser les charges, le bouclier énergétique, le système social. Agir sur les transmissions, notamment par le suramortissement, et sur les normes, en Européens convaincus.

Depuis votre arrivée à sa tête, la Coordination rurale donne l’impression d’être plus prompte à manifester, et plus virulente, voire violente. Une orientation a-t-elle été donnée en ce sens en interne ?

D’abord, j’ai un côté « liberté pour tous ». Je permets à chacun de s’exprimer comme il le veut. J’ai toujours été proche du 47 (Lot-et-Garonne, NDLR), j’avais donc la facilité de travailler avec eux et leur permettre de réaliser des propositions et des documents qui allaient pouvoir être utilisés par chacun des départements, qui pourraient mettre leur numéro dans le logo. Comme nos équipes ne sont pas nombreuses, nous nous appuyons sur eux.

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Je ne les ai jamais pris comme des hors-la-loi, au contraire ils sont vus par le reste du territoire comme exemplaires, parce qu’ils ont ce cran que beaucoup aimeraient avoir. Sous le mandat précédent, ils faisaient peur. C’était un peu comme s’ils ne voulaient pas cautionner ce qu’ils faisaient, alors qu’ils font partie de la même famille. Quand un enfant est plus virulent que les autres, il n’en reste pas moins l’un de nos enfants.

La violence des dernières actions, vous l’assumez ?

Complètement, et encore je trouve qu’on est gentils quand on regarde tout ce qu’ont pu faire nos grands-parents. Si on veut se faire entendre, il n’y a pas d’autres moyens. Mais on reste dans le respect des personnes. Je trouve que l’on est restés modérés.

Quelle limite fixez-vous dans la violence des actions syndicales ?

Tant qu’il n’y a pas de personne qui est mise à mal, tant que l’on ne brûle pas des biens. On ne saccage pas, on ne fait pas aux autres ce que l’on ne voudrait pas qu’ils nous fassent. Demain, on vient m’asperger ma ferme de lisier, je la nettoie, et puis c’est bon, c’est reparti. Par contre, si on met le feu chez moi…

Quel est votre projet pour les chambres d’agriculture, dont on entend finalement peu parler ?

C’est d’être au service de tous les agriculteurs, qu’ils soient syndiqués ou non, les accompagner quelles que soient les problématiques, pour optimiser toutes les aides auxquelles ils peuvent prétendre. Le Lot-et-Garonne a bien su le faire lorsqu’il y a eu du gel. L’objectif est de ne laisser aucune ferme sur le bord de la route.

La FNSEA est puissante notamment par les services qu’elle propose. Avez-vous prévu de développer vous aussi le « syndicalisme économique » ?

C’est plutôt aux chambres d’agriculture de le faire. Certaines CR ont déjà des services comme le Cecofiac dans l’Indre-et-Loire. Mais il ne faut pas que ce soit confondu avec le syndicat. Cela peut émaner de personnes issues du syndicat, mais il ne faut pas cumuler les casquettes. Le non-cumul est important. Si demain, on gagnait la chambre, je ferais un choix.

Le mouvement est né en Occitanie, et c’est là que peut basculer le vote. Quelle est votre analyse et quelles sont les propositions ?

L’enjeu, c’est l’eau. Quand Gabrial Attal a dit qu’il allait faire un plan Méditerranée sur trois départements, nous avons tout de suite demandé à l’étendre à tout le sud de la France. Il n’y aura pas d’agriculture sans eau. Une fois qu’on a remis de l’eau, remis sur pied nos coopératives, tout devrait marcher. Ça ne se fera pas du jour au lendemain. Il y a un gros potentiel.

Coordination rurale : livre commun avec Onfray, mais désaccord sur le Frexit

À l’occasion d’une conférence de presse le 16 décembre, pour la sortie de son ouvrage commun « Entendez-vous dans nos campagnes », écrit avec le philosophe et essayiste souverainiste Michel Onfray, la présidente de la Coordination rurale Véronique Le Floc’h a indiqué qu’elle restait en désaccord avec lui sur la question européenne. « Nous avons quelques désaccords, comme sur la question du Frexit, a expliqué l’éleveuse. Je ne peux concevoir que l’on puisse demander une harmonisation des normes en Europe, et en même temps aller vers une Europe des nations – ce n’est pas possible pour les agriculteurs. Et croire que l’on va récupérer des milliards qui iraient à l’agriculture, c’est faux, car nous sommes dans l’OMC, et que la règle de la boîte verte lie les aides à un minimum de conditionnalité. Même si certains poussent en ce sens, je leur dis : comment ? » Pour la CR, le philosophe, qui a fondé la revue souverainiste Front populaire, est « apolitique, ni de gauche ni de droite ». C’est le syndicat qui avait contacté le premier Michel Onfray, identifié pour son « franc-parler » et ses origines agricoles, en vue de le faire intervenir lors de son 31e congrès ; et « au vu des échanges, on s’est dit qu’il y avait moyen d’en faire davantage », rapporte Véronique Le Floc’h. Le livre se compose d’une correspondance de six lettres entre la syndicaliste et le philosophe. « Nous décrivons comment un système broie notre agriculture », explique-t-elle.